Buch 
Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
Entstehung
Seite
145
JPEG-Download
 

DES SUPERSTITIONS.

«le, un de ses Disciples, qui étoit Prêtre, s’étant misà genoux pour recevoir fa bénédiction, dit ensuite,Ce fèra moi , mon Pe're. S. Théodoíê, à qui Dieu a-Voit révélé la mort de Basile, sût fort satisfait de l'yvoir disposé. Dès ce ìnomënt on considérâ ce Reli-gieux comme n’étant plus du monde. On fit pourlui les Offices qu’on avoit coutume de faire pour lesmorts, le troisième, le neuvième & le quarantièmejour après leur décès ì & fur la fin de ce quarantièmejour Basile, fans être malade, cessa de vivre, & s’ert-dormit doucement áU Seigneur.

Metaphràste qtii a écrit la vie de S. Theódose, d’ôuce merveilleux évenement est tiré, a tant rapporté demonstres de miracles , comme Melchior Cartus f a) ledit si bien de l’auteur du Miroir des exemples , plutôtque de véritables miracles, dans ses Vies des Saints ,qu'il n’a pas mérité d’être toujours crû fur fa parole.Mais si le fait dont il s’ágit ici est conforme à la Véri-té, il est plutôt à admirer, qu’à imiter.

Ce que le B. Elréde, Abbé de Riévàl raconte deS. Edouard, Roi d’Angleterre, dans fa vie, (b) neregarde point le sujet que nous traitons. Il dit que cesaint Roi sentant que l’heure de fa mort ápprochoit,en fit donner avis dans les lieux voisins de fort Palais,afin qu’on ne différât pas de faire prier Dieu pour lerepos de son ame. Mais il ne dit pas qu’il fit prierDieu pour cette fin, étant encore en vie. Il n’eut pointd’autre intention en cela, sinon que l’on offrit desprières pour lui auffi-tôt qu’il feroit mort, afin qu’ilsentît plutôt le fruit Sc les effets de ces prières. Les pa-roles du B. Elréde en sont soi.

Nous lisons dans la vie de S. Frédéric, Evêque deMastric, (O quêtant prêt de mourir, & ayânt don-né fa bénédiction à son peuple, il descendit dans sontombeau, qu’il y commença les Vêpres des morts, &qu’après avoir répété plusieurs fois ce verset, In ma-nus tuas Domine commendo fpiritum meum, Sc avoir dit,hac requies mea in fkculum fkculi . hic habitabo quonianielegi eam , il rendit ' son ame à Dieu. Mais nous l’ylisons point qu’on ait dit les Messes des morts pourlui avant fa mort; & s’il fit dire les Vêpres des mortsétant dé j a dans son tombeau, ce ne fût pas pour fe lesappliquer comme s’il eut été mort, puifqu’il ne l’é-toit pas encore, mais seulement pour s’entretenir dansla pertfée de la mort, pour mourir dans la méditationde la mort, & pour demander à Dieu le repos éter-nel , qui font les fentimens que nous inspirent les Pseau-mes & les autres prières, dont les Vêpres des mortsfont composées.

Ce fût dans le même esprit que Henri de Roteneck,Ëvêque de Ratisbonne, qui mourut l’an r z 96. fe fai-foit dire tous les ans un service solemnel d’Anniversai-re, auqUel il affistoit lui-même en personne; ce qu’ilPratiqua pendant les quatorze Dernieres années de íàVie, ayant toujours au chevet de son lit son cerceuil8e l’attirail funèbre avec lequel il devoir être enterré,ainsi que le remarque Wiguleus Hund de Sultzen-Mos, Président au Conseil souverain de Munick, ca-pitale de (d) Bavière, dans le 1. Tome du livre in-trtulé, Metropolis Salìsburgensts.

Ce fût encore dans la même vûe que Pedro Veil-1°, riche Marchand des Indes, fît quelque chose^'approchant de ce qu’on vient de dire de S. Frédéric•fivêque de Mastric, si nous en croyons le P. Bartho-fi> dans les miracles de S. François Xavier , (e) Mis-

fi») L. 7. de loc. Theolog. c. 6.

{&) Les voici: Apud Suri. 7. Januar. Ratisbon. Sciens itaquep e x q u ; a appropinquavit hora ejus, ut transiret ex hoc mundo,lu <>m transitum mox in circuitu propalari jussit, ne mortis su*a Snitione dilata, orationum quoque suísragia differrentur.

( c ) Ibid. 18- Jul.

(d) En ces termes: Pag- io 4- in Episc. Ratisbon. Hic Henri-CUs atmìversarium obitus fui diem, quatuordecim annis antequam^Weretur instituit & ejusdem celebritati, Cum candelarum ac-Censione. & campanarum pulsu quotannis fact* , pr*sens inter-

& induvias sépulcrales, m memoriam mortis pr*paratas,er nper ad lectisternii fui latus ad manum habuit,

(*) Miracle 70.

Tome II,

Í4Î

sionnaire Apostolique dans les Indes. Ct grand Saintlui avoit prédit, qu’il ne mourait point qu’aupara-vant il ne fçût le jour de fa mort. „ Un jour (dit le Pâ„ Barthòli, selon la traduction du P. Pardies) qu’il,, étoit fort joyeux dans un festin avec ses amis de-„ mandant à boire, à la premiere gorgée qu’il prit, il„ S’arrêta d’autánt que le vin lui parut aussi amer que„ du fiel. En même tems il fe souvint de la profétie,, du Saint, 8 c là-dessus il lui survint une certaine,, horreur, telle qu’elle a coutume de survenir à ceux,, qui entendent soudainement la nouvelle de la mort,,, lòrfqu’ils ne s’y àttendoient pas. 11 voulut néan-„ moins s’éclaircir davantage en donnant la même taf-„ fe áux autres, & leur ayant demandé ce qui leur,, fembloit de ce vin, il entendit de jtous la même ré- 1,, ponfe, qu’il étoit très-delicat.

,, Il fe fît encore rinfer un verre pour essayer de„ nouveau; mais toujours il trouvoit le même goût»» désagréable & amer. Alors il ne lui resta plus de,, sujet de douter, & ayant fait tacitement, les yeux,, levés au Ciel, une offrande de soi-même à Dieu, il», raconta aux conviés la profétie du S. Pere Fran-,, çois, & son accomplissement, qu’il commençoit à„ voir. Après cela il fe disposa tout de bon à mou-», rir. II donna une bonne partie de son bien aux pau-,, vres, laissant le reste à ses eníans,qui vécurent tou-„ jours fort honorablement dans l’abondance des biens,, de ce monde.

,, Il prît congé de ses amis, plusieurs defquels Ië», voyant en bonne santé & l’entendant parler de fa„ mort, comme s’il la voyoit présente, crûrent qu’il,, étoit troublé de quelque humeur mélaricholique ;„ 8 c comme il étoit aimé de tout le monde ils s’ac-„ cordèrent par pitié à le divertir, en lui tenant bon-„ ne compagnie, & l’entretenant de choses agréables ,,, qui pussent lui ôter de l’esprit ces imaginations fâ-„ cheufes; mais lui au contraire les pria de venir avec„ lui à l’Eglife ou il avoit fait préparer toutes choses,, pour y célébrer un Office des morts : & là après„ avoir reçû le saint Viatique & l’Extfême-onction »,, il fe coucha fur la bierre, en posture d’un mort»„ & fe fit chanter une Messe solemnelle de Requiem.

U y avoit dans l’Eglife un peuple innombrable, qui„ étoit accouru à la nouveauté d’une action si extraor-„ dinaire, les uns s’attendant à voir l’accomplissement,, de la prophétie du Saint, les autres s’apprêtant â ri-,, re de la fantaisie du vieillard.

», La Messe étant finie, le Prêtre & les Ministres», vinrent autour de la bierre pour y chanter, suivant„ le Rit ordinaire » les derniers Réponsoires, & il vi-,, voit encore. Après ces derniers Réponsoires, com-,, me il ne rèstoit plus rien à faire, un de fes valets,, s’approcha pour l’aider à fe lever, mais il le trouva», mort. L'émotion du peuple, pendant que chacun„ vouloit s’approcher & s’éclaircir du fait, & puis,, l’admiration, les larmes de tendresse, les benedic-,, rions qu’on donnoit à la mémoire du Pere François,„ qui étoit mort déja depuis plusieurs années, Sc tous„ les autres signes de divers fentimens » furent extráor-„ dinaires. La nouvelle en courût par toute l’Inde,,, & l’on vit accroître autant la dévotion envers le„ Saint, que la charité envers les pauvres, laquelle,, on voyoit dans la personne du charitable Veillo, di-„ gne du bonheur de cette vie , & d'tine si sainte„ mort, dont Dieu l’avoit voultl récompenser

La même chose est rapportée dans la vie de saintFrançois Xavier, (/) écrite par Tursellin, & dansl’histoire de la Société de Jésus (g). Voilà ce qu’unexcès de dévotion aveugle & mal réglée a fait faire àun Marchand des Indes. Mais cet exemple, non plusque tous ceux de même genre qu’on póuroit alléguer,ne peuvent pas faire de conséquence au préjudice de

la

(/iL. f.c. y

(g) Part, 1. 1. il. ri, lop.

08