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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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i 5 i DES SUPER

La troisième, pourvu qu’on ne s’attache pointscrupuleusement au nombre des Messes, ensorte qu’oncroye, que si l’on en disoit une, ou deux plus oumoins que neuf, ou qu’on ne les dît pas avec un cer-tain nombre de cierges, ou de chandelles, toutes cel-les qu’On auroit dites seroient infructueuses & n’au-roient point l’effet qu’on en attend : Car c’est ce quele Concile de Trente (a) condamne, lorsqu’il ordon-ne aux Evêques de bannir entierement des Eglises deleurs Diocèses certain nombre de Messes & de cier-ges, qui est plutôt une invention du culte supersti-tieux , que de la véritable piété. La même condam-nation se trouve dans quelques-uns des Conciles Pro-vinciaux , qui ont été célébrés depuis le Concile deTrente, & dans les Statuts Synodaux de divers Dio-cèses, & fur tout dans le Concile Provincial d’Aqui-lée, (b) en 1596. qui repère les paroles du Concile deTrente qu’on vient de citer, & dans le Concile Pro-vincial de Mexique, (c) en 1585. dans le Synodedu Mont-Caffin, (d) en 1626. sous Simplicius Ca-farellus, Abbé du Mont-Caffin, & Ordinaire du mê-me Diocèse , dans les Ordonnances & InstructionsSynodales (e) de Mr. Godeau Evêque de Vence :

Les Curés prendront garde qu’aucun dans les lieux„ où les Saints font honorés, ne fasse dire par Super-„ stition un certain nombre de Messes, pair ou im-,, pair; qu’on ne présente point certain nombre su-„ perstitieux de chandelles à leurs Images : En-„ fin qu’il ne s’y passe la moindre chose contre la„ véritable façon de les servir. Cette comdamna-„ tion se trouve auísi dans les Statuts & Regle-„ mens Synodaux du Diocèse d’Agen, (/) en 1675.„ Les Prêtres auront foin d’abolir tout ce qui ressent„ la Superstition, comme certain nombre de Messes,„ de cierges, d’Oraifons, certains lieux & disposi-„ tions de corps affectées” : & dans les OrdonnancesSynodales du Diocèse de Grenoble, (g) de Mr. leCardinal le Camus Evêque de Grenoble; ,, LesCu-„ iés seront leurs efforts pour abolir tout ce que la„ Superstition, qui est une mauvaise copie de la pié-„ té, a introduit dans le saint sacrifice de la Messe,,, comme l’attache qu’on auroit à faire dire un cer-„ tain nombre de Messes, & y allumer un certain„ nombre de cierges : ce qu’on doit regarder comme„ un culte superstitieux, & non pas comme une de-„ votion solide & bien reglée ”.

Toutes ces autorités montrent qu’il y a de la Su-perstition à s’attacher scrupuleusement au nombre desMesses que l’on dit, ou que l’on fait dire pour lesvivans, ou pour les morts. Ainsi c’est être supersti-tieux.

1. De vouloir dire, ou faire dire 33. Messes, lors-que 30. suffisent, ou qu’il n’y en a que 30. quisoient ordonnées. Il n’y a que 3 o. Messes de saint Ar-mateur ( dit saint Vincent Perrier ) (h) & il se trou-ve des gens qui veulent qu’on en dise 3 3. & qu’ellesse disent toutes de fuite, & fans aucune interruption:ce qui est une supercherie & une tromperie criminelle.

fiduciam in illum collocet, huic citiùs externa ista in íubversio-nem quam xdificationem erunt.

(a) Sess. 22. Decret. de obier. & evit. in celebr. Miss. Qua-rumdam Missarum ( dit cette sainte Assemblée ) & candelarumcertum nunerum, qui magis à superstitioso cultu, quàm à verareligione inventes est omnino ab Ecclelia renaoveant.

(b) Rubri 4.

(c) L. 3. Tit. i;:. §. ïo.

{d) C. 4. Decret. 10. Illud Sacerdotes omnes admonemus, neipsi etiam in bis reperiantur incauti dum requiruntur determina-tum iníòlitumque quemdam numerum Millarum non majorem ,minoremque, cum certis determinatisque candelis celebrare; cùmenim haec vanam soleant continere observantiam , à talibus omni-no illis est abstinendum, sub psena nostro arbitrio injungendâ.

(*) Tit.ij.n. 9 . *

(f) Tit. 17. n. 5.

(g) lit- 1 • ar t. n. t o.

(h) Serm. 4. Dominic. Advent. De Missis lànctis Amatorismulti astuti racmnt ibi muítas dolositates & fraudes. Prima quiacùm Mifl® fanon Amatoris non sint nisi triginta, dicunt quòdíint triginta tres. becunda dicunt quòd cantentur sine inter-val'o.

5 T I T I O N S»

2. De croire que quand on est chargé de dire, otlde faire dire 30. Messes pour les Morts, cela ne leurserviroit de rien, si on en disoit 31, ou 32.

3. De croire que si dans le même cas on n’en di-foit que 28. ou 29. elles seroient toutes inutiles.

4. De croire que les trente Messes seroient infruc-tueuses, si on les disoit toutes en un même jour , ouen moins de jours que trente.

5. De croire que si on manquoit un jour d’en di-re , elles ne soulageraient en aucune maniéré les âmesdu Purgatoire, & qu’il les faudrait recommencer toutde nouveau, comme fit le bon Evêque Thibauld,qui recommença par deux fois les 30. Messes qu’ildisoit pour les défunts, & qui après en avoir dit 29.aima mieux laitier brûler toute fa ville & fa maisonEpiscopale, que de ne pas dire la trentième, selon lerapport de saint Antonin, (i) cité par le P. Théo-phile Raynaud (k).

6. De vouloir qu’on ajoute une Messe au Tren-tain que l’on dit pour les Morts, à l’imitation de saintGrégoire Pape, qui fit dire 30.. M esses pour le reposde l’ame du Moine propriétaire, nommé Juste. (I)Un Curé de mes amis étant un jour entré chez unefemme malade pour la visiter, la trouva comme elledictoit son Testament à un Notaire. Et fur ce queson mari lui conseilla d’o’rdonner 30. Messes après famort pour le soulagement de son ame, elle lui répon-dit, qu’elle en vouloir 31. parce qu’il n’y avoir quela derniere qui retirait les âmes du Purgatoire. Maisson Curé, qui savoir parfaitement fa Religion & sondevoir, lui dit, que c’étoit une Superstition que d’enordonner 3 1. dans cette vue, & elle n’en ordonna quetrente.

7. De dire certain nombre de Messes, comme dix,ou davantage, fur des images de cire, afin de fairemourir quelqu’un en peu de rems, en dix jours, oUun peu après. C’est ainsi qu’en usent quelquefois lesSorciers, suivant le témoignage de Pierre le Chantre,(m) qui rapporte cette exécrable superstition. II se s cà peu près quelque chose de semblable à Paris du tessSde Henri III. Voici ce qu’en dit le Journal du resst 6de ce Roi, composé par M. S. A. G. A. P. D. P’En l’année 1589. le Jeudi 2 < 5 . Janvier, furent faites ÀParis force Images de cire , que les Paristens tenoient

l Autel , (st les picquoient a chacune des quarante A 4 ejf eíqu’ils faifoient dire dans les quarante heures en plusteASParoisses de Paris , st d la quarantième picquoient l’itttd"ge a ! endroit dn cœur, disant à chaque picqueure qa^'que parole de magie , pour essayer a faire mourir ^Roi.

8. Avant que de prendre un certain remede qui estordonné pour le mal caduc, faire dire trois Messesles trois premiers jours, la premiere, de saint Este"'ne, la seconde, de saint Nicolas, & la troisième, f^ csaint Jean-Batiste; & à l’issue de chaque Messe Hque le Prêtre mette son Etole fur la tête du mala^ e ’

6 qu’il lui dise l’Evangile de saint Jean & la Collesdu saint dont il aura dit la Messe.

A la fin de la Règle des Chanoines, compilée pat Ul1Anonyme, & imprimée dans le septième Tome â eSConciles, de la derniere édition, il y a (n) unedonnance, qui est attribuée à saint Bonisace, Evêq^ ede Mayence, dans un Manuscrit de l’Abbaye de P e 'can, ou il est dit, qu’on peut racheter douze j oU J*

(i) 4. p. Tit. 4. c. 70 . §. 7.

(k) In heteroclit. spirit. cœlest. Sc infernor. sect. punis 4 "qusest. 9. p. 481.

(/) L. 4. Dial. c. 7. j

(m) Voici ses paroles: Verb. abbreviat. c. 29. Itemsiens dico) hoc tantum Sacramentum quidam in artem Mag ica ^verterunt, celebrando Missas super imagines cereas, ad im?'?candum alicui, etiam alicui imprecantes, Missam fideliumcies, vel pluries décantant, ut ante decem dies, vel post, in °

vi moriatur; 8c cum mortuis fepeliatur.

(») Pag. 1478 Cantatio unius Missœ potest duodecim diesdimere; decem Misse, quatuor menses; viginti Miss*.menscsj triginta Miss», duodecim menses possunt redimere.