Buch 
Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
Entstehung
Seite
130
JPEG-Download
 

DES SUPERSTITIONS.

gnée environ d’une demi-lieuë de la ville, 8c qui estau milieu d’un Cimetiere où l’on enterrait autrefoisles Chanoines; elle a été bâtie à cette intention parsaint Maing ( Magnas , ou Magno) Archevêque deSens, qui vivoit du tems cle Charlemagne, comme letémoigne Claude Robert dans le Catalogue des Ar-chevêques de Sens qu’il a inféré dans fa Gaule Chré-tienne, 8c qui est enterré aussi dans ce Cimetiere. £nsortant du Chœur de la Cathédrale on commence DixitDominus ; & on continue en chemin faisant le reste duPseautier, qui finit quand on arrive au Cimetiere, où leCélébrant revêtu d’une Aube, d’une Etole, 8c du Mani-pule , sait l’aspersion avec l’eau benite sur tous les tom-beaux qui s’y rencontrent. Le dernier Pseaume étantachevé, il dit les mêmes Prières & les mêmes Versetsque ci-dessus, & ensuite on entre proceffionellementdans l'Eglife pour y chanter la Messe folemnelle desMorts. Tout le Clergé va à l’Offrande, & la Messefinie, on chante le Libéra. Le Bref de l’Eglife deSens (a) parle de cet Office. On lit auffi ce qui fuiten lettres rouges, dans un vieux Obituaire de la mê-me Eglise, écrit sur du vélin en iooa. Sequiturmen-Jts Oílobris dr est stcundus mensts Claustraria ( de l'Offi-ce appelle De la Cloítrerie) continens triginta dr unumdiem , es stunt oblo dies de pradtélis in quibus non fimtAnniverstaria. . . . Digilia omnium Santtorum, in quafolet fieri procestìo apud S. Salvatorem, dr distributio pe-cunia circa 60. Solido. Paris. 8cc. D’où il est clair quecet Office est plus ancien que saint Odilon, que l’onfait Auteur de la Commémoration des Fidelles Tré-passés. Car il n’a été élu Abbé de Cluni qu’en 102,3.8c il n'est mort qu’en 1048. selon Aubert le Mire;(b) 8c l'Anniversaire de Sens se faisoit long-tems aupa-ravant. Mais s’il n'y a nulle superstition à dire desMesses pour les Morts le neuvième jour, c’en est une& une pratique payenne selon saint Augustin, de direune neuvaine de Messes, ou neuf Messes de fuite poureux, les neuf premiers jours de leur décès ; & on doitempêcher les Prêtres d’en dire ainsi, 8c les Laïquesd’en faire dire, où (c) cette coutume est reçûe. Voyezses paroles ci-dessous. Le faux Alcuin (d) souscrit ausentiment de saint Augustin, 8c c’est auffi ce que saitAmalaire, (e) en adoptant les propres termes de S.Augustin, qu’on vient de rapporter. Guillaume Du-rand (f) dit encore la même chose dans le même es-prit, & il nous marque par là que le Paganisme & laSuperstition de cette coutume viennent de ce que lesPayens pleuraient leurs morts pendant neuf jours, &que le neuvième jour ils ramassaient leurs cendres 8cles mettoient dans leurs tombeaux.

Louïs Richier de Rovigo , appellé communémentRodigin , (g) témoigne auffi que la coutume des Gen-tils étoit de pleurer leurs morts pendant neuf jours, &que c’est de là que font venus les sacrifices des neuf

(a) En ces mots : Hodiè in Ecclesia Senonenfi fit Anniveríà-rium solemne 8t generale pro defunctis , benefactoribus & o-mnibus qui de gremío ejusdem Ecclesia: fuerunt, 8c dicitur íum-mo mane Psaherium Davidicum.

(b) L. a. Origin. Monast. c. 3.

(c) L. qq. super Genes. q. 172. Nescio utrum inveniatur alicuiSanctorum in Scripturis celebratum esse luctum novem dies ,quod apud Latines Novendiale appellant. Unde mihi videntur abhac confiietudine prohibendi, fi qui Christianorum istum in mor-tuis fuis numerum servant, qui magis est in Gentilium consue-tudine.

(d) En cette maniéré: Cap. de exequiis, 8cc. Quòd autem a-pud aliquos nonus dies celebratur, 8c vocabatur Novendialis , Au-gustinus in libro Qusestionum redarguit, maxime cùm nullusSanctorum hoc fecisse probatur , cùm fit consuetudo Genti-lium.

(«) L. 4. de Eccles. offic. c. 41.

C/) L. 7. Ration, c. 35. n. 7. Quidam faciunt Novendiale,id est, ofEcìum novem dierum , utper hoc officium mortuorumanimae a panis liberatse novem Angelorum Ordinibus associen-tur. Hoc autem à quibusdam non approbatur, ne Gentiles imi-tât! videamur, à quibus hoc sumptum esse videtur, qui novemdiebus lugebant mortuos suos, 8c in nona die cineres eorum py-ramjidibus > vel in bustis recondebant.

(g) Voici fes paroles : L. 17, Lection. Antiq. c. 21. Ethnico-rum porrò moris erat diebus novem mortuos flere, unde 8c No-vendalium Sacrorum enata consuetudo.

jours. On fait néanmoins neuf jours durant certains*prières, certaines oblations, certaines austérités, cer-tains pèlerinages, certaines aumônes, & on dit desneuvaines de Messes pour les vivans, & quelquefoismême pour les morts. L’Eglife a bonne connoiliancede toutes ces pratiques, 8c si elle ne les approuve pas,on peut dire au moins qu'elle les tolère & qu’elle nefait pas semblant de les appercevoir. ]1 semble auffique Gerson ne les condamne pas en quelques endroitsde fes ouvrages.

r. Dans son Traité de la Direction, ou droituredu cœur (De Diretlione , feu reélitudine cordis) où a-près avoir mis les neuvaines au rang des pratiques super-stitieuses : Tranfeamm (h) ad alios cultus Santlorum , quiut plurimum Superstitionis habere videntur, ita quod isto-vena fiant, dr non feptimana, vel quint ana: Il ditqu’on ne doit pas blâmer ceux qui ne les font pâs,comme s’ils étoient obligés de les faire, & d’y fon-der tellement leur espérance qu’ils croyent que Dieu& les Saints ne les exauceront & ne les soulagerontpas, s’ils ne les font; mais qu’ils. peuvent penser 8cespérer qu’en les faisant avec la piété de la foi & dela Religion Chrétienne, elles ne seront pas désagréa-bles à Dieu ni aux Saints : Dicimus (i) quod in tdli~bus ita temperas est habeant, qu'od nec reprobent eos quitalia non faciunt , quast stnt obligati fie facere ,. quod e-tiam in talibus non ponant firmam stpem suant, t aliterquod existiment Deum vel Santlos non debere eis prœbereauxilium vel stalutem , nìfi obstrvationes taies exercuerint,quast fit in illis qmdam necejsttas , ut per eas dr non dli“ter ìnducantur Deus dr Saníli id f acere quod petunt. Pos-stunt tamen exiftimare vel stperare cum pietate fidei dr Re-ligionis Christiana, quòd reverentia exhibtta Deo dr S an -élis per hujusmodì obstrvationes eis utique placeat. A-près quoi il ajoute, qu’il suffit qu’ils ayent de légè-res conjectures pour faire plutôt une neuvaine, qu’u-ne douzaine, disant par exemple, qu’ils la font enl’honneur des neuf Ordres des Anges: Dicendum est(k) quod fujstciant loges conjeélura, st dicatur NovcnarDpotius, quam duodenaria , ad honorem videltcet novetPOrdinum Angelorum.

2. Dans son Opuscule de l’Absolution Sacramen-telle , De abstlutione Sacramentali , où il dit, (l) qu’dfaut quelquefois avoir de la condescendance pour 1*fragilité des hommes, & pour la faiblesse de leur pie-té & de leur foi, qui ne peuvent pas s’élever à Dù 1 *immédiatement fans le secours de certaines. choses ex-térieures; 8c que c’est pour cette raison que l'oUpeut excuser les Neuvaines qui se font avec certaine*pratiques que les simples croyent être tellement néces-saires , que fans elles tout ce qu’ils féroient ne vau-drait rien: comme, paf exemple, s’ils ne les fu-ioient que pendant huit , ou pendant onze joû rS *Condestendendum est quandoque fragilitati dr debili detisttioni hominum dr pauca fidei, qui nequeunt fie firri fDeum immédiate. Et ex hoc postant excustri Novenart^qua stunt cum certis obstrvantiis quas conceduntstmph ceS ,este necejfarias, dr quòd alioquin nihil valeret qutdtst*agerent , ut fi filum estent otlo dies , vel fi undecirrt eststnt.

3. (m) Dans son Traité des erreurs de fart mas-que , & des articles réprouvés, où répondant àobjection qu’on lui propose fur les Neuvaines que ^malades font à certaines Eglises, en vûe d’être gst erlde leurs infirmités, il dit, (n) que s’ils les font ayssune intention génerale, avec piété, avec humilueavec soumission aux vérités qu’on leur féra connoitss ’ils seront sauvés par la bonne foi de leurs peres.

(h) Considérât. 16.

(i) Considérât. 20.

(k) Considérât. 22 ,.

(/) Circa med. . ;s>

(/») De erroribus circa artem Magicam & articulis reproba ..

(n) Dicto 3. Salvatur in fide majorurn’, quam fidem 8^"Jàltem intentione in omnibus fuis obíèrvanonibus prassupp 0fi piè 8c humiliter, hoc est , Christiane sapiunt , 8í si ad 010-sam veritatis normana obedire parati sunt.