DES S U P E R S T í T í O N S.
malade à pris ce remede , il saille casser le verre , &■donner le morceau de toile a quelqu'un four lhonneur deDieu : car je suis persuadé que le malade ne guéri-rait pas moins , supposé que le remede fût bon , sion conservoit le verre sans le casier, & la toile fans ladonner à quelqu’un pour l’honneur de Dieu.
IV. La malice de certaines gens va quelquefois àfaire dire des Messes pour mettre de la division entredes personnes qui n’ont rien à démêler ensemble , &pour les obliger de se quereller & même de se battre.Voici ce qu*on sait pour cela. Après soleil couché,on prend une. .... on lui coupe les quatre pattes,dont on fait deux croix , on les met l’une fur l’autredans un sachet de toile neuve , que l’on cache sous lanappe d'un Autel ; puis on fait dire une Messe à cetA utel : & quand on veut que deux personnes se que-rellent & se frappent de tout ce qu’elles trouvent fousleurs mains, on met ce sachet entre elles-deux, & onassure que l’effet s'enfuit bien tôt. Mais cette super-stition est diabolique.
V. Il se trouvoit autrefois (au rapport de Pierrele Chantre (a) , des Prêtres assez malheureux pourdire des Messes fur des images de cire en faisant desimprécations contre leurs ennemis , jufques-là q u’ilsen difoient dix, & quelquefois plus , afin que leursennemis mourussent dans le dixième jour , ou peuaprès ,& qu’ils fussent ensevelis avec les morts; ce quecet auteurdit avec raison être une superstition magique.
VI. Mr. de la Croix, Prêtre du Séminaire de saintNicolas du Chardonnet , rapporte dans son ParfaitEcclésiastique (b) , que la curiosité fait quelquefoisdire des Messes du Saint Esprit , qui ne sont pasexemtes de superstition. Voici comme il en parle;D' autres disint , „ je vais faire dire une Messe du,, Saint Esprit en telle Eglise, 8 c à un tel Autel, pour„ savoir des nouvelles si un tel , ou une telle est,, morte, ou s’il reviendra; ou pour prier pour une„ telle personne , afin qu'elle s’amende , ou quelle„ meure dans l’année ; ou pour savoir quel mari ono, aura ; ou que je sache l’heure de ma mort Onpeut sans superstition faire dire des Messes du saintEsprit, pour demander â Dieu la conversion des pé-cheurs , pourvu qu’ils ne soient point du nombre deceux pour lesquels nous avons ci-devant (c) observéque l’Eglise n’offre point à Dieu le Sacrifice de nosAutels. Mais c’est toujours une superstition damna-hle de faire dire des Messes afin qu'une personnemeure dans l’année, comme il est évident par les parolesde Pierre le Chantre , qu’on vient de citer. Il pou*roit aussi y en avoir à en faire dire dans une Egliseplutôt que dans une autre, & à un Autel plutôt qu’àUn autre : & j’estime que c’est une superstition de ladivination du culte superflu , & de l’observance deséhoses sacrées , que d’en faire dire pour savoir si unePersonne est morte , ou si elle vit, pour savoir quelmari aura une fille,ou une veuve, pour savoir à quel-le heure on mourra. Le sacrifice de l’Autel n’est pasmstitué" pour ces fins & ces usages qui ne tendentqu’à satisfaire une vaine curiosité.
Vil. A Sées en Normandie, il y a une Chapellefort obscure , appellée de saint Louis de la Chartre.Quand on veut savoir si des personnes extrêmementmalades iront , ou viendront, comme on parle, c’est-à'dire , guériront , ou mourront de leurs maladies,°n y fait "dire des Messes. On fait la même chose enbien d’autres lieux , dans les Eglises , ou Chapellesde saint Liénard , que l’on dit avoir le pouvoir deiier 8 c de délier. Mais cette dévotion tient encore de
(a) Abbreviat. c. ay. Item ( ce font ses propres paroles ) quod«ens dico , hoc aantum Sacramentum quidam in artem Magi-c arti verterunt , celebrando Mílîâs super imagines cereas ad im-P re candum alicui , etiam aliçui imprecantes Missam fidelium?ecies, V el pluries décantant, ut ante decimum diem, vel poil,m brevi moriatur, & cum mortuis sepeliatur.stì Part. 4. c. Tit. 7.
\t) C. 9. de ce Livre.
Tome II.
la divination , du culte superflu , & de l’obfervancédes choses sacrées.
VIII. Souvent à la campagne on fait dire des Mes-ses pòur avoir les plus beaux agneaux , les plus beauxveaux , les plus beaux chevreuils , les plus beauxblés , là plus belle récolté de la Paroisse. Mais cesvues sont intéressées, Le ceux qui en usent de la sortese cherchent plutôt eux mêmes qu’ils ne cherchentDieu, son royaume 8 c sa justice.
IX, Il est impossible , quand deux personnes plai-dent ensemble, qu’elles gagnent toutes deux leur pro-cès. II arrive souvent qu’elles font dire toutes deuxdes Messes à dessein de le gagner, mais cette intentionest mal reglée , car elles ne peuvent.point avoir dansce cas d’àutre désir légitimé que celui de la justice.C’est pourquoi tout cë que les plaideurs doivent feproposer en faisant dire des Messes pour l’hëureuxsuccès de leurs procès , c’est de demander à Dieuqu’il leur donne la paix & l’efprit de charité qu’il esttrès difficile de conserver en plaidant, & qu’il éclairel’esprit de leurs Juges , afin qu’ils leur rendent: justi-ce fans passion , fans intérêt, fans acception de per-sonnes ; car de faire dire des Messes uniquement envue de gagner son procès , c’est non feulement vou-loir que Dieu fasse ce qu’on souhaite de lui ; c’estaimer ses propres intérêts plus que fa gloire ;. c’estchercher ì’accomplissement de fa volonté plutôt quel’accomplissement de celle de Dieu ; c’est pèchescontre cette demande de l’Oraifon Dominicale , Fiatvoluntas tuasicut in ctnlo est in terrà ; mais c’est encoredans l’un des plaideurs demander à Dieu une injusticepour fruit de la sainte Messe , ce qui ne se peut fairesans superstition.
X. Lors qu’on a été volé , c’est une pratique assezordinaire de faire dire au plutôt une Messe du saintEsprit, pour empêcher que le voleur ne s’éloigne dnlieu où il a commis le vol. C.’en est encore une quin’est guéres moins ordinaire , quand on a, perdu ouégaré quelque chose de considérable , de faire direaussi au plutôt une Messe de saint Antoine de.Padoue»pour retrouver ce qu’on a.perdu , pu égaré. Maisoutre que ces pratiques n’ont pas le suffrage de l’anti-quité, n’ayant été inventées que depuis que la cupi-dité a multiplié les Messes âu point où nous les voyonsmaintenant; l’Egliie ne s’est point déclarée en leursaveur: & c’est par cet endroit qu’clles me paraissentsuspectes de là superstition du culte.superflu , & del’obseryance des choses sacrées. - Joint que le Synoded’Wladiílaw ‘(d) , en 1568. défend positivement dedire des Messes pour recouvrer des choses volées , &par de semblables motifs , comme font celles qui fedisent pour satisfaire la curiosité des particuliers,-pourdeviner quelque chose , pour savoir ce qui arrivera.d’une personne malade à l’extrémité»;
XI. Pendant les beaux jours de l’Eglise , que Portdisoit peu de Messes , on. ne mettoit point en ques-tion si l’on en pourroit dire fans aucune intention par-ticulière , mais seulement pour les premiers qui endemanderaient. Chaque Prêtre avoit son titre Ecclé-siastique , conformément aux anciens Canons dontil tirait fa subsistance , fans fe faire comme, un métierde dire tous les jours la Messe , & J ans être obligéde faire des bassesses , 8 c souvent même de* sacrilè-ges , pour avoir des Messes , afin de pouvoir vivre& s’entretenir de leurs rétributions. Mais ces beauxjours sont passes il y a déjá long-tems , la face del’Eglise est changée , la pluralité des bénéfices dansun mëme sujet à inondé le Clergé , le nombre desPrêtres s’est multiplié extraordinairement , & a donnélieu à l’abas des titres patrimoniaux ; en sorte qu’il
faut
(d) Part. 1. 1 *ît. i. fl. t j. MiíTas ( dit-cé Synode) pro rébusfurtô sublatis recuperandis. - ... vel allia rébus id gémis cjúasà superstmone non multum abesse videntûr, cekbzari Mâbemus.
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