DES SUPERSTITIONS.
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stant pourquoi ne pourroit-on pas dire que í’Eglise,ne sachant pas en particulier à qui Dieu veut faire lamême grâce, prie généralement pour tous les morts,afin que ce qui est arrivé à plusieurs, d’être délivrésde la mort éternelle, des peines, ou de la main del’enfer, du lac profond & de la gueule du lion, leurarrive aussi ?
Mais cette réponse a plus de subtilité que de solidi-té, & elle n’est nullement recevable.
1. Parce que l'Eglise prie pour tous les morts engénéral, lorsqu’elle dit, Libéra animas omnium fide-lium defunclorum de manu inferni , &c. & qu’elìe diten la personne de chaque mort en particulier, Libérame Domine de morte aterna , &c.
2. Parce qu’elle ne sait ces prières qu'en vue despeines du Purgatoire, Sc seulement pour les âmes duPurgatoire, qui font par conséquent déja jugées.
7,. Parce qu’encore que le Jugement particulier soitdifféré de quelques jours pour quelques-uns, il nel'est pas néanmoins de plusieurs Fidelles; & l’on faitces prières pour des personnes qui sont mortes il y aplusieurs années &'plusieurs siécles.
q. Parce que si cela étoit, il saudroit aussi prier &pour les Infidelles, & pour ceux qui feroient mortsen péché mortel, puisqu’on pourroìt dire que leurjugement auroit été suspendu.
XIII. D’autres croyent que l’Egîise par ces priè-res , ne demande pas tant à Dieu que les mortssoient délivrés de la mort éternelle, des peines Scde la main de l’Enser , du lac profond » & de lagueule du lion, qu’elle lui demande qu’il ratifie &confirme le Jugement par lequel il les en a déli-vrés ; non qu’elle doute qu’il ne le ratifie & ne leconfirme, mais pour lui témoigner la gratitude qu’el-le a de ce qu’il a plû à fa divine bonté de leur ac-corder cette miséricorde, & pour faire un aveu pu-blic & solemnel que e’est de lui seul qu’ils la tien-nent. C’est pour cela (ajoutènt-ils) q ue les Grecsdans leurs Liturgies, après les paroles de la consécra-tion, prient que les dons proposés, c’est-à-dire, lepain & le vin,deviennent le corps & le sang de Jesus-Christ} & que saint Augustin (a), après avoir de-mandé à Dieu le pardon de toutes les sautes que sain-te Monique sa mere pouvoit avoir commis depuis sonbatême, lui dit qu’il ne doute pas qu’il ne lui ait ac-cordé ce qu’il lui demande pour elle : Et credo jamfeceris quod ago , mais qu’il le supplie très-humblementd’agréer qu’il lui en rende ses actions de grâces : Sed•voluntarìa oris mei approba Domine. Comme donc (con-cluent-ils) lorsque nous jouissons d’un bien considé-rable, il nous reste encore je ne sai quel désir sembla-ble à celui des Anges bienheureux, qui, quoiqu’ilsvoyent Dieu, ne laissent pas de desirer de le voir, ditl'Apôtre saint Pierre (b) : De même quand on a reçude Dieu quelque grand bien, on peut encore le luidemander, afin de lui marquer par là qu’on en a uneparfaite reconnoissance. Mais cette réponse est com-battue par les mêmes moyens que celle qui la précèdeimmédiatement, & fur tout parce que les prières del’Office & de la Messe des Morts regardent particu-lièrement les peines du Purgatoire, Sc que l’Eglise lesfait uniquement en vue de soulager les âmes qui ysont détenues, comme prisonnières-, & d’abréger lerems & la sévérité de leurs supplices.
XIV. I/Auteur de la Préface du livre intitulé,De la piété des Chrétiens envers les morts , (c) répond en.diverses façons aux prières dont nous parlons, & plu-sieurs de ses réponses sont à peu près les mêmes, quequelques-unes de celles que nous venons de rapporter.,, Voici ses paroles dans toute leur étendue. Avant,, que de finir cet Avertissement ( dit-il ) il est bon„ de remarquer que les Calvinistes abusent de ces pa-
(a) L. 9. Confess. c. 13.
(S) 1. Petr. i. -r- ïnqaaa desiderant Angeli prospicerc,
(c) Edit. z. de l an 1679.. ' * * ;
„ rôles, qui se disent à l’Offertoire de la Messe des„ Morts” : Seigneur , délivrez, les âmes de tous les Fi-delles Trépassés , des peines de l’Enfer , & du fond de l'a-bjfme , délivrez,-les de la gueule du lion , &c. ,, Car ils,, prétendent que l’Eglise demande à Dieu par cette„ priere, qu’il délivre les âmes des damnés qui sont„ dans l’Enser.
„ Mais pour faire voir combien est faux ce sens„ qu’ils donnent à ces paroles, il ne faut qu’en con-,, siderer la fuite ”. Car après avoit dit, Seigneur , dé-livrez, ces âmes de la gueule du lion ct’Eglise ajoute aussi-tôt: aifin que l’Enfer ne les ravisse point, & quelles netombent point dans ses profondes ténèbres. ,, Ainsi elle,, ne demande pas à Dieu qu’il délivre de l’Enser les„ âmes qui y sont déja tombées, mais qu’il les em-„ pèche d’y tomber. On délivre de la prison celui„ qui y étoit déja ; & on en délivre aussi celui qui„ étoit en danger d’y être. C’est en cette derniere,, maniéré que l’Eglise dit si souvent à Dieu”, Déli-vrez,-nous de la mort éternelle: délivrez,-nous des feux del’enfer : „ à gehennae incendiis liberemur.
,, Mais comme il n’y a personne qui ne rejette ai-„ séfnent une erreur si grossière, il est bon, pour don-,, ner encore un plus grand éclaircissement à ces paro-,, les, de satisfaire la piété de ceux qui étant très,, persuadés de ce que nous venons de dire, ont néan-,» moins de la peine à comprendre comment l’Egliíê,, demande à Dieu qu’il préserve de l’enser les âmes des„ morts pour qui elle prie; puis qu’il est certain qu’au,, tems qu’elle prie, Dieu les a déja jugés, & qu’ain-„ si il les a déja délivrés de l’enfer, s’ils sont morts,, en fa grâce, comme l’Eglise le suppose en priant„ pour eux. Et il est remarquable que ce n’est pas,, seulement dans cet endroit que nous expliquons„ que l’Eglise considère ainsi les morts, mais dans„ tout l’Ossice qu’elle dit pour eux , où elle demande,, à Dieu”, Ou il ne fi souvienne point de leurs péchés ;qu il ne les condamne point , er qu’il les délivre de la mortéternelle.
,, Il semble que la raison de ceci est, que l’Egliíe„ priant pour les morts , fe les représente toujours„ dans le moment auquel ils sortent de ce monde pour„ paraître devant le tribunal de Dieu ; de même qu'el-,» le fe représente tous les Saints qu’elle honore aux,» jours qui leur sont consacrés, comme si c’étoit ce,, jour-là même qu’ils sont entrés dans la gloire. C’est,, pourquoi elle appelle leurs fêtes, le jour de le»r. ,, naissance , étant nés alors pour une vie immortelle :„ & elle dit à la fête de chaque Confesseur, que c’efi.„ en ce jour qu il eft entré dans le ciel.
,, C’est ainsi que l’Eglise se représente les morts,, dans le moment qu’ils sortent du monde ; parce qu e,» l’éternité ou bienheureuse, ou malheureuse de ces,, âmes en dépend ; & que la miséricorde que n os 5
demandons à Dieu pour elles, n’est qu’une,, de celle qu’il leur aurá faite en. sortant de cette„ vie.
„ De plus, l’Eglise veut que ses enfans offrent„ Dieu leurs prières pour les morts en la maniéré q ul,, est la plus propre pour les toucher, 8 c pour l eS„ sanctifier eux-mêmes, puis qu’ils seront d’autant„ plus capables de soulager ceux pour qui ils prienj’„ qu’ils seront plus unis à Dieu & plus pénétrés ác„ la frayeur de ses jugemens. Or rien ne peut uo^„ imprimer davantage cette crainte si salutaire de,, majesté de Dieu, que de nous représenter dans ,,, personne des morts que nous lui recommandons»'
que tôt ou tard nous tomberons entre ses mainsstss,, nous comparaîtrons devant le tribunal de fa j ul„ ce ; & que nous aurons besoin pour nous de c ^,, te même miséricorde que nous lui demandons p°
„ les autres. . , Qt
,, Nous pouvons ajouter, que cette mamere„ l’Eglise considère les morts, comme allant etre J si„ gés, quoi qu’ils l’ayent été effectivement, ei*
„ sainte & autorisée, que saint Augustin recomw