des superstitions.
on ne fauroit le blâmer sans se tromper impudemmentsoi-même, pour user des termes de Gerson (a). Ainsiles Prêtres peuvent fans scrupule , & même avec justi-ce, prendre des rétributions des Messes qu’ils disent,puisque (comme dit le'même Gerson (b)) l’Apôtresaint Paul témoigne qu’il n’y a rien de plus juste , se-lon toutes les loix , que celui qui sert à P Autel, vi-ve de l’Autel : mais en prenant des rétributions desMesses qu’ils disent , ils doivent extrêmement se teniren garde contre tout ce qui sent l’avarice & le gainhonteux , que les 88. Apôtres (c) leurs interdisent.Ils ne doivent ni enjoindre aux pénitens qu’ils con-fessent , de leur ordonner des Messes à dire pour la pé-nitence , ni stipuler les rétributions des Messes. LeConcile d’Yorc (d) , en 1x95. défend positivementces deux choses , & permet seulement de recevoir cequi sera présenté à l’offrande. Richard Poore , Evê-que de Sarisbéri, dans ses Ordonnances d’envifon l’an1217. êc saint Emond , Archevêque de Cantorbe-ri (e) , dans fes-Constitutions de l’an 1x3*5. défendentausiì aux Prêtres, de faire aucun pacte, ni aucun trai-té , fous quelque prétexte que ce soit, pour les rétri-butions de leurs Mefles. On volt de semblables dé-fenses dans une infinité d’autres Statuts Synodaux, &particulièrement dans le Concile de Trente (f).
I. Cette vérité présupposée , c’est être supersti-tieux , que de dire des Messes dans la feule vue desrétributions, comme si la Messe a volt été établie pourgagner de l’argent. Néanmoins combien y a-t-il dePrêtres qui souvent n’en diroient point s’il ne leur enrevenoit de l’argent ? C’est à eux particulièrement ques’adressent les paroles qu’on vient de citer de Pierre leChantre. Ce sont de véritables Idolâtres , puisqueïavarice , qui efi me Idolâtrie , selon la doctrine desaint Paul (g) , est le seul motif qui les sait agir encette occasion ; & ils tombent par conséquent dans leplus énorme , & le plus mortel de tous les péchés, jeVeux dire , l’Idolâtrie, ainsi que l’appellent saint Tho-mas ( h) & le Cardinal Cajetan. (i) Ce qu’on peutdire aussi des Ecclésiastiques qui n'assistent aux Offi-ces divins que parce qu’il y a quelque chose à gagner,semblables à ces pleureurs & à ces pleureuses de Lom-hardie , qu’on loue à prix d’argent pour pleurer auxcnterremens des morts ; & qui montrent par cetteconduite sordide & intéressée qu’ils servent plutôt l’ar-gent que Dieu, & que l’argent est le Dieu qu’ils ado-rent , pour user ( 4 ) des termes du même Pierre le
(«) Tract, de sollicitud. Ecclefiar. particul. 19. Sufficere debetad conscníum hujus veritatis , uíus totias communis Ecclesise,ssh sic habec & recipit : cui si quis detrahit, imprudentes se de-«ipit.
ib) Ibid. particul.'ó. Nìhìl aiquius , secundùm omnem legem?sie deducit Apostolus i.Corinth. 9. quam qui altario deservit, de^tario & vivat.
(r) Tit. 1. 7. & 1. Petr. 5 í - Non turpis lucri cupidum : Pas-c «e qui in vobis est gregem Dei , providentes non turpis lucri
Sratiâ.
(a) Voici ses propres termes : Decret. 3. Prohibemus ne laïco^ pœnitentiam veníenti, obtentu cupidicatis , inpingat ut Missassosiat celebrari; & illud etiam decrevimus prohibendum ne Sacer-r°s aliquis pro celebratione Missarum pretio constituto pactumltle at, lèd hoc dumtaxat, quod offertur in MiíTa, recipiat.
(e) C. 8. Ne super hoc aliqua pactio , vel actio vera, vel suba ' a specie palliata , à Sacerdotibus , vel aliis mediatoribus fiat,
Prohibemus.
(/) Qui dit; Sess. 12. Decret. de obser. & evit. in sacrif. Miss.
.ternit sancta Synodus , ut Ordinarii locorum Episcopi ea orr>.rrú prohibere , arque è medio tolìere sedulo curent ac teneanturavaritia , ’ldolorum servitus , induxit. . . . cujusvis generis^Ercedum conditiones, pacta, & quidquid pro Miflis no vis cele-br andis datur ; nec non importunas atque ìlliberales eíeemosyna-exactiones potiùs , quàm postulationes, aliaque hujusmodi,*) Uae à Simoniaca labe, vel certè à turpi qusestu non longé abíunt,
orunirio prohibeant.
se) Galat. 5. 20.
se) 2. a. q. 94. art. 3. in corp.
(') In Sum. V. Idolatria.
j se) Lib. cit. c. 26. Exemplo ( dit-il ) ploratorum & ploratricumV on gobardorum', in exequiis mortuorum ad flendum 8c plangen-î, Un J iolo pretio ’conductorum. Quibus sunt fimiles quidam in
cc bsia psallentes 8c pro pretio cantantes. Quorumque vis
O nummi, nttmmi, vobií hune frôlai honorent.
Tome II,
Chantre. Si cela est ainsi , comme on n’en peut pasdouter, il est â craindre qu’il n’y ait dans l’Eglise unnombre infini d’Idolâtres.
II. Du teins de ce même Auteur , il y avoit únëautre espèce de superstition sacrilège au sujet desMesses que les Prêtres disoient pour de l’argént. Lesuns en disoient deux pat jour , afin de gagner davan-tage ; les autres n’osant pas commettre un sacrilège sigrossier , en disoient à deux , à trois, & a plusieursfaces , afin d'avoir plusieurs oblations ; & si on nefaisoit point d’oblation à la première face, ils prenoientune seconde, une troisième, une quatrième face, jus-qu’à ce qu’enfin on eut sait une oblatiort, ce qui étoitla chose du monde la plus infâme. (/; Et en cela ilsétoient semblables à ces misérables chanteurs de chan-sons , qui , quand ils voyent que celle qu’ils chan-tent n’est pas agréable à leurs auditeurs en chan-tent une autre , & quand elle ne plan pas davantage,en chantent une troisième.
III. En Grece les Prêtres , qui ont reçu la rétri-bution d’une Messe , ne sont nul scrupule de prendrede l’argent de plusieurs personnes pour la même Messe;& ils croyent le pouvoir faire en conscience , parcequ’aux hosties, ou particules qu’ils consacrent à cetteMesse , ils ajoutent autant de particules qu’il y a depersonnes de qui ils ont reçu de l’argent. Pour bienentendre cette pratique, il saut observer que dans l’E-glise Grecque le peuple présente quelquefois un pain ,& quelquefois plusieurs pains pour la Liturgie. Onles met fur le petit jíutel de proposition , & quand il yen a plusieurs, le Prêtre prend la plus grande particuledu premier , la seconde du second , la troisième dittroisième, & ainsi du reste. Il consacre la premièreparticule à l’honneur du Fils de Dieu , la seconde kl’honneur de la sainte Vierge, la troisième à la mémoi-re de saint Jean-Batiste, la quatrième à la mémoire destApôtres ; les autres à l’honneur des autres Saints, 8 cfur tout du Saint dont on célébré ce jour-là la fête,une autre en mémoire des vivans , & une derniere enmémoire des morts. Après la consécration, on distri-bue ces particules aux communians. Quand on neprésente qu’un seul pain , on en tire toutes ces parti-cules. Gela se fait , au sentiment d’Arcudius (m) 8 cdu Père Goar (n) , pour marquer les diverses fins dusacrifice, & les divers membres du corps mystique deJesus-Christ.
Outre toutes ces particules ordinaires , les PrêtresGrecs, pour colorer îèur cupidité, en consacrent nonseulement une pour celui qui leur a demandé la Messe,mais tout autant qu’il y a de personnes qui leur ontdonné de l’argent pour avoir part au fruit de cetteMesse. Cet abus (selon le témoignage d’Arcudius (0))s’est introduit dans l’Eglise d’Orient par Pignorance-des Prêtres , qui voyant dans les rubriques de leursEucholo^es, qu’en prenant les particules qu’ils desti-nent pour être consacrées en mémoire des vivans &des morts , ils doivent faire mémoire en particulier
des
Imò quibus pecunia*, disciplina, nummus, Deus; qui Idoloh-trse sunt , nummnm potiùs adorantes , quàm Deum, non alias
Deo cantaturi, nisi propter nummum. . , , ..
m L cit c 27. Quidam {dit-il) Miflàm in dre intégré dupli-faciunt & duplicant - alii verò pr* pudore 8c hyore non audentesduas integrare, nnam duphfacmnt, tnfaciunt Le muitifac.unt, idest multarum facierum célébrant. Quid turpius quam si ad pri-mam faciem 8c primum Introïtum non oftertur , aliam assurnerefaciem , imò tertiam 8c quartam ut offeratur? Hi fimiles suntean-tantibus fabulas 8c gesta : qui videntes cantilenam de Landericonon placere auditoribus , statim incipiunt de Nnrcìjso cantate;qùòd iì nec placuerit, cantant de alio.
^ (m) L. 3- de Concord. Lee. c. 9.
1 („) Nntis ad S. Jo. Chrysost. Miss, n. 4t.
(0) L. 3. cit. c. 18. Hic vivorum & mortuorum quorum vultnominatim memoriam agit. Abusas iste ( dìt-il ) in Eccleíìam Gtx~corum irreplrt ob imperitiam Sacerdotum , qui cum in rubricisvideant per particulas , memorias esse faciendas vivorum 8c mor-tuorum , quorum ipiï voluerínt ; putant ita esté íèmpcr facien-dum, etiam quando pecuniam accipiunt, ut habeant sacrum proaliis.