13 8
D E S SUPE R S T I T I'O N S.
Mais TEcriture sainte marque si précisément queles peines des damnés font éternelles , qu dl n’y a paslieu d’en douter. Le-Roi dira à c-eux qui feront„ à fa gauche ( dit 8. Matthieu (a) Retirez-vous„ de moi maudits, & allez au feu {b) éternel, qui„ a été préparé pour le‘Diable & pour ses Anges.. *„ Et alors ceux-ci iront dans le supplice éternel ; &„ les justes dans lavie éternelle.' II vaut bien mieux„ pour vous (dit le Fils de Dieu dans Saint Marc)„ (c) que vous entriez dans lá vie n’ayant qtu’une„ main , que d’en avoir deux & d aller en Enfer„ dans ce feu qui brûle éternellement , ou Te ver„ qui les ronge ne meurt point, & oh le feu ne,, a’éteint jamais.
Quélques-qns des anciens Scolastiques , commePrépositivûs ■ ,'■ fdy~' Gilbert de la Pórrée , GuB-laúme 7'Svêqtíé' d f Auxerre , (e) & l’Auteur de la 1Glose ffuGanon , "Tempm , (f) font tombés dansune-autre ^erreur touchant-les damnés , en croyant ynon pas A la vérité-que leurs peines dûffent firiir unjour , îtìms qtv elles pouvoient être soulagées par lesprières ded’Eglife. Ce qui lès a trompés, c’estq u'ils ont; mal entendu un passage du Manuel de SaintAugustin (g) , oh il dit , que ceux à qui les suf-frages de l’Eglise fervent leur fervent, ou afin d’ob-tenir une entiere rémission de leurs fautes, ou afinque leur damnation foi,t plus supportable : Car lemot de damnation t comme il est clair par ce quiprécede & par ce qui fuit , ne fe prend que pourla peine, du Purgatoire, dont la rigueur ■ a’beaucoupde rapport avec celle des damnés , quoi qu’elle nesoif pas éternelle , eomrne l'est celle des damnés- EtSaint Augustin témoigne dans le même endroit, queles (h) Sacrifices de .l’Autel, que l’on offre pourtous les Fideles trépassés qui ont reçu le Bat.ême ,sont inutiles à ceux q,ui font fort méchants, c’est-à-dire-, aux damnés. Dans le Livre ^qu’il a écritdu foin qu' on doit avoir des morts , (i) il assure queles suffrages de l’Eglise ne fervent de rien du tout àceux dont les œuvres font tellement mauvaises, qu’ilsfe font rendus indignes d’être aidés de ces secours :Ce qui convient uniquement aux damnés.
On ne fauroit donc soutenir en bonne Théolo-gie que les âmes des damnés puissent être soulagéesdans leurs peines par les suffrages des vivans. ÁuísiSaint Thomas (k.) ne fait nulle difficulté de dire ,que cette opinion est présomptueuse , vaine , malfondée, & déraisonnable , tant à cause que les dam-nés ne sont point unis à l’Eglise par les liens de lacharité qui fait que les morts participent aux bon-nes œuvres des vivans , qu’à cause qu’ils sont par-venus à leur derniere fin , & qu’ils opt reçû la ré-tribution de leurs mauvaises actions. Cela étant ainsion comprend fans peine qu’il feroit absolument inu-
Hoç accepemnt judîces quod révéra in Origepe dignissimè dete-statur Ecclesia , id est, quod etiam illi quos Dorpinus dicit aeter-BQ íupplicio puniendos , Sc ipíè Zabuíus atque Angeli ejus, postternpus licèt prolixum , purgati liberabuntur à pœnis , 8c San-ctis cum Deo regnantibus íoeietate beatitudinis adhserebunt.
(a) C. 25. 41. St 4 6.
(í) C. 9. 42. 4;. 44 - 45 - 46 . Sc 47.
(c) Qui a dit à l’Auteur que le terme d’Eternel ne doit pas feprendre dans le même sens auquel il se prend dans un grandnombre de pasiâges de l’Ecriture ?
(d) Apud Albert. M. in 4. dist. 4.f.
(e) Apud 8. Thom. in 4. dist. 45. q. 2. art. 2.
(/) Caus. 13. q. 2.
( S ) C. 110. Quibus autem prosunt, aut ad hoc probant , utW plena remiffio, aut certè ut tolerabilior fiat ipsa damnatio.
(^) Cum Sacrifícia altaris pro baptizatis defunctis omnibus of-íeruntur , p ro V alde malis nulla.sunt adjumenta mortuorum.
• 'c ^ 1 ' Sunt enim quos nihil omnino adjuvant ista , si proeis nant quorum ta.m mala sunt mérita , ut neque talibus digniíìnt adjuvan. _ ^
Loc. cit. Est prœdicta opinio ( dit-ii) praesumptuosa, ut-pote Sanctorum 1 is contraria , Lc vana , nullâ autoritate fulta,& nihiiominus ìrratmnabilis : tum quia damnati in inferno snntextra vinculum caritatis , secundum quam opéra vivorum conti-nuantur defunctis ; ktirn quia totaliter ad vise terminum pervene-runt, recipientes ulûmam pro mentis retributionem.
t île de prier & de dire la * Messe pour les damnés,parce qufétant éternellement séparés du corps de 'Is-su;-Christ & hors id’état de faire pénitence de leurscrimes, ils në fáúroient avoir aucune part à la Com-munion des Saints, & qû’en le faisant on s’engage-roit dans la superstition du faux culte , du cultesuperflu & de ^observance des ' choies sacrés. Eneffet j si cet adorable Sacrifice 'les pouvoit soulage*'çn quelque chose., on pourrait à multiplier tant defois & fi souvent , qu’ion méttrok -fin à leurs pei-nes , & que, contre l’ordre de lDieu., elles ne fes-toient plus éternëllési.. C’eff ce-qui fait dire à SaintAugustin fl) qtìe ce iffest pa$ êtve i Càhque, dëcroire , de dire , ou d'enseigner -, qu'on »peur - éffrffle facrisice des Chrétiens pour ceux .qui ‘ sont- -mortsfans bateme. -
■ ' Id témoigne pilleurs (m) -que fi on ctoit affûté csela réprobation de quelques personnes pendant leurvie , on ne prieroit non plus pour ëlîes que pour seDiáble, parqe qu’etle sont impénitentes & inconverti-bles comme lui > Le que ç'eà pouc cette raison -qu’ohne doit point prier pour les damnés. . - .
Le second Concile de Brague , («) en 5A3. dé-fend de dire la Meste pour ceux qui se sont tuése.dx-mêmes, de quelque maniéré qu’ils l’ayent fait,& de leur rendre les honneurs de la sépulture ' desChrétiens. Le Pape Grégoire IL au Canon Pro »-bedientibus , ( 0 ) déclare qu’il n'est pas permis d’bf-frir le sacrifice pour les impies, c’est-à-dire , poufceux que l’on fait être morts en état dë péché.Saint Théodore Studite marque aussi (p) qu’on riepeut l’offrir pour ceux qui sont morts dans l’héré-lìe.
Le troisième Concile de Valence , (q) en 83 yveut qu’on traite avec autant de rigueur ceux quisont morts en duel, que ceux qui fe sont tués eux-mêmes, c’est-à-dire , qu’on ne faste aucune mémoi-re d’eux au saint Autel , & qu’on ne chante pointà leur sépulture. Le Pape Nicolas premier astûre sesBulgares, dans les Réponses qu’il leur a adressées »(r) qu’on ne doit point dire la Messe pour ceux qn*
. font
(l) L. 3. de Orig. ani. c. 12- Noli credere, nec dicere ,docere, Jàcrisicium Christianorum pro iis qui non baptizati àccopore exierint , offerendum , si vis esse Catholicus.
(m) L. 21. de Civit. Dei , c. 24. Si de aliquibus ( dit-il)certa esset Ecclesia , ut qui sint illi etiam’nosset, qui, licèt adhu cin'siac vita sint constituti, tamen praedestinati sunt in sternurf 1ignem ire cum Diabolo , tam pro eis non oraret, quàm necp î0ipso .... Si qui autem usque ad mortem habebunt cor itO'pœnitens , nec ex inimicis convertentur in filios , numquid ] íí<lpro eis , id est , pro talium defunctorum spiritibus orat Eccleíi 3 ?Quid ita, nisi quia jam in parte Diaboli computatur , qui dusl 1esset in corpore , non est tranílatus ad Christum f Eadem itnq uecausa est cur non oretur tune pro hominibus aeterno igné pui>‘ e ssdis, qute causa est, ut neque nunc, neque tune oretur proAng e ‘ lSmalis : quae itidem causa est, ut quamvis pro hominibus, tarn e!1jam nec nunc oretur pro infidelibus impiisque defunctis. >
(n) Con. 16. Plaçuit, ut hi qui sibi ipsis, aut per ferrurn». 311per venenum , aut per prxcipitium aut íuspendium, vel quol‘b e£modo , violentam inferunt mortem , nulla pro illis in oblati° necommemoratio fiat , neque cum psalmis ad sepulturam eorm 11cadavera deducantur.
(0) 13. q. 2. Congruit utSacerdos pro mortuis Catholicismoriam faciat, non tamen pro impiis , quamvis Christiani ‘ ue 'rint , taie quid agere licebit.
(p) Serm.Cath. 129. Sanè insimulantur in prsesentia (iit-iï) fsivendicantem íè quendam pro orthodoxe, ae perpetuò cum hfconsuescentem , vetuerimus ab orthodoxo in sacra mentioOQdie obeunda mystagogia , edi 8c offerri. Nam si in deccss 1nimum prsevertiffet per confeffionem sacris potiri , liceret <1®dem certè pro eo oblationem facere orthodoxo : nunc in fc Eret .consuetudine extinctus , qui potest in orthodoxam com® unlnem iníèri?
(q) Can. 12. Et quia (ce font ses propres mots) ex juramearum , imò perjuriorum contentione etiam- usque ad arm °i- tU rcertamina solet prorumpi , & crudeliffimo spectaculo essustdicruor belli in pace ; statuimus juxta antiquum Ecclesiastic* .fervationis morem , ut illé qui occisus fuerit, tanquam su‘ â.micida 8c propriae mortis ípontaneus appetitor , Dominiez ^blationis commemoratione habeatur aJienus , nec cadaver > J •ta íànctorum Canonum Decretum , cura plalmis, vel ora
bus ad íèpulturam deducatur. , r r t 0! q
(r) Ç. 98. Si sit sepeliendus qut seiplum occuiit, vel U M