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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES S U P E R S T I T I O N S.

point dit ni dans le Concile du Dôme de Constanti-nople, ni dans les Auteurs Grecs qui parlent de laMesse des Pré-sanctifiés , ni dans l’Euchologe desGrecs, où elle est rapportée tout au long avec ses ru-briques , qu’elle se doive dire aux enterremens desmorts.

Allatio ( a) témoigne que les Grecs ne disent pointd'autres Messes pour les morts, que celle de saint JeanChrysostome, à la reserve qu’on y dit l’Epître &l’Evangile pour les morts, & que le Prêtre qui la doitcélébrer, après avoir fait mémoire des Saints dansl’ob-lation, ajoute une particule (i^píSu) pour les morts.

Enfin nous avons dans l’Euchologe des Grecs l'Of-fice de la sépulture, Officium exequiarum, qui esttout-à-fait différent de celui des Pré-sanétifiés, & oùil n’est pas dit un mot de la Messe des Pré-sanctifiés.On ne peut donc se tromper en suivant l'Eglise Grec-que & l’Eglise Latine, qui n’ont jamais dit de Messesdes Pré-sanctifiés pour les morts -, & on se tromperaittrès assurément si on suivoit ce qui se pratiquoit au-trefois dans la plupart des Eglises de Flandre, où ellese disoit, mais où elle ne se dit plus maintenant ; nonplus que la Messe sèche , qui a été entierement abrogéepar plusieurs Evêques des Païs-bas, dans leurs Syno-des, tant Provinciaux, que Diocésains, ainsi quenous l’avons ci-devant (b) observé, & que le Concilede Paris, (c) en tria. & le Synode de Bourdeaux,(d) du i;. Avril 160$. ont expressément défendu dedire pour les morts.

CHAPITRE XIII.

Des Superstitions qui regardent les rétribu-tions des Meslès.

On commença dés le huitième jìecle à rece-voir des rétributions pour des Messes -,mais cet usage ne fut universellement éta-bli que vers le douzième Jìecle. ‘Pierre leChantre le condamne avec force. Les Prê-tres qui reçoivent de /’argent pour leursMesses doivent se tenir en garde contretout ce qui sent l’avarice & le gain hon-teux , & ne pas dire la Messe dans la seu-le vite des rétributions , de peur de tomberdans le plus grand de tous les péchés. C’estêtre superstitieux que de dire plusieursMesses en un mêmejour , & des Me ses àplusieurs faces. Les Grecs reçoivent plu-sieurs rétributions d 1 une feule Messe. Com-ment cela se fait. Qu’il y a en cela deVabus , du péché & de la superstition. LaCongrégation du Concile de 'Trente a déci-dé qu’on ne pouvoìt recevoir plusieurs ré-tributions d’une feule Messe. II sembleqiiautresoìs l’Eglise n’étoit pas dans cesentiment. On ne peut , sans une espèced'idolâtrie y se charger de Messes a un cer-tain prix y pour s’en décharger en les fai-sant dire à un moindre prix. Décret dela Congrégation du Concile de Trente furce sujet.

. W Epist. i. de recent. Grsec. templ. pag. 15-4. ad johan. Mo-nn. Misla pro mortuis ( dit-il) apud Graecos nulla alia , quàm eaqu* Johannern Chrylbstomum prsefert, 8c aliis diebus 8c íòlem-nitatlbus recitatur. Differt tamen , quòd tune Epistola 8c E-vangeliurn pro mortuis leguntur, 8c celebraturus poil commemo-rationes Sanctorum m oblatione addit pro eo mdôìn,

(b) L. 4> c * 2 '

(c) Can. it.

(d) Ordon. de Eourd. Tit. i. pag. i 7 .

L Es Messes ne se sont jamais tant multipliées quedepuis qu’on en a dit pour de l’argent. Aupa-vant, on ne donnoit que le pain & le vin, qui dé-voient servir au Sacrifice ; mais cette coutume s’étantabolie peu à peu, on commença vers le huitième sié-cle (au moins dans quelques Eglises des Gaules) àdonner de l’argent aux Prêtres pour les Messes privées& particulières qu’ils disoient. Codegrand, Evêquede Mets, qui vivoit en ce tems-là, le marque asseznettement dans fa Réglé des Chanoines (e) , où il est ditque cet argent étoit donné par forme d’aumône.

Mais cela ne fût universellement établi qu’environau douzième siécle ; & une des choses qui contribuale plus à cet établissement, ce fut les fondations desObits & des Messes votives, qui commencèrent versle même siécle. Car j’ai fait voir dans ma Dissertationsur la Clôture du Chœur des Eglises ( f ) , que ces fonda-tions ne font pas plus anciennes que ce tems-là, & j’yai justifié (g) par le témoignage de saint Rémi {h ),& par l’autorité des Formules de Marculfe , & de cel-les qui font imprimées ensuite, dans l’Edition in 4.de feu Mr. l’Avocat Général Bignon, cette paroledu Rituel d’Alet (t) Ou on donnoit autrefois à l Eglifisûrement & fìmplement , & fi contentant de Je recomman-der en général à fis prières , Jans la charger de nouveauxservices. On ne fût pourtant pas long-tems fans trou-ver à redire qu’on célébrât des Messes pour de l’ar-gent. Pierre, Chantre de l’Eglise de Paris (k) qui vi-voit fur la fin de ce siécle, se plaint hautement de cet-te pratique. Il la traite de Simoniaque , & il assure queceux qui disent des Messes en vue des rétributionsqu’ils en reçoivent, vendent plus honteusement Jesus-Christ que Judas ne le vendit, parce qu’ils font piresque Judas. Ensuite de quoi il ajoute, que quand Ju-das vendit Jesus-Christ, il ne crût vendre (l) qu’usthomme, & non pas le Fils de Dieu, & qu’il ne levendit que pour avoir dequoi faire subsister sa famil-le , qui étoit dans le besoin, : au lieu que ceux qui di-sent la Messe pour de l’argent, vendent Jésus-Christqu’ils savent être vrai Dieu & vrai homme. Qu’il (0)le vendit trente deniers, qui étoit une somme d’arge ntconsidérable, puis qu’elle valoit environ quarante-si*livres de notre monnoye, mais que ceux qui disentla Messe pour de l’argent le vendent pour peu de chc-fe, pour huit, dix, douze, quinze ou vingt fols*Enfin, qu’après qu’il l’eut vendu, se repentant deson crime, quoique sa pénitence ne sût pas véritable*(n) il rapporta & rendit les trente deniers : mais qu’ or1ne voit point que ceux qui disent la Messe pour d Sl’argent, restituent ce qu’ils ont mal acquis par cettehonteuse voye.

Cependant les plaintes de cet Auteur n’ont pas em-pêché qu’on n’ait dit depuis, & n’empêchentqu’on ne dise encore aujourd’hui des Messes pourl’argent. L’Eglise toléré cet usage, elle l’autorist* ^

(e) Voici ses paroles: C. 4Z.T0.1. Spicileg.d’Acheri.uni Sacerdoti pro Missa sua, vel pro Conseffione, aut ^ eI í0pro Psalmis 8c Hymnis, íèu pro íèipso, vel pro quolibet &suo, aut vivente, aut mortuo, aliquid in cleemosyna dare vorit, hoc Sacerdos, vel Clericus à tribuente accipiat, 8 e e% ! teíquod voluerit faciat. 5 i autem à tribuente ad omnes Sacerd mU 'aliquid in eleemosyna datum fuerit, banc eleemosynam OI Jnemhabeant, & Psalmodiam vel Milìàs pro illo milèricordeciant.

(/) Art. 19.

(g) Art. 18. ^ , iqiiíi.

(b) Dans son Testament rapporté par Flodoard au 1 . * • dede l’Eglise de Reims, c. 16.

(/) Instruct. 8. , nuàfl 5

(k) Verb. abbreviat. c. 17. Turpiùs Christum vendinaus H

Judas, eo quòd détériorés sumus. e-

(l) Ille enim quem purum hominem credebat, cum * airl . ruB i

tiam ejus indigeret, vendidit, nos verò quem scimusDeum 8c hominem vendimus. . t : 0 ve-

(m) Ille pro triginta argenteis , nos pro denano, 8c p

listimo. „ „ . . ^nteoiy

(n) Ille pœnitens, licèt non verè, retul.t8c rejecit li s sesm Ecclefla autem inter nos non est qui turptter acqmbtaciat.