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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES SUPERSTITIONS.

fi l’on prend bien la pensée de Gerson, on ne trou-vera pas qu’il favorise les Neuvaines dans les troisendroits que l’on vient de rapporter.

Dans le Traité De la Direction oh droiture du cœur ,il ne les excuse que parce que ceux qui les fontpeuvent penser & espérer qu’en les faisant avec la pié-té de la foi & de la Religion Chrétienne, elles ne fe-ront pas désagréables à Dieu, ni aux Saints. Mais ily en a peu qui le pensent & qui l’espérent de la ma-niéré qu’il le dit. Ils font des Neuvaines, croyantque s’ils y manquoient d’un jour, ou que s’ils lesprolongement d’un jour, elles leur seroientinfructueu-ses. (o) Il leur conseille d’ailleurs de s’en tenir à ladévotion & à l’intention générale de faire ce qui estagréable à Dieu, & de ne point trop rafiner fur cesfortes de pratiques. Mais quelque bonne intentionqu’ils ayent de plaire à Dieu en faisant des Neuvainesen l’honneur des neuf Ordres des Anges, ils y mêlenttoujours, ou presque toujours, quelque vaine obser-vance, s’imaginant que s’ils avoient manqué à la moin-dre des circonstances qui leur font prescrites, leurs ob-érions, leurs austérités, leurs prières, leurs Messes°e leur serviroient de rien, & c’est en cela qu’ilsrafinent trop, & que leur rafinement est supersti-tieux.

Dans son Opuscule De l’Absolution Sacramentelle,d n’excuse les Neuvaines que fur la fragilité des hom-mes & fur la faiblesse de leur piété & de leur foi. Maiscomme cette fragilité 8c cette faiblesse de piété & defoi font des défauts d’oìi les Neuvaines coulent commede leur source, le jugement le plus équitable qù’onpuisse faire des Neuvaines, dans le sentiment de cepieux Chancelier, c’est de ne les pas condamner tou-jours comme impies, & de ne pas croire qu’elles sonttoujours (b) des péchés mortels, lors principalementqu’elles se font à bonne intention, & que ceux quiles font mettent toute leur confiance en Dieu, & nondans les observances dont elles sont accompagnées.

Cependant comme il y a peu de personnes qui fai-sant des Neuvaines ne mettent point leur espérance dansquelques-unes des pratiques avec lesquelles elles se doi-vent faire, Gerson dit (c) qu’il seroit plus à propos deles instruire souvent par les prédications, ou par d’au-tr es voyes, de mettre immédiatement leur esperanceCn Dieu, & dans l’interceííion des Saints, plutôt quedans ces pratiques. Ce qui est proprement détournerés peuples de faire des Neuvaines, fans toutefoiscondamner absolument les Neuvaines, comme il sem-ble faire par une régie qu’il établit (a) pour reconnoî-tr e quand une chose est superstitieuse, ou quand elle? e l’est pas. Voici cette régie: II ne faut jamais (dit-d) attribuer une vertu surnaturelle à quoi que cefifit, à moins que nous n’en soyons assurés ou par lete moignage de l’Ecriture sainte, ou par la voye de lare vélation divine ; & on ne sauroit soutenir le contrai-re sans tomber dans quelque espèce de SuperstitionPlus ou moins criminelle, selon la qualité des' circon-jénces qui l’accompagnent. Or on ne voit point dans‘Ecriture, & je ne sache point que Dieu ait jamaisre vélé, qu’en faisant une neuvaine, on obtiendra cer-

U) Consulendum est igitur ut stent in directione Sc intentiones^erali faciendi idem quod placitum íìt Deo, nec in talibus ní-11115 tnultùm se subtilisent.

.(») Non oportet .tatnen (elit-il) quod semper fit peccatum mor-imò habet fepe excusationem, licet apud íimplices Sc pios,ÍNì non ponunt ípem in talibus niíi ex virtute divina quam re-Ç uta nt Deum talibus indídisse Sec. Non est igitur obíervantia con-^ninanda Sc extrahenda tanquam impia, sed potins studendum.|.vt il’ìLid quod fit, fiat intentione pia ad Deum 8c sub specie au-111 fui ab ipío, Sc non altero quolibet coníèquendi.

,.f) Quamvis instruendi estent çrebrius tani persermones, quàrnlu nde, ut spem suam potins figèrent in auxilio Dei 8c Sancto-immédiate, quam talia adjumenta quartèrent.

.00 Tract. eod. circa med. Nunquam attribuenda est aliqualr tus supernaturaíis rébus quibuscumque, nisi hoc trahi poffit ex, Cr 'ptura sacra, vel revclatione divina; Sc oppositum credere ha-aliquaiw speciem Superstitionis , plus vel minus, secundumturam operis, vel affertionis.

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tain es choses, & on fera préservé ou délivré de cer-tains maux.

Enfin Gerson dans son Traité De f Art magique &des articles réprouvés, excuse les Neuvaines fur la bon-ne foi des peres de ceux qui les font : Mais à ce pro-pos il demeure d’accord (c) qu’il s’est introduit beau-coup de choses parmi les Chrétiens simples, sous pré-texte de piété, dont l’omission seroit plus méritoire &plus sainte, 8c qu’on ne les tolère que parce qu’on nesauroit entierement les déraciner, & que la foi dessimples est souvent mal-réglée. Desorte que selon luila soi bien réglée ne fait point de Neuvaines, &qu’elle les regarde comme une de ces choses qu’illui est plus avantageux de ne pas faire, que de faire,& que l’Eglise ne tolère que par nécessité. C’est cequi sait qu’elle ne les ordonne point, 8c qu’elle neprescrit point la maniéré de les faire, ni dans ses Con-ciles, ni dans ses Missels, ni dans ses Rituels, nidans les autres livres de ses Offices. On peut néan-moins faire des Neuvaines pour les vivans, & diretout autre nombre de Meíles qu’on voudra, soit pourles vivans, soit pour les morts, à ces trois condi-tions.

La premiere, pourvu que les Neuvaines se fassent,’& que les Messes se disent pour honorer Dieu & lesSaints, & non pour honorer les démons, ou des hom-mes morts, qui ne font pas canonisés, 8c dont la vien’a pas été entierement irréprochable. Car c’est uneSuperstition abominable que de faire des Neuvainesde prières,d’aumônes & de Messes aux démons,com-me font quelquefois les Sorciers & les Malfaicteúrs :Et c’en étoit une à peu près de même nature à cetteDame de qualité qu’un de mes amis a connue, la-quelle étant plus de moitié ruinée, alla en Sorbonneporter dequoi faire dire une neuvaine, pour invoquerle Cardinal de Richelieu qui y est enterré ; disant àun Abbé à qui elle parloit, que jamais elle n’avoit in-voqué ce Saint-là qu’elle n’eût trouvé de l’argent àemprunter. Mais on ne voulut point en Sorbonne nifaire ce qu’elle desiroit, ni recevoir ce qu’elle pré-sentoir pour le faire. Peut-être qu’ailleurs on n’eûtpas eu la même délicatesse: car j'apprens de Ródri-guez (f) , que quand on demande aux Cordeliers desMesses superstitieuses, ils en peuvent dire d'autres, 8cque cela leur est permis par une concession de LéonX. Je cite ci-dessous les propres termes de cet Au-teur , qui est d’autant plus digne de foi en cette oc-casion , qu’il étoit lui-même Cordelier de l’EtroiteObservance, & Définiteur de la Province de saintJacques.

La seconde, pourvu qu’on n’espere que de Dieu& de l’interceffion des Saints que l’on réclamé l’effetde ce qu’on demande par les Neuvaines 8c par les Mes-ses que l’on dit pour les vivans 8c pour les morts; &qu’on ne mette point fa confiance dans les signes &les pratiques extérieures qui les accompagnent, suivantle sage conseil du premier Concile Provincial de Co-logne, (g) en i;z6.

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(<?) Dicto z. Fateor ( dìt-ìl) abnegare non poslumus multa in-ter Christianos simplices sub specie Réligionis introducta este,quorum sanctior effet omislio. Tolerantur tamen, quia nequeuntfunditus erui, 8c quia fides slmpiicium quoque minus maliquibusbene sipiat.

(f) II demande: To. Qpa:st. Canomc. Sc Regular. q. 4. art.2. Útrum Religiosi poffint dicere unam Missam pro alia com-mendata? Et il répond ainsi à cette question: Respondeo dicendoquòd Léo X. conceflìt, ut quando Fratribus Minonbus commen-dantur MiíTx, quae vulgò appellantur De revelatione de smíío A-nwtore, Sc de consoktione, cum certis candelis, vel alise similesvel quòd non discontinuentur, satisfaciant fratres prsedicti dicen-do illas Missas, ad quas magis dispositi fuerint, maxime de offi-cio de quo illo die récitant, 8c ad prasdictas tali modo recom-mendatas, nullatenus teneantur,prxcipuè cùm videatur hocquan-dam Superstitionem sonare.

(g) Part. 9. n. if. Docendus est populus ab exterióribiís ip-fis, ut íîgnatis potiùs quam íîgnis inhaereat ac intendat. Quod Scin omnibus aliis obtinet ceremoniis, alioquin parutn ad pietatemprofuturis. Nam qui in exterioribus istis confistit, ac non potiùsillis admonetur, ut ad Deum respiciat, confugiat, actotam suam

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