DES SUPERSTITIONS.
des vivans & des morts pour lesquels ils disent ]a Messe,s’imaginent qu’il leur est toujours permis d’en user dela sorte , lors même qu'ils prennent de l’argent pourdire la Messe pour d’autres personnes. Mais en cela(dit-il encore (a)) ils pèchent mortellement , parcequ’en faisant l’application de la valeur de leur Messe,pat le moyen de ces particules , à tous ceux qui leurdonnent des rétributions , ils frustrent ceux de qui ilsprennent de l’argent de la satisfaction & du fruit qu'ilsespèrent du Sacrifice , en vertu des grâces qu’il pro-duit. Et ainsi il fait consister tout leur crime, en cequ’ils tirent plusieurs rétributions d’une même Messe :Mais je croi qu’on le peut aussi faire consister en cequ'ils prennent plus de particules qu’il ne leur est or-donné d’en prendre , qu’ils les consacrent & qu’ils lesappliquent a tous ceux de qui ils ont reçu de l’argent.Cette pratique n’étant autorisée ni par les Prélatsde leur Eglise, ni par leurs livres Ecclésiastiques , el-le est assurément une superstition du faux culte , duculte superflu , de la vaine observance & de l'obser-vance des choses sacrées.
IV. La pratique de recevoir plusieurs rétributionsd’une même Messe ayant l’avarice pour motif, pour-roit bien aussi être une superstition de l’idolatrie. Carç’est un sentiment assez commun parmi les Cafuistes deces derniers tems , qu’un Prêtre ne peut pas recevoirplusieurs rétributions d’une même Messe ; & la Con-grégation des. Cardinaux Interprètes du Concile deTrente s’est expliquée fort nettement là-dessus dansun Décret du zi. Juin 1625. qui est rapportée toutau long par le P. Eloi de la Bassée (b) , & dans lesDéclarations de ce Décret.
Ce sentiment néanmoins n’étoit pas celui de quel-ques Conciles qui ont été tenus , & de quelques Au-teurs Ecclésiastiques qui ont écrit depuis le huitièmesiécle , c’est-à-dire , depuis le tems qu’on a commencéde dire des Messes pour de l’argent.
Le Concile de Rome (c) , fous Eugène II. en 837.permet aux Prêtres de recevoir pour leurs Messes lesrétributions de tous ceux qui leur en voudront don-
(d) Ibid. Unde monendi íiint Grscorum Presbyte» , qui ac-cepto pretio pro habendo sacro , aliis quoque per particulas eum-dem valorem peculiariter applicant. Peccant enim mortaliter,quia defraudant o fier entes eleemoíynas sua satisfactione St fructuex opéré operato.
(£) In Florib. totius Theol. practi. V. Mislà vu. pag. 609. 8cseqq. Dcinde (dif-elle) ubi pro pluribus Mistìs etiam ejusdem qua-litatis, celebrandis , plura stipendia quantumeumque incongrua Scexigua , sive ab una , sive à pluribus períonis , collata fuerunt,auc conferentur in futurum Sâcerdotibus , Ecclesiis , CapitulisCollegiis, Jdoípitalìbus, Socjetatibus, Monasteriis, Conventibus,Congregationibus , domibus , ac lotis piis quibuscumque, tamScecularibus , quàm Regularibus, íàcra Congregatio sub attesta-tione divini judicii mandat ac prxcipit , ut ablblutè tot Miss* ce-lebrentur, quot ad rationem attribut* eleemoíyn* pr*ícript* fuc-rii)t; ita ut alioquin ii ad quos pertinet, su* obligationi non íàtis-faciant . quinimò graviter peccent, & ad restitutionem teneantur.Id verò deinceps observetur exactiùs. Sacra Congregatio eademautoritate revocat privilégia Sc indulta omnia, quibusvis personis,Eccleiiis, ac loris piis, tam s*cularibus , quàm Regularibus cu-juscumque Ordinis, Congrégations 8c instituti, quamcumqueobcauíàm concéda, quibus indulgetur , ut certarum Miíiàrum, velAnniversariorum eclebratione, aut aliquibus collectis , feu oratio-nibus, plurium Mistàrum oneribus in futurum suscipiendis satisfiat.
Et s’étant proposé cette question dans les Déclarations de ce Dé-cret , Quíeritur quarto , an Sacerdotes , qui tenentur Missas cele-brare ratione Beneficii , íèu Capellx , legati, aut íàlarii, postìntetiam manualem eleenaosynam , pro Missis votivis, aut defuncto-rum recipere , Sc unico Miss* Sacrificio u trique oneri satisface-re? Elle y répond en cette maniéré-, Ad quartum , Sacerdotes qui-b is diebus tenentur Missas celebrare, ratione Beneficii, íèu Capel-1 * > legati , aut íàlarii, íi eleemoíynas pro aliis etiam Mistìs cele-brandis susceperint , non posse eadrm Missa u trique obligationisatisfacere.
( c ) C. i 7 . Presbyte» {cefont ses propres paroles ) nullius blandian-tur , aut íuadeantur sermonibus > ut non omnium ad lè concur-rent,um m quibuslibet íacris locis oblationes ad Miíiàrum solemni-tates recipiant. Qui a cum uiediatores Dei hominumque existant,in exercen is votls > relaxandiíque peccatis largiffimam debentora-tionem peragere. 1 quis autem contra h*c temerator exstiterit,aut desinat , aut Doctons proprii constringatur íententiâ. Re-demptor enim natter , cum fit omnipotens , immcníxque mise-ricordi* plenus, gratorum populoruna vota non recipit & vinculapeccatorum unatenus non reíolvit ? b
ner, parée (dit-il) qu’étant médiateurs entre Dieu &les hommes , leurs prières doivent être extrêmementétendues pour les besoins & pour la rémission des pé-chés des fidèles.
U n autre Concile de Rome fous Léon IV. est 8 5 3 »leur permet la même chose en mêmes termes.
Walafride le Louche , Abbé de Richenaw, qui vi-voit du tems de ces deux Conciles , assure (d) quec’est une erreur grossière , & une folle opinion, decroire qu’on ne puisse pas satisfaire à plusieurs inten-tions par une même Messe , ni offrir tout à la fois leSacrifice pour les vivans & pour les morts, & que ce-la ne peut venir que d’une foi imparfaite. Ses paro-les font considérables ; je les cite dans toute leur éten-due: d’où il est clair , qu’il laisse à la volonté & à ladévotion de chaque Prêtre, de dire la Messe pour unefeule, ou pour plusieurs intentions , & d’en recevoirune, ou plusieurs rétributions , ce qui est assez con-forme à ce que nous lisons dans le Canon Non me-diocriter , (e) qu’un Pfeaume , ou une Messe n’ontpas moins de vertu quand on les dit pour toutes lesâmes du Purgatoire , que quand on les dit pour cha-cune eu particulier, & à ce que dit Gerfon (f ), qu’endonnant du bien aux Eglises , on mérite autant en ferecommandant en général à leurs prières , qu’en leschargeant d’ofsices & de suffrages particuliers,
Arnou , Evêque de Lizieux (g), ne s’éloigne pasbeaucoup de la pensée de Walafride le Louche , lors-qu'écrivant à Arnaud , Abbé de Bonneval , ou deBonnevaux , il lui dit. „ On ne fauroit rien offrir,, de plus précieux que le Sacrifice du corps & dn,, sang de Jefus-Christ , rien de plus efficace , rien„ de plus utile à celui qui l’offre & à celui pour qui,, il est offert , si l’indignité des personnes ne le rend,, inutile. II faut que celui qui l’offre, ait les mains,, pures , de crainte que ce qui est inestimable, Sc„ très-digne de toute forte de respect ne deviennej, vil & méprisable. II faut que celui pour qui il est,, offert en connoisse le mérite par la foi, qu’il l’aime„ d’une charité parfaite , qu’il le désire avec ardeur»,, & qu’il espère que par son moyen Dieu lui íéra mi -„ sericorde. Ainsi & celui qui l’offre & celui pouí„ qui il est offert y trouvent leur avantage en cs,, que le Prêtre l’offrant pour les autres , l’offre aníst„ pour foi-même. O que ce bien-fait est grand SC„ admirable , qui sert & à celui qui le reçoit , Se f,, celui qui le donne. Car quelque étendue que so jt„ la charité du Prêtre à l’égard de certaines perfon -„ nés 3 ce divin Sacrifice demeure tout entier post s,, tous en particulier : il est communiqué à plusieurs„ fans que fa vertu soit diminuée pour chacun en p ar>„ ri culier , & différentes personnes y participes ’„ fans qu’il souffre aucune diminution. „
(d) L. de Reb. Eccles. c. ir. post med. Sed 8c in hoc err
non modicus videtur , quòd quidam se non poste aliter v} cn flcommemorationem eorum facere , pro quibus offerunt,gulas obiationes pro singulis offerant ; vel pro vivis Sc defiincnon simul sestimant stirmolandum , cùm vers sciamus unutn ?omnibus mortuum , 8c unum panem esse 8c sanguinem, c l u ‘j.universalis Ecclesia offert. Quod si cui placet pro singulis d°o u *tim offerve , pro solius devotionis amplitudine, 8c orationuw. agendarum delectatione id faciat , non autem pro stulta °P in i? a .qua putet unum Dei Sacrameiitum non esté generale ^mentum. Quodammodo enim in fide imperfectus est, qu>Dominum non discernere , quando una petitione pro mulm •gatur quid cui fit necestè : vel fastidire eu m *stimat, cum eaoblatio nunc pro uno, nunc pro alio exibetur. _ .. uJ(
(e) De coníècrat. dist. y. Dum pro cunctis animabus Pi 3
vel Missa dicitur, nih.il minus quàm lt pro una qualibet ipsarust 1ceretur accipitur. ...
(f ) Opusc. de solicitud. Eccles. ad FF. Cíelestinos , P 3f ‘^ u f-Sollicitudo pia conferentistemporalia potest in sua generalitatss ..fragia requirere > 8c sub hac intentione sola stando , nonmerebitur í*pe apud Deum, quàm particulariùs exigendo. >
Ig) Epist. z8. Magnum fane pnedicandumque benetic _quod erogatum alii profuit , ipsumque niMonunus .jjpe
gantem. Quoscumque enim Sacerdos eftusa cantatis 3 ftcomplectatur , totum simul omnium . totum unmscuju^uesigillatim , nec integritatem drvid.t commumcatio plurium .soíiditatem minuit pafticipatio diveríomm.