DES SUPERSTITIONS.
•de discernement & de sagesse , les Curés & les autresPrélats inférieurs. II n’y avoit , dit-il (a) ensuite,dans toute la terre d’Istaël qu’un seul temple , qu’unseul tabernacle , qu’un seul Autel des oblations , ex-posé à l’air dans le parvis du temple. Il y avoit à lavérité un autre Autel dans le Sanctuaire, mais on n’yofFroit qu’un peu d’encens. D’où il conclut qu’àl’exemple du temple unique de Jérusalem , il ne de-vroit y avoir qu’une seule Eglise dans chaque ville,ou quelque peu davantage, si la ville étoit grande &peuplée , ensorte néanmoins que les autres Eglisesfussent soumises à la principale, parce que la pluralitédes Eglises Sc des Chapelles (b) est cause que Dieuest mal servi , & qu’elle produit plusieurs autresmonstres & plusieurs autres choses extraordinaires. Cerémede paraîtrait peut-être violent & impraticabledans la situation où se trouve présentement l’Eglise.U ne le parut pas toutefois à ce pieux Sc docte Ecri-vain , quoique de son tems les fidelles fussent en auísigrand nombre qu’ils font à présent. Je laisse auxlumières & à la prudence des Pasteurs de l’Eglise à enjuger. II me suffit d’avertir ici les Prêtres bien inten-tionnés , qui veulent se préserver des fautes où ils peu-vent tomber en célébrant tous les jours la sainte Messe,qu’ils doivent demander instamment à Dieu que l’ac-coutumance du Sacrifice ne les prive pas de la nou-veauté de la grâce dont ils ont besoin pour sacrifierdignement. Car les personnes qui servent Dieu avecplus de fidélité éprouvent tous les jours la peine qu’ily a à conserver la dévotion dans les plus saints exer-cices de. la Religion. Ce n’est pas que les objetsqu’elles considèrent en les pratiquant leur paraissentmoins parfaits dans la fuite , qu’ils ne leur paraissentd’abord. Mais c’est que la curiosité, qui est une desplayes de notre ame , les portant fans cesse à en re-chercher de nouveaux, elle diminue peu-à-peu la fer-veur qu’elles avoient pour ceux qui leur sont devenuscommuns & ordinaires ; ensorte qu’il est à craindrequ’elles ne fassent par coutume ce qu’elles íaisoientau commencement par vertu.
II n’est pas maintenant bien difficile de reconnoîtreen quelles occasions la multitude des Messes est sus-ceptible de Superstition , Sc en quelles occasions elleen est exemte. On n’auroit peut-être pas grand tortd’en soupçonner, pour ne pas dire d’en accuser, lesgens qui se font un mérite d’entendre la Messe touSles jours ouvrables, Sc même d’en entendre plusieurs,tandis qu'ils se dispensent des devoirs les plus essen-tiels de leur état & de leur profession. Cette dévo-tion mal reglée est proprement un culte superflu , Scon la peut imputer avec quelque sorte de justice.
1. Aux Magistrats, & aux autres Officiers , quiétant rédevables de leur tems au public , l’employentà assister à deux Sc à trois Messes par jour , pendantque ceux qui ont affaire à eux Sc qui ont besoin deleur ministère en souffrent considérablement , Sc nesont pas servis comme ils le devraient être , ni dans letems qu’ils le devraient être.
2. Aux femmes mariées, qui sous couleur de pietépassent une partie des matinées dans les Eglises poury entendre des Messes , 8c des Messes hautes même,tandis qu’elles négligent le soin de leurs familles, queleurs maris grondent Sc pestent contre elles, que leursenfans n’ont point de gouvernement ni d’éducation,que leurs domestiques vivent à leur discrétion & nesont que ce qui leur plaît , enfin que tout est en dés-ordre dans leurs maisons.
W Vide in toto Israël non fuîíïè templum nisi unicum , uni-cum tabernaculum , unicum etiam in atrio templi sub dio alta-re oblatonum. lu Sanctis quidem erat altare inceníî, sed in illonon offerebatur nisi modicum inceníum.
(b) Exenlplo ergo uniçi templi , in íìngulis (civitatibus unicadeberet ene Uccie ia , vel , fi populosa esset civitas, paucae, itatamen quod sub ana majon Ecclesia. Pluralitas enim Capella-rum peperit ministeria ìliegmma , & P l ura à monstra Sc extra-ordinaria;
3- Aux serviteurs Sc aux servantes qui, au préjudi--ce des services qu’ils doivent à leurs maîtres & à leursmaîtrisses , croiraient faire un crime s’ils n’affistoientpas tous les jours à la Messe.
Ces trois sortes de personnes devraient considérerqu’elles sont dans l’obligation indispensable de remplirexactement les dévoirs de leurs charges & de leurs em-plois ; Sc que d’entendre plusieurs Messes , lorfqu’ilne leur est commandé d’en entendre qu’une feule, oud’en entendre une feule , lors qu’elles n’y sont pasobligées , ce n’est qu’une œuvre de surérogation,qu’elles peuvent par conséquent omettre sans aucunpéché. On leur pourroiq fort justement appliquer ceque saint Basile (c) dit aux Evêques soumis à fa Mé-tropole de Cesarée , qui donnoient le nom de pieté àl’abus où ils étoient de prendre de l’argent pour lacollation des Ordres sacrés ; que ceux-là sont double-ment punissables , qui font le mal sous prétexte defaire le bien , tant parce qu’ils font ce qui n’est pasbon , qu’à cause qu’ils se servent du bien pour fairele mal.
CHAPITRE VIII.
Suite du même sujet.
Les Mejses que Von dit pour les 'Défunts le3. le 7. le 30. le 40. le f o. le 60. le 100.jour âpres leur mort , le jour de leur An-niversaire , les 3. les 7. les 30. les 40. le s50. les 6 o. premiers jours de leur décès &Vannée de leur décès n'ont rien de super-stitieux en elles-mèmes. Témoignages querendent à ces Mejses les Ecrivains Ecclé*Jîaftiques. Les 50. Mejses de saint Gré-goire pour les morts font \approuvées deVEglise , & justifiées par divers exemple s*Les sept Messes prétendues revelées dUmême Saint paroijsent superstitieuses. Le*Grecs célebroìent des sacrifices pour leSmorts le 3. le 9. le 40. jour de leur décès& le jour de leur Anniversaire. Les neU -vaines de Mejses pour les morts condatfl'nées comme un rejìe de Paganisme , no#les Mejses qui se dijent pour eux le neU'viéme jour. Sentimens de Gerson sur I eSneuvaines de prières , de pèlerinages , d’dU'mônes , &c. Selon lui il vaut mieux rì&point faire que d’en faire. L’Eglise ne l eSordonne point. On en peut faire cependdUtà trois conditions. Diverses Superstition $fur le nombre des Mejses.
L Es Messes que l’on dit pour les Morts le troisiè-me , le 7. le 30. le 40. le 50. le 60. le i°°‘jour de leur décès, le jour de leur Anniversaire, leS
3. les 7. les 30. les 40. les 50. les 60. premiers j otJs *de leurs décès, & les Annuels que l’on dit aussi P^Ùeux , sont autorisées par la pratique génerale de Vfgliíe. Guillaume Durand (d) , Evêque de Ma n “ e ’explique les raisons que l’Eglise a de les dire. Le f aUAlcuin parle de celle des Annuels, des A nui versais»des trois , des sept , & des trente premiersdans les deux derniers Chapitres de son Livre Ves Os'
(c) Epist. 76. Duplo puniendus venit qui prétexta bofl»>quod malum est facit, tum quòd operatur quod bonum n° ntum quòd ad perficiendum peccatum bono (ut ajunt} utiturperario.
(d) L. 7. Ration, c. 3T* à num. 4. ad 17.