DES SUPER
ìa justification» que ce seroit une espèce de téméritéde les condamner ; quoique dans la vérité l’Ecriture& les Peres, comme l’a fort bien remarqué Estius, (a)n’aïent pas connu le nom d'Attrition & que lors mê-me qu’il a été introduit dans les Ecoles de Théologieon ait assez long-tems entendu par-là, non une douleurconçûë de la feule crainte des supplices éternels, ainsiqu’on fait à présent, mais une douleur de même espe-ce que la vraie Contrition, bien que plus foible, &encore éloignée de ce qu’on nomme une Contritionparfaite & capable de justifier, même avant la récep-tion actuelle du Sacrement de Pénitence.
On peut voir cette ■ matière fcavamment traitée dansle livre qui a pour titre : ,, Eclaircissement de cettes, célébré & importante question ; Si le Concile de», Trente a décidé ou déclaré que l’Attrition conçûe,, par la feule crainte des peines de l'Enfer, & fans,, aucun amour de Dieu, soit une disposition suffisan-», te pour recevoir la rémiffion des péchez, & la gra-j, ce de la justification au Sacrement de Pénitence. Ce», livre est imprimé à Paris en i<58 5 . chez Antoine„ Dezallier”.
II. C’est une fausse Contrition, & par conséquentUne Contrition qui concerne la superstition du fauxculte, que de s’imaginer qu’on est vraiment contrit,lorfqu’on récité des Acles de Contrition , fans avoir dansl’ame les fentimens qu’on exprime par les paroles de cesActes. Car il est inutile de dire à Dieu qu’on estfâché de l’avoir offensé, fi on ne l’est en effet, Onpeut bien se tromper soi-même, mais il impossible detromper Dieu; 8c ces Actes, à les bien prendre, nepeuvent servir qu’à nous faire souvenir de ce que nousdevons penser, 8c qu’à nous exciter â avoir les fenti-mcns que nous exprimons.
III. C’est une fausse Contrition que celle qui nefait pas haïr le péché au pécheur ; qui ne fait pas qu’ilfe déplaît à soi-même à cause de son péché ; qui nelui fait pas mépriser les choses qu’il estimoit aupara-vant , & estimer celles pour lesquelles il n’avoit quedu mépris ; qui ne lui donne pas de l’horreur de faVie passée ; qui ne le pénétre pas d’une vive craintedes jugemens de Dieu; qui ne l’anime pas d’une fer-me confiance en son infinie miséricorde ; qui ne le saitpas gémir en vûe de ses misères ; qui ne l’arme pasd’une forte résolution de combattre ses mauvaises ha-bitudes ; qui ne le sépare pas des occasions qui lepeuvent faire retomber dans le péché ; qui ne lui faitpas chercher un Médecin capable de travailler à faguérison ; qui ne lui met pas les verges à la main pourPunir ses fautes , afin que Dieu ne les punisse paslui-même ; enfin qui ne lui change pas le cœur, & enmême-tems ne lui fait pas prendre le dessein de chan-ger de vie.
IV. C’est une fausse Contrition que celle qui neNous fait pas détester le péché par un motif surnatu-rel & un mouvement de l’infpiration de Dieu ; pât-re q u ’une action purement naturelle ne peut pas ser-vir pour la sanctification de l’ame, qui se sait par lagrâce & qui est par conséquent audessus de la nature,"selle étoit la contrition de Saul, qui ne detestoitst>n péché qu’à cause de la perte de son Roïaume."selle étoit celle d’Antiochus , qui ne pleuroit sesCr imes qu’à cause des maux dont il se sentoit accablé,selle est enfin celle de la plupart des Chrétiens quidéplorent leurs péchés, lorsqu’ils font pressés des af-flictions temporelles qu’ils ressentent plus vivementssUe le mal qu’ils ont fait en péchant.
V. C’est une fausse Contrition que celle qui n’estPas souveraine , je veux dire , qui ne nous fait pasPleurer le plus grand de tous les maux, à savoir le pé-c hé, pardessus tout ce qu’il y a au monde quiPeut exciter nôtre haine & nôtre détestation, Plus une
. («) ïn 1 . 4. Sent. dist. 16. tz. 9. Attritionis nomen Scripturis
Patribus încognitum. .
(p) Supra omne detestabile > çoffttftt fftvleut Us Théologies,
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perte est considérable, & plus grande doit être 1 a dou-leur qu’elle cause. Par le péché nous perdons Dieu :& celui qui sçait que Dieu est le plus grand de tousles biens, qu’il est un bien infini, 8c le bien souverain8c unique de l’homme, doit regarder cette perte com-me la plus effroïable de toutes les misères, & doit laregretter par la plus grande de toutes les douleurs. El-le ne doit donc pas être médiocre cette douleur. Carcelui qui n’a qu’une douleur médiocre de ses péchés,fait bien voir qu’il estime peu celui que la nature, laraison & la soi lui disent qu’il doit aimer par dessustoutes choses, & à qui il doit donner la premiere pla-ce dans son cœur. Il ne s’est perdu cependant queparce qu’il a quitté Dieu pour la créature, & il nepeut se sauver qu’en quittant la créature pour retour*ner à Dieu. S’il commence à préférer Dieu à touteschoses, il l’aimera pardessus toutes choses, & il feraplus fâché de l’avoir perdu que de tout autre mal.
VI. C’est une fausse Contrition que celle qui n’estpas universelle , 8c qui ne nous porte pas à haïr & àcondamner généralement tous nos péchés, quels qu’ilssoient, puisqu’il n’y en a point qui ne déplaise à Dieuque nous devons aimer souverainement. II faut quenous détestions tous ceux que nous avons commis,fans nulle exception, 8c que nous les expions par lesœuvres laborieuses de la Pénitence; que nous détes-tions ceux que nous pourions commettre & que nousles évitions autant qu’il nous est possible; que nousdétestions les péchés mortels parce qu’ils donnent lamort à nôtre ame en la séparant de Dieu, & les péchésvéniels, parce qu’encore que Dieu ne les punisse pasaussi sévèrement que les autres, cela n’empêche pasqu’ils ne lui déplaisent. Car si nous aimions Dieud'un amour véritable & sincere, comme nous le de-vons , nous haïrions tout ce qu’il hait, & nous con-damnerions nos sautes les plus legéres, parce qu’il lescondamne. Nous les haïrions, parce qu’elles font lesmarques & les suites de nôtre corruption ; & loin denous y plaire , parce qu’elles ne font point capablesd’elles-mêmes de nous damner, nous détesterions cetindigne abus que nous avons fait des grâces de Dieu,& nous ne voudrions pas être méchans, parce queDieu est bon.
Ainsi ceux-là fe trompent étrangement , qui vou-lant faire pénitence refusent de pardonner du fond dêleur cœur les inj ures qu’ils ont reçûes, & de fe récon-cilier sincèrement avec leurs ennemis ; qui ne veulentpas restituer le bien d’autrui, ou mal acquis ; qui neveulent pas quitter les occasions prochaines du péché ;& généralement qui ont des attaches volontaires à cer-tains péchés particuliers, ausquels ils ne font pas réso-lus de renoncer absolument & sans retour.
VII. II y auroit de la Superstition à croire que laContrition consiste nécessairement dans certains Actesqui fûssent attachés à certaines formules, 8c qu’on nepût faire ces Actes qu’en prononçant ces formules*Chacun peut choisir celles de ces formules qui le tou-chent le plus, & qui font les plus propres pour ì’é-mouvoir & lui faire concevoir de la douleur de ses pé-chés. Mais on ne doit pas s’imaginer que les mouve-mens du cœur soient attachés à certaines paroles, &qu’on ne puisse aimer Dieu purement , & faire unvrai Acte de charité, à moins qu’on ne lui dise, parexemple, qu on l’aime parce qn il ejî infiniment bon &souverainement aimable.
VIII. Ce seroit sc tromper que de prendre les bon-nes pensées que Dieu nous inspire pour de bons ntou-vemens du cœur, & de croire que pour les âvoir for-mées dans nôtre esprit , nous avons aussi formé cesmouvemens dans nôtre cœur.
IX. C’en seroit aussi une de croire que toutes leslegéres complaisances que nôtre cœur pouroit avoirpour les bonnes pensées que nous aurions formées, fusescnt des Actes de Contrition suffisante d’éffacer noSpéchés. Car encore que tout amour de Dieu soitsaint, il n’est pas capable de nous sanctifier & de nous
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