DES SUPERSTITIONS.
quement destiné. Car il saut que le commerce qu’ony a avec le Confesseur ne regarde que les affaires dusalut , & il ne doit point dégénérer en des privautésni en des conversations qui donnent le moindre soup-çon de mal à qui que ce soit. Voilà cependant fé-cueil que les filles & particulièrement les femmes doi-vent éviter , auífi-bien que leurs Confesseurs. Caril y a du danger de part & cf autres, & c’est pour ce-la que les personnes éclairées & spirituelles ont tou-jours cru que les Pénitentes ne dévoient avoir aucunefamiliarité avec leurs Confesseurs, ni leur parler d’au-tre chose que de ce qui concerne leur Confession.
„ Les conversations familières (dit d’Avila (a) ),, des hommes avec les femmes, quoique d’abord el-5 , les semblent édifiantes , font des apas du démon„ pour les faire tomber dans le piège. Cela m’obli-„ ge , Vierge de Jefus-Christ , à vous encourager„ dans cette louable coutume que vous avez de vous„ éloigner de toutes fortes d’hommes , & de n’être,, même avec votre Confesseur qu’autant de tems qu'il„ en faut , pour lui faire en peu de mots votre con-,» session. Je dis, en peu de mots : car si une con-,, session n’est fuccinte, ou si on s’y entretient d'au-„ tre chose que de ses propres sautes , on rendra,, compte un jour au Souverain Juge , & de toutes», les choses inutiles qu’on y aura dites, & de toutes», celles qu’on y aura fait dire. Vous venez à un», Confesseur pour recevoir de fa bouche la parole de», réconciliation, & par conséquent vous dévez pren-„ dre garde à ne vous en pas rendre indigne par de», nouveaux manquemens. Et puisque vous allez à„ lui comme à votre Médecin pour y trouver des», rémedes à vos imperfections , non pas pour en„ commettre d’autres , vous dévez vous mettre en„ état de ne pas retomber dans de nouvelles foiblesses.», Si vous rencontrez un homme qui assure votre con-», science devant Dieu , & qui rende votre virginité», éclatante aux yeux des hommes , rendez grâces au», ciel qui vous envoye un tel guide , & au même-», tems obéissez à ce guide avec une affection sincère», & une soumission respectueuse. Prenez bien garde„ néanmoins que cet amour , quelque spirituel qu’il», puisse être, s’il n’est accompagné d’une sainte crain»„ te, peut devenir un excès & une passion vicieuse.», De forte que si vous ne réglez d’abord les pre-„ miers mouvemens de votre affection, elle fe rendra», si forte, que vous vous trouverez à la fin aussi in-», féparablement attachée à votre Confesseur , qu’une», femme est liée à son mari , & une mère à ses en-», fans. Or cet attachement , comme vous voyez,», vous rendroit bien coupable, d’ingratitude & d’in-», fidélité envers notre Seigneur Jefus-Christ , que», vous avez choisi pour votre époux, puisque, com-», me dit saint Augustin , ce céleste époux doit bien„ avoir d’une Religieuse toute la place qu’y devroit„ avoir son mari, si elle n’étoit pas Religieuse. Vous», comprenez donc que l’affection que vous devez a-», voir pour votre Père spirituel ne doit pas entrer», dans le fonds de votre cœur , ou vous ne devez», mettre que celui-là seul , qui est seul votre Père,, & votre Epoux. Ce n’est qu’un ami que vous de-», vez seulement tenir près de votre cœur ; mais Je-„ fus-Christ est un Epoux à qui seul vous devez vo-», tre cœur tout entier. Le premier ne vous engage,, à rien qu’à suivre ses conseils, fans que vous soyez», obligée de le considérer dans tout le reste. Vous,, devez seulement le regarder comme un homme cha-,, ritable, qui veut vous joindre à ce divin Epoux,», 5 c vous préparer à le perdre plutôt , que de vous», mettre au hazard, en l’aimant trop, de n’aimer pas», assez votre Epoux ". Ce sont là les fentimens dece saint homme touchant l’affection que les filles &le s femmes, même régulières & dévotes, peuvent a-^oir pour leurs Confesseurs» Si elle pâlie les sages
(») Loc.fit.
bornes qu’il lui prescrit ici, il est difficile qu’ellefoitinnocente & exemte de tout mauvais soupçon.
Les Régies des Jésuites sont encore bien remarqua-bles fur ce sujet.
Elle leur défendent expressément (b) de fe chargerde la conduite ni d’aucunes Religieuses, ni d’aucunísautres femmes, quelles qu’elles soient, pour être leursConfesseurs ordinaires, ou pour les diriger ; leur per-mettant néanmoins de les prêcher quelquefois, & deconfesser une fois seulement les Religieuses d’un Mo-nastère pour des raisons particulières : ce qu’ils nedoivent cependant jamais faire, qu’à la prière des Su-périeurs des Monastères. Les mêmes défenses sont re-petées dans les mêmes termes dans les Régies du Rec-teur (c). ElleS ordonnent (d) aux Confesseurs , &fur tout à ceux des filles & des femmes , de fe mon-trer plutôt féveres à leur égard, que familiers, en sor-te néanmoins qu’ils témoignent à tous les Pénitens unecertaine gravité paternelle & spirituelle.
Elles leur ordonnent (e) ensuite d'expédier prom-tement ceux qui se confessent souvent , & particuliè-rement les filles & les femmes. Elles leur défendentde leur parler à confesse des choses qui ne concernentpoint leurs confessions ; & quand la nécessité les obli-gera de leur parler hors la confession , elles leurs en-joignent de ne leur pas tenir de longs discours , &d’avoir les yeux modestement baissés.
Elles veulent (f) que, quand ils font envoyés parle Supérieur pour confesser des filles & des femmes,ou pour leur rendre visite , ils ayent avec eux uncompagnon , qui puisse les voir & entendre tout cequi fe dira, horfmis les choses qui doivent être tenuesfous le secret , ou du moins qu’ils ayent un soin par-ticulier , autant que la disposition du lieu le pourrapermettre, que la porte de la chambre où ils seront tsoit ouverte & que le lieu ne soit point obscur.
Enfin elles leurs défendent (g) de diriger aucunespersonnes particulières , & principalement des filles &des femmes.
Toutes ces précautions marquent visiblement queles Confesteurs ne fauroient trop être en garde , soitlors qu’ils confessent des filles & des femmes , soitlorfqu’ils leur parlent hors la Confession , quand mê-me ce ne feroit que de choses spirituelles & de matiè-res de pieté.
,, II ne faut pas (dit le dernier Rituel de Bour-„ ges (h), de fan 1 666.) que Tes Confesseurs des„ filles & des femmes , s’engagent à de longs entre-„ tiens avec elles , non pas même sous prétexte de„ piété, fussent-elles des Religieuses cloîtrées : parce„ que pour l’ordinaire cette multitude de paroles, ne,, sert qu’à lier le cœur du Confesseur 8 c de la Péni-
„ ten-
(é) Regul. Praepositi Domus Profess. c. 4. n. 47. apud Steí-lart in fundament. 8c regul. omnium Ordin. &c. Prsepolìtus nonpermittat, ut nostri curam mulierum Religiofarum , 8c aliarumquarumcumque sulcipiant, ut ordinaire illarum Confeffiones au-diant, vel ipsas regant : quamvis nihil repugnet aliquando apudeas concionari, aut semel unius Monasterii Confesiiones, lpecià-les ob causas, audire, quod tamen non fiée , niii postulent ii quieis prasíunt.
(c) C. 7. n. 68.
(/) Regul. Sacerdot. n. ,6. In audiendis Confeslìonibus, fe-minarumj pratíèrtím, severos potins fe, quam familiares exibeant;in univeríùm tamen paterna qusdanì 8c fpirituahs gravitas in eis
n. 17. Los qui crebriùs confitentur , maximè fixmî-nas, breviter expédiant, nec de rébus ad Confeslìonem non per-tinentibus in Confessione loquantur. Extra Confessionem ve-rò, si oportebit eas alloqui, longum sermonem ne misceant, 8toculos modeste demistbs habeant.
(f) Ibid. n. 18. Quando quis à Superiore mittetur ad Confef-siones feminarum audiendas , vel alla de causa eas adierit fo-cius, quem Superior ipsi designabit quamdiu cum fáminis 8a-cerdos loquetur, eo m loco erit, unde videre eos , íèd non qusesécréta esse oportet audire poíîìt , quantùm loci diípoíitio patie-tur; quòd si non pateretur , curet omnino Sacerdos, rie ostiumfit claufum, nec Iocus obícurus.
(g) Ibid. n. 19. Particularium personarum , prassertim fœmsn arum, curam nemo suscipiat.
(b) Du Sacrament de Pénit. p. 24;. tom. u
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