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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES SUPER

C’est auffi ce que nous inférons du sentiment desThéologiens qui regardent le Sacrifice de l’Autel com-me un grand mystère , un mystère inestimable , au-dessus de toute intelligence , de toute dignité , unmystère qui renferme, en foi le salut de tout le monde »la rançon de tous les hommes , qui est d’un prix fansìprix, d’un prix qui ne peut être apprécié, pour userdes termes de Pierre de Blois (a). Car ce sacrificeétant le même que celui de la Croix , puisque c’est leFils de Dieu qui y est offert, & qui en est le princi-pal ministre » comme dans la Croix , on ne peut pasdouter qu’il ne soit d’une Vertu , d'une dignité &d’une valeur infinie, & par conséquent qu’il ne puisseêtre offert au Père Eternel pour plusieurs personnestout ensemble , & être auffi avantageux pour toutesen général , que s’il n’étoit offert que pour une feuleen particulier* C’est ce qui. fait dire au Cardinal Cá-jetan (b) , conformément à la doctrine de saint Tho-mas , qu’une Messe dite à l’intention d’un particulierne perd rien de fa vertu & de son efficace > quoiqu’el-le soit dite à l’intention de plusieurs personnes. Le so-leil ne perd rien de fa force -, quoi qu'il échauffe tou-te la terre; & le Batême conféré à 200. à 2000. per-sonnes ne laisse pas de produire son effet tout entierkn chacune de ces personnes en particulier. Ce mêmeCardinal ne s’explique pas d’une autre maniéré (e) dansUn de ses Opuscules. Melchior C anus (d) , Evêquede Canarie, parle dans le même esprit. II rapporte (e)ensuite quelques absurdités qui s'ensuivent de P opinionde ceux qui nient que la valeur du Sacrifice de l’Au-tel soit infinie, & il conclut, qu’un Prêtre peut tirerautant de rétribution d’une Messe qu’il en a besoinpour subsister honnêtement.

Comme ce sentiment peut conduire à des inconve-

W Épis. îij, Magstum hoc est Sacramentum , supra omnem.œstimationem , íupra omnem intelligentiam , íupra omnem emi-nentiam , in quo salus est mundi, pretium íaéculi , pretium sinepretio, pretium jmpretiabile.

( b) ísl 5. part. S. T ho. q. 79. art. f. Una Mislà non perdit vimsatisfactionis suas pro primo offerente, ex hoc quod pro secundo,tertio i quarto , quinto &c. offertur : sicut quantitas devotionisUnius rtîhil tollit de quantitate devotionis alterius. Unde arguen-di instruendique simu! surit hommes ignorantes petentes , vel exi-gences pro iua eleemosyna , ttìtam sibi MiíTam dari, aut suo de*functo. Nihil enim minus ipse habebit , si mille alii pétant ean-dem Miffam pro seiplïs 8t aliis defunctis , quam si pro ipso soloCelebrari dicatur : imò ex hujusmodi indevotione lie petentis ,damnum videtur incurrere, quod minus sibi proderit.

(c) To. 1. Trait. ;. de Miss. célébrât, q. 1. c. i. VirtusChristi(dit-il) cil infinita, quia est virtus Jësu Christi in scipso. Infinitumautem potest quibuscumque applicari & ab eis participari absquebìlo lingulorum damno. Si conlìderetur hoc Sacrificium iècun-dum opus operatum absolutè , sic est immolatio Jesu Ghristi ita^uòd res oblata est Jésus Christus , 8c quantitas hujus sacrisicii estJufinita. Itaque est impetratorium , meritorium Sc satisfactoriuminfinité. Unde effectus ejus infinitus est, sicut 8c PaffionisChris-h ; est enim Deo acceptius , quàm sint exosi omnes peccatores.Ensuite de quoi il conclut : Potest igitur sine cujusquam detrimen-to pro infinitis Sacrificium hoc offerri , 8c satisfacere juxta íìngu-l°rum devotiones.

(d) Lib. 12. de loc. Theolog. c. tz. ad iò. argument Vocâri>r> dubium non debet quin valor Miss* , ratione quadantenus in-fiaitusiit, hoc est, ad sufficientiam, non ad eflxcìentiam. Namficut Dei virtus 8c potentia sufficiens est quidem ut infinitum ef-‘ e ôum edat , quoniam infinita ipsa est , sed íèmper tamen editJ n itum , quia infinitum capere res creata non potest ; sic ChristiLnguis, ubicumque reperiatur, sive in Cruce, lire in Altari, in-huìtii pretii est, quti idoneus ut pro infinitis , si estent ; homini-sos satisfaceret. Sed quoniam sunt finiti sempér , effectus sem-P e r finitus est , quam vis pretium fànguinis nullo fine circumscri-

P tl) m sit.

. (-) Eadem hostía {dit-il) in cruce, atque in Altari est . tametsid>i patens , hic in Mysterio abscondita. Nec Sacerdos tamen la-“°i'is soi mercedem quamlibet accipcre à multis pro Missa una po-te st > sed qu* salis erit ut de Altari ad sobrictatem comedat. Nonsanguinis Christi fructum , meritumque vendit, sed opéras? Ua s ministeriumque locat. Quo circa nihil omnino plus à pluri-bus vendicare potest , ac si minor effet utilisas pluribus quàm inbn °. Omnis autetn opinio in hoc consentiat neceffe est , Sacer-^uteni , f ive pro paucis , sive pro multis celebret , cibum vit*^essarium expetere suo jure posté. Quem si unus non dederit,, 1 u Ui façit injuria m , si expetierit à pluribus. Quin injurias es tu,? Co gas Sacerdotem, ut solùm pro te hostiató pr*beat, nisi tu il-

Prxbeas cibum. Qui quatítuS, qualisque sit homirii necessarius,pUdentia magis' quàm Theologia dijudicat. tJno in tempore 8c*^o non satiserat argenteus nummus,alio forsitan plus nimioerit.V * out ce raisonnement est fort bon, mais le mal est qu'on en abuíc.)

S T t T I Ô N S. >;î

niens qu’il ne seroit pas bien difficile de marquer , s’iîsfáisoient à mon sujet , je ne m’arrêterai pas davantageà Péclaircir. II me suffit d’avoir observé qu’on n’étoitpas autrefois si délicat fur les rétributions des Messesqu’on Pess devenu dans cés dernieres terris , & qu’au-tresois on n’âurôit pas accusé d'idolâtrie ceux qu’on enáccuseroit aujourd’hui , s’íls étoient dans la même pra-tique.

V. Une autre espèce d’idolatrie qui se commet àl’occasion des Messes qui se disent pour de l’argent,c’est de se charger de Messes à un certain prix, & deles faire dire, pour s’eu décharger à un moindre prix.Il y a des Prêtres, Séculiers, & Réguliers, des (Com-munautés Ecclésiastiques , Séculières & Régulières»Lc des Chapitres même des Eglises , soit Cathédrales »soit Collégiales , qui , quoique riches & accommo-dées, prennent dix, douze, quinze, vingt, & tren-te fols pour chaque Messe , & qui ne pouvant pas ac-quitter toutes celles dont ils sont chargés , n’en don-nent que huit ou dix sols à ceux qui les disent dansleurs Eglises , ou les font dire ailleurs à cinq 4 à sixou à huit sols , retenant le reste , ou pour eux, oupour l’entretien de leurs Eglises , ou de leurs Sacri-sties , ou pour le pain, le vin , le luminaire & les or-nemens qu’ils fournissent pour les dire. Un tel profitest appellé (f) damnable par la Congrégation des Car-dinaux du Concile , & elle le condamne positivementpar le Décret qu’on vient de citer*

CHAPITRE XIV.

Des Superstitions qui regardent les Ministresde la sainte Messe, c’est-à-dire, ceux quila disent» & ceux qui la servent.

Un seul Ministre suffit au Trêtre qui dit làMesse-, mais il en saut nécessairement un iquoique la Glose du Canon hoc quoque sem-ble dire que cela se peut faire en cas denécessité. Les filles & les femmes ne fau -r oient répondre à la Messe. Ce qu*on doitdire des Religieuses quï p répondent. Un‘Prêtre est Superstitieux qui dit là Messesans eau » & fans feu » avec du pain levé& un vase de bois. On est coupable déplufieurs Superstitions quand on dit la Mes-se fans être Prêtre. Peines ordonnées parles Papes contre les saux-Prêtres. Cer-tains Hérétiques Espagnols ont cru qUe lesLaïques pouvoient consacrer le corps déJesus-Christ à leur table avec le pain qiïilsy mange oient. Faire mine de dire la Messe ^& rïavoir pas intention de la dire > c*estse rendre coupable de plufieurs crimes &de plufieurs facrileges. C*est Superstitiond’avoir chez, foi des Prêtres pour dire laMesse » & de s’en servir pour des ministè-res indignes de leur profession. Les Prê-tres & les autres Ecclésiastiques peuvent

fiai-

(f) Apud Bassaurii, íococit. pag. iiò. Omne damnabile lucrtìm(Jit-elle) ab Eccleiïa removere volens . prohibet Sacerdoti, quiMissam suscepit celebrandam ami certa eleemosyna . ne eamdemMiffam alteri, parte ejusdem eleemosyiise sibi retentâ - , célébrait- -dam commutât. En répondant à fa que/lion qui l u if M p ro ps(ée fitce fajet i Sacerdotes quibus alicjuando offertur eìeemosvna rria-jor iòlita pro celebratione Missa;, debeant dare eamdem intégrai»eleemosynam iis quibus Mistàs celebrandas commíttunt : ari vnàíàtis sit ut dent celebrantibus eleemoíynam coníuetam ? Elte ré-pond ; Debere abíolute integram eleemosynam tribuere Sacerdotlcélébrant!, nec ullam illius partem sibi retinere poste. lbid. p. ón.

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