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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES SUPERSTITIONS.

« 4 ®

re Théophile Raynaud (a) attribue cette réponse àPhilargue & à Médina , sans marquer si c’est le Ja-cobin ( Barthelemi ) où. le Cordelier ( Michel) maiselle siérait mieux à des hérétiques , qu’à des Ca-tholiques ; & ceux qui en font les Auteurs n’ont paspensé qu’en la faisant , ils ont accusé tacitement d’er-reur la Sainte Eglise , qui est la colomne & le fonde-ment de la vérité , selon l’expression du Saint Apô-tre , (h) & qui non seulement tolère , mais approu-ve & autorise ces maniérés de prier métaphoriques& figurées. Peltanus (c) ne s’éloigne pas beaucoupen cela de la pensée de Philargue A de Médina , lors-que répondant à l’objection qu’il se fait de ces fa-çons de parler, il assure que toutes les formules deprières dout On fe sert assez ordinairement dans l’E-glise , ne sont pas toujours exactes, &. que les an-ciens ont eu plus de foin en les faisant , 8 c en les re-cevant , d’exciter la dévotion des Fideles, que des’expliquer dans la derniere rigueur de la ThéologieScholastique.

II. Le même Médina ( d) estime aussi qu’on peutdire que l’Eglise par ces paroles , Libéra me Domine,&c. De manu-, de panis inferni, 8 cc. demande à Dieude ne pas condamner aux peines éternelles , ou à lamort éternelle , les âmes des défunts qui ayant pé-ché mortellement, font néanmoins morts en état degrâce , parce qu’elle fait que Dieu a un pouvoirsi absolu sur elles, qu’il les peut punir des peineséternelles , ou de la mort éternelle , fans avoir égardaux promesses qu’il leur a faites dans l’Ecriture Sain-te , étant également tout-puissant , lorfqu’il a pro-mis , que lorsqu’il n’a point promis. Peltanus (e)est de même sentiment , lorsqu’il dit que c’estàquoitendent, suivant l'explication de Theophylacte, (/)ces paroles du fils de Dieu dans l’Evangile de SaintLuc (g) : „ Ne craignez point ceux qui tuent le,, corps, 8 c qui après cela n’ont rien à vous faire», davantage. Mais craignez celui qui après avoir,, ôté la vie, a encore le pouvoir de jetter dans», l’Enfer ” ; Et que c’est dans cette vûë que l’E-glise prié Dieu de ne pas user du pouvoir absoluqu’il a sur ceux qui sont morts en grâce : mais deles délivrer des peines éternelles, ou de la mort é-ternelle , & de les loger dans la région de paix & delumière. Il rapporte ensuite ces paroles de (h) Théo-phylacte pour confirmer ce qu’il met en avant : maiscette réponse n’est pas plus orthodoxe que la précé-dente. Car quoique Dieu soit toujours égalementtout-puissant , il ne laisse pas d’être fidele dans sespromesses , 8 c depuis q u’une fois il a promis quel-que chose , on ne doit pas craindre qu’il change ja-mais , autrement notre foi & notre esperance seraientincertaines & chancellantes. A cela on peut ajou-ter que si le sentiment de ces deux Auteurs avoitlieu , l’Eglise pourrait prier pour les damnés, &

(a) Heterocl. ípirit. cœlest. & infern. sect. J. punct. 11. quxst.€. n. 27.

(b) 1. Timoth. 5. if.

{c) L. 3. de bonis operib. c. 12. Nunc (dit-il) obiter dixe-rim non omnes precandi formulas usu receptas ad ícholasticamamustim confectas este. Majus enim prilcorum studium fuitfìde.ium devotionem excitare , quàm omnes ubique propriè lo-quendi formulas anxiè obíervare.

{d) Apud Theophil. Raynaud Ibid. n. 28.

(e) Loc. cit.

(f) In c. ,2. Luc.

(g) Luc. 12. 4. 6t y. Et si Deus ( dit-il ) numquam illos indamnatorum Infernum demeríurus sitqui in iilius gratia vit*«nem fecerunt : attamen si absoluta potekate uti vellet , propter^ cce ptaui injuriam , imò veto ultra ullam acceptam injuriant,

1?? jd posset : adeoque non frustra rogatur ne id faciat.

( J Igitur non posteaquam occidit , mittit in gehennam , sedfottjiatem habet mittendi. Ne igitur cessemus per eleemosynam2t mterceltiones propitium reddere eum qui potestatem habet

jmittendi, non ìemper autem potestate hac mentent , sed & va-lenteM remittere quiddam . . . vides quod non dixerit , „ me-,, tuatis eum qui po caquam occident > mittit in gehennam , fed„ habentem mittendi potestatem Non enim semper qui mo-nuntur peccatores, mittuntur m gehennam, sed %it in potesta-te Dei. ut etiam dunitti possint. . F

pour les bieti-héureux , puisque Dieu par sa pdissan*ce absolue pourrait délivrer les damnés des peinesde l’Enser , & condamner lés bienheureux aux fiâ-mes éternelles.

III. Ifolanus » (í) âu rapport du P. ThéophileRaynaud , (kj s’est imaginé que ces prières z Libe-ber a me Domine de morte aterna , &c. De manu Infer-ni , ne obforbeat eas Tartarus , &c. regardoient aussi»bien les vivans , que les morts , & que les vivansqui les fâisoient demandoient à Dieu pour eux-mêmeScomme pour les morts, d’étre délivrés de la mortéternelle , de la main de l’Enfer, & de la gueule duLion. Mais cette imagination est fans fondement,pareeque l’Eglise a uniquement destiné pòur les mortsl’Office des morts , d’où ces prières sont tirées , &qu’en priant pour les morts, elle n’a nulle intentionde prier pour les vivans.

IV. II y en a qui disent, (l) que ces prières nese sont que pour les Agonisans, asm qu’ils ne soientpoint engloutis par l’Enser , ni condamnés à la mortéternelle. Mais cette réponse est insoutenable pourdeux raisons l’une , pareeque les Agonisans ne sontpas morts, & que l’Eglise ne prie que pour lesmorts, comme il est évident par ces mots de l’Of-fertoire d e la Messe des morts : Libéra animas om-nium fidelium defmBorum de manu inferni 8 cc. l’au-tre , pareeque l’Eglise sait ces prières aux Anniver-saires des défunts , pour le repos des âmes qui sontséparées de leurs corps long-tems auparavant.

V. D’autres (m) prenant à la lettre ces prières,Libéra me , Domine , de morte aterna , de manu infer-ni , de ore leonis , ne abforbeat eas tartarus 8 cc. croyentqu’elles se sont pour ceux qui sont véritablement dansl’état de mort éternelle , dans la gueule du Lion ,dans l’Enser , d’où à leur sens , les âmes peuventquelquefois être délivrées par les prières des Justes,comme l’on dit que celle de T ra j an le fût par lesprières de Saint Grégoire le Grand , & que plusieursautres , dont nous venons de parler, l’ont été par leSprières de plusieurs autres Justes. Mais cette opi-nion est éloignée de toute vérité, tant parce queceux qui sont véritablement dans l’etat de mort éter-nelle , dans la gueule du Lion , dans l’Enser, ontdéja été engloutis par la mort éternelle, par la gueu-le du Lion , par l’Enser , & sont tombés dans les té-nèbres obscures de l’Enfer , où ils ne peuvent espé-rer aucun soulagement , selon cette parole de l’Ossie edes Morts , rapportée par Saint Bernard : In inferno ,nulla est redemptio , où (n) ils finiront fans finir , oUils mourront fans mourir , où ils seront tourmentésfans cesse , dit Saint Bernard, & qu’il ferait inutilede demander à Dieu qu’ils n’y tombassent pas; q u ?cause que l’Eglise ne fait ces prières que pour les f 1 "déles Trépassés, Libéra animas omnium fidelium ^ e 'funélorum , d u nombre desquels les damnés ne sont p^'

VI. Dominique Soto (0) dit, que quand l’Egh"se demande à Dieu pour les morts , qu’il ne permet-te pas qùe l’Enser les engloutisse : Ne abforbeat eíi$Tartarus , elle les considéré , ou comme n’ayant p aSencore été jugés , mais étant fur le point de Têtre »ou comme l’ayant été & ayant déja reçu leur jug e "ment.

Que dans le premier état , elle prie Dieu de l eSdélivrer du Purgatoire . ou du moins de leur remettre les peines du Purgatoire , qui est appellé du n o! ^d’Enfer , Tartarus , parce que c’est un lieu d’hot'reur , comme l’Enser , 8 c qu’il engloutit les a

mes , comme fait l’Enser ; 8 c que c’est pour

qu er

(ì) Disput. de merit. animar. Purgat. ad r. objection.

(k) Loc. cit.

(l) Dans Bellarmin , I. 2. de Purgator. c. y.

M S. 42. de divers. «• 6. Uubi sine fine finientur .morte morientnr , torquebuntur sine ceflatione.

(0) In 4. Sent. dist. 4 - .*• *•