DES
SUPERSTITION S.
la grâce de vivre & de mourir dans son amour , &de ne point passer par les dames du Purgatoire, si sadivine providence le jugeoit ainsi. (a) La seconde ,afin que ces' devoirs de charité leur sussent moins pé-nibles & moins à charge , en les lui rendant peu-à-peu & à leur commodité avant fa mort, qu’ils ne leleroient en les lui rendant tout d’uncoup & fans dií-continuation , auffi-tôt après fa mort. (b) La troi-sième , afin que les prières qu’ils continueraient defaire pour lui pussent lui donner lieu de mériter da-vantage pendant fa vie , sachant qu’après fa mort ilne feroit plus en état de mériter. Ensuite dequoi ilconclut (c) fa Lettre en les priant instament de par-tager abondamment avec lui leur charité , afin qu’ilpuisse un jour être reçu avec eux dans les taberna-cles éternels.
Ce pieux Chancelier de l’Eglife & de l’Universi-té de Paris ne nous marque pas quels étoient les suf-frages qu’il demandoit aux Chartreux d’anticiper en-fa faveur , si c’étoit des Messes des morts , ou d’àu-tres Méfiés ? Mais il n’y a nulle apparence qu*unThéologien aussi éclairé que lui dans la science deEglise , les ait priés de dire à son intention desMesses des morts durant fa vie , sachant, ce que lesChartreux n’ignoroient pas aussi, que l’Eglife n’étoirpas dans cette pratique , & que cela ne fe pouvoit-faire fans fiction & fans superstition.
II leur demandoit donc feulement des Messes con-formes aux Offices de l’Eglife & aux usages de leurOrdre , selon lesquels on ne dit jamais des Messes desmorts pour les vivans ; & il leur demandoit ces Mes-ses à dessein d’obtenir de Dieu les grâces dont ilcroyoit avoir besoin pendant fa vie , & de prévenirles peines du Purgatoire aufquelles il craignoit d’ê-tre condamné après fa mort. Et cette anticipationde Messes bien loin d’être inutile aux vivans, leurest avantageuse pour plusieurs raisons.
1. Parce qu’ils ne font point en doute si après leurmort on fatisféra à leurs dernieres volontés, puif-qu’ils ont eu foin eux-mêmes qu’on y satisfît par a-Vance , & que par ce moyen ils fe sont mis à cou-vert de l’infidelité & de l’ingratitude de leurs parens,de leur héritiers & de leurs exécuteurs testamentai-res , qui pouroient les frustrer des suffrages qu’ils au-roient ordonnés après leur mort.
2. Parce que le flambeau qui est devant nous,nous éclaire bien mieux que celui qui est derrierenous.
;. Parce qu’après la mort les Messes que l’on ditPour nous ne peuvent servir tout au plus qu’â nousdélivrer de la peine , supposé que nous sussions enPurgatoire ; au lieu que pendant la vie , elles peu-Vent servir à nous délivrer de la coulpe , & à nousfrire trouver la grâce & la persévérance finale, Il enE de même des aumônes. Celles qu’on fait pendantfr vie font d’un plus grand secours que celles qu’onordonne de faire après la mort ; tant parce qu’il eflPlus difficile , & par conséquent plus méritoire , dedonner pendant la vie , qu’après la mort ; qu’à cau-fr que pendant la vie nous sommes les maîtres deo°s biens , & que nous en potirons disposer avec fi-erté ; mais qu’après la mort ils ne font plus à nous,
féales amici vivere 8c mori me ia gratia Dei. Non quin ore-jj? r Deus ut transieat à me calix Purgatori* paenalitatis , si possi-, e est secundùm ordinem divin* voluntatis ; sied quod planéÌHi gratia Dei sic comitetur vitam 8c obitum meum , qua de-Cle nte nulla esiêt ulteriùs redemptio.k ( a ) Movet altéra consideratio , quia videtur 1 facilior pro Patri-k Us .8t Dominis pausiativa, quasi per tenipus 8c t empota , dístri-[ U P° siuffragiorum , quàm statim post obitum continuata sio-
fr ^ >en ' c l ue justorum affidua deprecatio proderit , sipero, mi-Por- proprium cumulandum in via , qualiter esse non
* ^ent extra viam , qu* meriti nullius statum habet.tas * Ro 2° igitur Pâtres 8c in Christo fratres cariffimi , ut cari.la . v f in me magis ac magis abundet, ut in œtema tabernacu-robiícum recipiar . fiat, fiat.
& que nous en perdons la disposition & l’usage,conformément à cette, (d) inscription qui fe voit en-core aujourd’hui dans f Eglise Cathédrale de Nevers,& que Mr. Catherinot Avocat du Roi à Bourges,a rapportée dans son Manuel de l’Hôpital général déBourges.
C’est ce qui fait dire au même Gerfoil , (e) qu’ilest plus’avantageux aux Chrétiens de fe procurer dessecours spirituels pendant leur vie , afin d’être déli-vrés tout ensemble de la coiilpé & de la peine j qued’en ordonner par des fondations., ou par des disposi-tions testamentaires qui ne seront exécutées qu’aprèsleur mort.
Mais au reste si l’on ne peut pas, fans tomber dânSla superstition > dire , ni faire dire des Messes desmorts pour les vivans, à dessein de leur procurer desavantages spirituels j c’est une superstition abomina-ble que d’eii dire , ou d’en faire dire avec intentionde leur causer quelque dommage , & dé les fairemourir. Voilà cependant ce que faisoient les PrêtresEspagnols dont parle le dix-septième Concile de To-lède (f) qu’on vient de citer, qui disoient. des Mes-ses des morts en yûë de faire mourir ceux pour quiils les disoient , & que ce Concile condamne à êtredégradés , bannis à perpétuité , & excommuniés lereste de leur vie , siorfmis à l’article de. là mort )& avec eux , ceux qui lèur a broient fait dire cesMesses.
CHAP : I T R E XII.
Continuation dé la même matière.
On abuse d*antres Messes que de celles desmorts pour de mauvaises intentionscom*me pour deviner } pour être guéris qupréservés de certains maux ■> pour êtreguéris du mal caduc ; pour mettre la dì-vison entre des personnes qui n'ont au-cun différent i pour faire des imprécationscontre ses ennemis & les faire mourirdans un certain tems , pour satisfaire fa.curiofìté $pour savoir fi des malades mour-ront de leurs maladies , ou s'ils en gué-riront s pour avoir les plus beaux bes-tiaux
(d) Erras , (ì spores, quod plus te dìligat hures
Sub terra pofitum , quàm tu te dilig ìs ipsum ,
Da bona, eum tua sunt , nam pojl mortem tua nan snnt. :
(e) Tract, de Indulgent. î. p. considérât, z. Eligibilius est (dït-il) homini viatori procurare sibi juvamen ípirituale in vita sua,ut líberetur à c.ulpa 8c pœna , quàm expectare per fundationesaut alia pia testamentorum legata post mortem , quod talia sibifiant. Sequitur ex considérâtione pr*dicta , quod post mor-tem ista non proderunt sibi ad melius , nisi quod liberetur à pce-na , si sit in Purgatorio. Nunc autem dum vivit, sibi pro-desse possunt ad liberationem culp* 8c inventionem grati* , necnon ut in gratia finaliter persieveret. Rursius ex alto , - quia li-beraliùs 8c difficiliùs est dare in vita , quàm relinquere post mor-tem distribuendum.
(f) C. s. Plerique Sacerdotum (dit cette sainte Assemblée) itapr*pediente delicto , arque íàuciati inimiciti* dolo , non íplùrahominibus fallaciter loqui minime pertimesicunt , sied 8c in làn-ctis Basilicis íupra altare Domini coram Deo mendacium nèauaquam perpetrare horresicunt. Nam Miíîàm pro requie defunctrum promulgatam fallaci voto pro vivis student celebrare h •nibus , non ob aliud , nisi ut is , pro quo id ipsumcrificium , ipsius siacrosiancti libaminis interventu nì ■
perditions incurrat periculum ; 8c quod cunctis datúm slutis remedium , illi hoc perversio instinctu quibnn, m “f” sa *petunt in interitum. Ob id nostrae elegit unanim.W 1 esse ex *tus , ut si quis Sacerdotum deinceps talia peroetraír ^ c ° n J en ~
etiam ìlle qui ad talia peraeenda inrît-sfn. , quam
petui ergastulo religati , fxceoto ‘ r P F Ur ’cunctis fit* siu* diebus 5 ' Lpremo v.t* curncnlo ,
, 4 > iacr* communtonis eis denegetur per-
cepUo , quam Deo ie crediderunt fraudulento delibasle studio,
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