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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES SUPERSTITIONS.

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ceux de leurs Régies, les préceptes & les défensesqu’elles renferment. Et s'il arrive qu’ils s'accusentde tous ces péchés , & qu’ils les spécifient en par-ticulier , Sc d’autres de même nature , ils le fonttrès-rarement avec intention de les quitter Sc des’en corriger, & ils n’ont autre vue en cela que defe justifier & de paraître gens de bien, quoi qu’eneffet ils ne soient que des hypocrites. Aussi ai-jesouvent reconnu par expérience Sc parmi mes frè-res, & dans la charge de Pénitencier du Pape, quej'exerce , que les plus (a) grands pécheurs & lesClercs Séculiers , se confessent incomparablementavec plus de pureté, d’humilité & de sincérité quela plupart des Religieux , qui ne fe confessent que„ par hypocrisie”. Combien de foi disant dévots Scdévotes fe confessent comme ces Religieux & Reli-gieuses , en s’accusant des péchés légers, & en taisantceux qui sont essentiels à leur état & à leurs principa-les obligations?

On dit d'un Cardinal , Archevêque de . . . quefe confessant un jour d’avoir avalé une gorgée d’eauen se lavant la bouche avant que de dire la Messe, Sine s’accusant point d’avoir plusieurs Bénéfices , sonConfesseur lui dit d’un ton d’autorité : ,, Quoi,

„ mon cher frère , vous vous accusez d’avoir avalé„ une gorgée d’eau , ce qui n’est qu’une bagatelle,„ & vous ne vous accusez pas d’avoir avalé six gros„ Bénéfices qui vous conduisent aux enfers ? Ne,, vous mocquez-vous pas de Dieu ? Promettez moi,, de quitter cette maudité pluralité, & je vous don-„ nerai l’absolution ” ; ■ mais fans cela , je vous la re-fuse dès-a-présent. Se confesser en cette maniéré,„ c’est, dans le langage de l’Evangile (b) , passer ce„ qu’on boit de peur d’avaler un moucheron , & a-„ valer un chameau.

2. Les Confessions peuvent être mauvaises & su-perstitieuses , lorsqu’elles se font par intérêt , commepour arriver à quelque dignité Ecclésiastique ou sé-culière , pour faire fortune, pour attraper de l’argentou des Confesseurs, ou de qûelques autres personnescharitables par leur entremise & à leur recommanda-tion. Car alors on peut dire qu’on fait servir les cho-ses saintes à ses intérêts & à ses cupidités, & (c) Dieupeut faire ce juste reproche à ceux qui en usent ainsi.

3. Elles le peuvent être , lorfqu’elles fe font fansnécessité , qu’il n’y a pas matière d’absolution, &qu’on ne se confesse que de pécadilles & de bagatel-les , qui n’infpirent aucune douleur sincère d’avoiroffensé Dieu , ni aucun ferme propos de ne pas re-tourner au péché ; ce qui rend nulle l’absolutionqu’on en reçoit , & fait que l’on commet un sacrilè-ge , parce que la Pénitence manque d’une de ses par-ties essentielles, qui est la Contrition.

4. Elles le peuvent être , lorfqu’elles se font despéchés véniels avec trop de scrupule & d’inquiétude ;qu’on les recherche avec autant d’embarras Sc de pei-ne , que s’ils étoient mortels ; & qu’on donne beau-coup de tems à les examiner & à s’en souvenir , &sort peu, ou point du tout , à penser aux moyens des’en corriger & d’en faire pénitence. Sur quoi Ger-fon (d) donne cet avis important aux Confesseurs.

Il est à propos (ct font ses paroles) de dire & deconseiller aux personnes scrupuleuses , de n’avoirpas la conscience trop étroite à l'égard des petitspéchés qu’elles ont à déclarer dans leur Confession,

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(«) Unde veraciter, sicut experientiâ didici inter fratres, Sc inofficio Pœnitentiarise Domini Papa:, in quo íum , puriùs Sc hu-miliùs & veracius incomparabiliter confitentur maximi peccato-res fieculares & Clerici, quàm Religiosi communiter hypocrita-llter confitentes.

(b) Matth. x 3 . ^

(c) Isai. 4j. 14.. Servire me fecistis in peccatis vestris.

( 4 ) Tract, de remed. contra pufillanimit. Expedit ipsis scrupu-losis dicere Sc considéré, ut non sint nimis arctx conscientix cir-ca peccata minora m Confeísione exponenda , sed succinctim Scbreviter quaiì m genere iufficiat ea explicatif Majora veto 8c eain quibus eflctynimx periculum, studeant cognoscere, Lî ea di-igenter in ipecie detegere.

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Sc de les assurer qu’il suffit qu’elles s’en accusentsuccintement , en peu de mots, & comme en gé-néral. Mais qu’à l'égard des péchés considérables& qui pourraient intéresser leur salut, elles doivent,, s’attacher à les connoître & à les confesser soigneu-„ sement dans toutes leurs circonstances ”. II dit ail-leurs (e) , qu’il se peut faire que la Confession fré-quente des péchés veniels nuise par accident , parcequ’elle rend l’ame trop inquiète & trop timide , &qu’elle lui donne tant de crainte pour toutes les sautesmême les plus légeres , qu’elle appréhende toujoursque fa Confession ne soit imparfaite, & que par là el-le se sent pressée de la réitérer.

5- Elles le peuvent être, lorsqu’elles fe font au pré-judice des obligations de l’état aùquel il a plu à Dieude nous appeller ; comme lorsque pour aller souvent àconfesse un père, ou une mère , néglige le soin de safamille , un serviteur, ou une servante, le service deson maître ou de sa maîtresse , un Magistrat, le de-voir de fa charge, & ainsi de plusieurs autres.

6. Elles le peuvent être , lorfqu’elles fe font avecune perte de tems considérable, soit pour les Pénitens,soit pour les Confesseurs , qui pourraient les uns &les autres l’employer plus utilement pour la gloire deDieu, & le service du prochain , pour la consolationdes affligés & le soulagement des misérables : au lieuque les Confessions de quantité de filles & de femmes,fe passent souvent en niaiseries, en inutilités, en riens,lorsqu’elles trouvent des Confesseurs assez complaisans,ou assez idiots, pour les écouter. Car ceux qui ontdu bon sens & qui ne cherchent que le royaume deDieu & fa justice dans cette pénible fonction, ne lesécoutent pas , ou les obligent de retrancher tout lesuperflu de leur Confession. Aussi est-il à observerd’un côté , que la plupart des gens qui se confessentsi souvent sont des esprits scrupuleux , de petits es-prits , des esprits fossiles, qui ont peu de fermeté , díconsistance, & de solidité ; Sc que de l'autre, la plu-part de leurs Confesseurs font de même trempe Sc demême caractère.-

7. Elles le peuvent être , lorsqu’elles se font poufavoir le plaisir de s’entretenir plus à son aise Sc plu 5long-tems avec le Confesseur. Car combien y a-t-stde filles & de femmes entr’autres, qui se font un mé-rite , & peut-être même un plaisir , de parler à leufConfesseur , afin de lui dire ce qui se passe dans I emonde, dans les familles particulières qu’il connoít SCqu’il ne connoít pas ? Combien y en a-t-il qui n’onfpoint de plus grande joye que quand elles lui peuventdonner des marques de leur estime, de leur considéra-tion , de leur respect de leur confiance en sa con-duite , de leur attachement pour sâ personne ?

C’est principalement dans le tribunal de la Péniten-ce que cela se pratique avec d’autant plus de liberté Scde sûreté, que le lieu ne paraît ni suspect , ni dange-reux, bien que souvent la charité, & si je l’ose dire,la chasteté y fassent de tristes naufrages. II y en a,dit encore Gerson (f) , qui ne vont à confesse q uCpar curiosité » Sc pour s’entretenir de choses inutile 5& profanes. Et plût à Dieu qu’ils ne s’y entretint'sent point de choses mauvaises , & que paraissant a-voir commencé par l’efprit , ils ne finissent pas paf j 3chair. Ainsi on abuse véritablement de ce tribuna ,lorsqu’on s’en sert pour d’autres usages que pour ceu*

de la Confession Sacramentelle , auxquels il est unl

que-

(e) i. p. Opuícul. de prxpar. ad MiíT consid. 10. ï>ote ^' 0u0 -ut Confessio crebra super venialibus obsit per accidens.modo? Sic dicam. Reddit quippe animam plus j usto.iôfUc^^8c pavidam, 8c omnia etiam minima timentem, ut de ipsa eConfessionis imperfectione trepidet , 8c urgeatur iterum co

tm (f) Tract. 8. super Magnificat, partit. 2. Veniunt alii Sc

curiosè agentes. Ad fabulationes vertunt on e iones uas,

fl _ • ,_r •„ „t nam non de nefarlls. U tin*

certtes coUoquia de profanis , utinam - - -- Pr&t

qux spiritu cœpislc videntur non consument in carne.

nibeat détériora Deus,