D E S S U P E I
leur sont infructueuses tarit qu’ils demeurent dansl'excommunication. On demande seulement pour euxà Dieu de leur donner l’esprit de pénitence, & deles retirer de l’excommunication : & c’est en ce sensque le Vendredi Saint l’Eglise prie pour les Hé-rétiques & les Schématiques , pour les Juifs , &pour les Payens, & que la part qu’ils peuvent avoira la priere que le Prêtre fait à la Meífe en offrantle Calice non (a) seulement pour le salut des Fideles,mais même. pour le salut de tout le monde , sait quele Sacrifice leur est au moitís indirectement avanta-geux. Mais de prier & d’offrir le Sacrifice pour lesInfidèles, les Juifs, les Apostats, les Hérétiques >les Schismatiques & les Excommuniés, qui fontmorts , c’est ce qu’on ne pouroit faire fans tomberdans la Superstition', parce qu’ils ne font pas mortsen qualité de membres du corps de Jesus-Christ, &que selon la maxime de Saint Augustin , (b) on nesauroit offrir le Sacrifice du corps de Jesus-Christ ,que pour ceux qui font membres de Jesus-Christ.N’étant point membres de Jesus-Christ, ils ne fontPoint de l’Eglise , qui est le corps de Jesus-Christ,& ils font par conséquent privés du droit de partici-per aux biens communs de l’Eglise , dont les prièresPubliques que l’Eglise sait pour les Fideles , font lepremier. Voilà pourquoi il est défendu par le Cha-pitre A nobts , (c) par le Chapitre Sacris ( d ) & parle Canon Si quis Episcopus , (e) de célébrer la Mes-se pour les Hérétiques & les Excommuniés.
Saint Grégoire néanmoins rapporte (f) une his-toire qui semble combattre cette vérité , lors qu’ilparle de deux Religieuses excommuniées pour les-quelles Saint Benoit fit offrir â la Messe. „ Ces„ Religieuses (dit ce grand Pape) ne profitèrent pas„ 6 e ce que Saint Benoit leur envoya dire de faj, part, Qu’elles retinssent leur langue, & que si el->> les ne fe corrigeoient, il les excommunierait , &n fans avoir rien changé de leur maniéré d’agir elless» moururent quelque tems après, & furent enterrées-, dans l’Eglise. Depuis , lorsqu’on y célébrait la9 i Messe & que le Diacre crioit suivant !’usage, Si9, quelqu’un ne communie point, qu’il se retire, leuri, Nourice, qui avoir coutume de présenter pour ellesi> une offrande au Seigneur , Q) les voyoit sortir dei> leur tombeau & aller hors de l’Eglise. Ayant donc
i, vu souvent qu’elles se retiraient ainsi à la voix du9 i Diacre , & qu’elles ne pouvoient demeurer dansn l’Eglise, elle se souvint de ce que l’homme deii Dieu leur avoit sait dire pendant qu’elles étoientd en vie : Car il leur avoit mandé qu’il les privoitii de la Communion, si elles ne fe corrigeoient, &ne’> prenoient foin de mieux regler leurs mœurs & leur5 i langue. Alors quelques personnes vinrent trouver’> le Serviteur de Dieu , & lui découvrirent , avec'i de grandes marques de douleur, une chose si pro-» digieuse & si extraordinaire. Le Saint leur donna» de sa propre main une offrande & leur dit : Allez,
Ps 0 membris Ecclesia: fiunt. Et tamenfructumorationisnon parti-j*P a nt, quamdiu in Excommunicatione raanent, lèd oratur ut de-Ur sis spiritus pœnitentiae, ut ab Excommunicatione solvantur.
(*) Ut pro nostra, omniumque salute in odore suavitatis af-Ce ndat.
(6) Ibid. ad z. Quis offerat Sacrifìcium corporis Christi, nisi* >r< J iis qui íunt membra Christi?y) L. i. de Origi. ani. c. 9.
(d) L. 5. Decret. Tit. z9. de Sentent. Excom.p (0 II. q. ;. 8i quis Episcopus (dit ce Canon) aut Abbas ,t re *bytero aut Monacho suo juíserit Mistàs pro Hsereticis canta-e * non licet 8t non expedit obedire eis.y) L. 1. Dialog. c. zj.
j. f?) Ce miracle 8c plusieurs autres de cette nature ont étendua ^namunication dès lors 8c pendant plusieurs siécles de fuiteh. delà de ses justes bornes. Les exemples en sont odieux, & il
Pas néceílàire de les repeter ici. Au reste si l’on considéréy ec quelque attention la nature des miracles du bas & du mo-L n âge . on y reconnoîtra fans peine deux circonstances : l’une,i e pour ]a plupart ils ont été f avora bles aux vues du Clergé Sé-
& Régulier. L’autre,qu’ils ont presque toujours été ope-dans les lieux où í’autoritè du Çlergé étoit b plus fort£.
Tome U,
S T I T I O N S. .z?
„ & faites présenter pour ces filles cette offrande au„ Seigneur , & elles ne seront plus excommuniées.„ Cette offrande ayant été ainsi faite pour elles &„ immolée dans le Sacrifice , lorsque le Diacre vint„ a crier à l’ordinaire , que ceux qui ne commu-„ nient point sortent de l’Eglise ; on ne les vit« plus sortir comme auparavant ; par où il parut„ clairement que puisqu’elles nê se retiroient plus a-1, vec ceux qui ne participoient point aux saints„ Mystères, elles avoient reçû de Dieu , par l’en-„ tremise de son serviteur, la grâce de la Commu-„ nion.
Mais l’excommunication dont Saint Benoit frap-pa ces deux Religieuses n’étoit pas une.véritableexcommunication prononcée par un Juge Ecclésiasti-que revêtu du caractère & du pouvoir d’excommu-nier , je veux dire, n’étoit pas. un. retranchement &une privation de la Communion Le de la société desFideles. Ce n’étoit simplement qu’une :menaee , com-me Saint Grégoire {h) le dit lui r même , & la sé-pulture qu’on leur donna dans l’Eglise après.leurmort marque assez nettement , ou que leur faute, é-toit legere & venielle , ou qu’elles firent, pénitenceavant leur mort.
CHAPITRE X.Continuation de la même matière.
Sentiment d'Orïgéne sur les peines des dam*nés , qu'il ne croit pas éternelles. Elléle font véritablement , & ils n'en peuventêtre soulagés en quelque maniéré que cesoit par le s suffrages des vivans. Cesmêmes peines ne peuvent auffi être dimi*nuées par cette voie , quoiqu'en aïent penséquelques anciens Théologiens fur un passa-ge de Saint Augustin mal entendu. On nesauroit dire la Messe pour les damnés fanssuperstition. Usage des Moines de Fleuricondamné , auffi-bìen qu'une ancienne O*raison. Témoignages des Conciles & desTeres contre cette superstition. Réponseà ce qu'on dit de l'ame de Trajan , (s deplusteurs autres âmes délivrées des peinesde l'Enfer par les prières des Saints. E-xamen du Libéra me Domine de morte al-terna , &c. & de l'Offertoire de la Messede s Morts. Ce que signifient ces paroles ,De manu , de pœnis inferni & de profun-do lacu , de ose leonis , ne abíòrbeat easTartarus , ne cadant in obfcurum, ou , inobseura tenebrarum loca. Tour quoi l’E-
glise se sert de ces façons de parler ou-trées & figurées. II y a de la supersti -t ion à dire la Messe pour les enfans mortsfans Batême.
O Rigéne s’eít imaginé que les peines des dam-nés finiraient un jour, & qu’elles n’étoientpas éternelles. Saint Augustin , Philastrius , Evê-que de Bresse , Bernard de Luxembourg , Gui leCarme, Alphonse de Castro, & les autres Auteursqui ont écrit des hérésies '& des hérétiques lui at-tribuent unanimement (i) çette erreur.
Mais
(J 3 ) Quam excommunicationis íèntentiam non proferendo in-tulit , fed mmando.
(/) L. de gest Pelag. 6. ;. Quod autera (Stsaint Augustin)addidit Pelagius ; Et si quis aliter crédit, Qrigeaista est
M m Hoc