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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES SUPERSTITIONS.

críture. Ici Tartarus se prend dans le même sens quel’on a pris ci-devant Inferms , pour un lieu soû-ter-rain, rel qu’est le Purgatoire. Desorte que quand l’E-glise demande à Dieu pour les âmes des défunts, que1 ’enser, ou le lieu le plus profond de Penser ne les en-gloutisse pas, elle le prie de les soulager des inquiétu-des & des peines d'esprit qui les accablent dans le Pur-gatoire , & de les en délivrer au plutôt, ainsi quesaint Antonin vient de nous le dire.

Ne cadant in obscamm , ou, in obfcura tenebrarumloca. Puisque le Purgatoire est un lieu soû-terrain,il est assez naturel de dire, qu’il est obscur & téné-breux, & par conséquent qu’il est ce lieu obscur &ténébreux dont il est ici parlé. L’Eglise ne demandepas par ces paroles, que les âmes des défunts n’y tom-bent pas, puisque ce qui précédé marque qu’elles yfont déja tombées. Elle ne demande pas non plusqu’elles ne tombent pas du Purgatoire dans l’Enfer,parce qu’elle fait qu’elles ont été assurées de la déli-vrance des peines de l’Enfer dans le Jugement particu-lier, & qu’elles ne sortiront du Purgatoire que pouraller au ciel. Elle demande seulement qu’elles ne restentpas davantage dans ce lieu obícur & ténébreux, où el-les font, c’est-à-dire, dans le Purgatoire, mais quesaint Michel les représente au plutôt dans fa lumiè-re sainte qui a été promise à Abraham & à sa posté-rité.

Voilà l’explication des métaphores, & des paroleshyperboliques & outrées (s’il est permis de le dire)dont l'Eglise se sert dans l’Offertoire de la Messe desMorts, pour nous inspirer des sentimens de crainte &de frayeur des jugemens de Dieu; pour nous faireressouvenir aumême-tems qu’un jour viendra que nousaurons besoin pour nous-mêmes de la miséricorde quenous lui demandons en saveur des morts; & pour nousreprésenter la grandeur & l’immensité des peines queles âmes des Justes souffrent dans le Purgatoire: pei-nes, qui au sentiment des íàints Peres, sont incompa-rablement plus sensibles, plus rigoureuses, & plus in-supportables (a) que toutes celles que nous pouvonsendurer en cette vie. Mais au reste pour revenir ànotre sujet, on n’avancera rien contre la saine doctri-ne, quand on dira, qu’on ne peut célébrer, ni fairecélébrer le sacrifice de la Messe pour les damnés, fanstomber dans la superstition du faux culte, Sc de l’ob-servance des choses sacrées.

La vérité veut qu’on porte le même jugement desenfans morts fans batême, puisque très-certainementils souffrent au moins la peine du dam, qui consistedans la privation de Dieu, & que (b) saint Augustinentre plusieurs Peres de l’Eglise, ne les croit pas mê-me à couvert de la peine du sens.

(a) In Psal. 37. In Psal. 3. pœnit. Quamvis salvi per ignem(ditsaint Augustin) gravior tamen ignis ille, quàm quidquid po-tcst homo pati, in ha c vita. Et saint Grégoire le Grand: Illumtransitorium ignem omni tribulations prxsenti existimo intolera-biliorem.

(b) Serin. 14. de verbis apost. c. Sc 4. De vivis & mortuisjudicabitur {dit ce saint Docteur ) alii erunt ad dextram , alii adíïnistram : non novi aliud. . . . Qu id erk in sinistra ? Ite in ignematernum. In dextera, ad regnum utique aternum , in íinistra, inignem aternum. Qui non in dextra procul dubio in sinistra. Ergoqui non in regno, procul dubio in ignem aeternum. Certè habe-re non pote st vitam reternam, qui non baptizatur. Non erit indextra, id est, in regno non erit. Vitam seternam computas i- •gnem sempiternum ? Et de ipsa vita seterna audi expressius, quianihil aliud est regnum quam vita aeterna. Priùs regnum nomina-vit, íèd in dexteris, ignem aeternum in sinistris. Extrema au-teur sententia ut doceret quid íìt regnum, & quid lit ignis aeter-nus. Tune (inquit) abìbmt isti in combustìmtm aternam ; jufliautem i n vitam Aternam. Ecce exposuit tibi quid íìt regnum, 8cquid igni S *ternus: ut q usnào confheris parvulum non fiiturumin regno, fatearis futurum in ignem sternum. Regnum enimcœlorum est vita aeterna.

CHAPITRE Xí.

Suite du même sujet.

Quoique t'intention générale de l’Eglise dánstoutes les Messes , soit de prier pour lesdivans pour les morts, on ne dit pointde Messes des Morts pour les vivans.Quelques Théologiens cependant & quelque s Canonises estiment qu’on en peut di-re > & cet usage semble autorisé par quel-ques exemples. Mais on ne le sauroit fai-re sans tombe s dans la Superstition dufauxculte\ du culte superflu & de l’observancede s choses sacrées. Le Tape ne dit pointde Messe solemnelle pour les morts. UnT r être dtsoit tous les jours la Messe desMorts , & un autre celle de la sainteVierge. On peut anticiper pendant sa vieles Messes & les autres suffrages qu’onatt end des vivans après J a mort , pourvuque ces Messes ne soient point des Messesdes Morts. Raisons de cela tirées deGerson. On peut ausst dire des Messes desmorts pour les vivans que l’on croit morts fér il y a des exemples de cet usage dansles Ecrivains Eccléfiastiques. Dire desMesses des morts pour les vivans , à des-sein de leur causer la mort , c’est une su-perstition exécrable condamnée par le dix-septième Concile de Tolède.

L 'Intention générale de l’Eglise dans toutes les Mes-ses qu’elle célébré, est de prier pour les vivans &pour les morts. S. Thomas (c) l’assure positivementdans un de ses Opuscules, lorsqu’il dit, que le sacri-fice de l’Autel est offert dans l’Eglise pour les vi-vans & pour les morts, afin que comme il a été insti-tué pour le salut de tout le monde, il soit avantageuxà tout le monde. Mais cela n’empêche pas que l’E-glise, outre cette intention générale, ne fasse une appli-cation particulière de cet adorable sacrifice à quelquesvivans & à quelques morts, préférablement à tous le*autres. Dans les M estes ordinaires , dans celles dtt tefflh& dans celles qu’on appelle votives, elle fait Cette ap-plication aux uns & aux autres ; mais dans celles dtimorts , elle ne la fait qu’aux morts, ou, pour parlerplus juste, elle ne dit des Messes des morts, que p ov*les morts, & non pour les vivans. Quelques Théo-logiens cependant, & quelques Canonistes, (d) esti-ment qu’on peut dire des Messes des morts pour le svivans, & il y a en effet des exemples qui semblentautoriser cette pratique. Celui de saint Théodose Ab'bé dans le Diocèse de Jérusalem, (e) qui mourut l’ an52.9- & qui étoit intime ami de saint Sabas, est bienremarquable. Lorsqu’il vivoit retiré dans fa. caverne,où durant trente ans il ne mangea point de pain, & ° evécut que de fruits, ou de légumes, six ou sept So-litaires se . rendirent auprès de lui, & le choisirent' pour leur conducteur dans la voye du salut. IIordonna un jour de préparer un tombeau qui leurtoit commun. Le tombeau étant prêt, le Saintvoir & demanda, qui en féroit la dédicace ? Alors b a '

1 file,

(c) Opuícul, 47. Offertur in Ecclesia pro vivis 8 c mortuis.omnibus profit, quod est pro salute omnium institutum. .(d) Apud Theophil. Raynaud. in heterocl. spint. m cœlelt

infer. íêct. 1. punct. 3. quaesit. 4. n. 3 ?- t , , Tu-

(-) Vit. S Theodos. ab apud Sur. 8c Bolìand .1. Januar. £bet Pater omnia ipsnfien qu* lex vult fier. mortu.s .teruanas,^quam. £c novenas. k conséquentes «iam quadragenas.