DES SUPERSTITIONS.
L‘an 8y$. dit le P. Bondortnet dans les ,, Vies des» Evêques du Mans (a) , Charles le Chauve assié-,, géant la ville d’Angers,occupée par les Normands,3, ayant en fa compagnie plusieurs Evêques qui l'asi-3, sistoient en cette occasion, Robert 24. Evêque du3, Mans, qui étoit détenu au lit grièvement malade,„ leur écrivit une lettre pour leur demander l’abfolu-„ tion de ses crimes, laquelle ils lui envoyerent ( b)
Peut-être que cet Evêque joignit à cette Lettre ledénombrement de ses péchés, que les Prélats,ausquelsil l’écrivit, supprimèrent après q u'ils l’eurent lu. Maisquoi qu’il en soit, ils lui donnerent l’absolution dansune Réponse qu'ils lui envoyèrent, & qui est conçûedans les termes que nous venons de rapporter de lâLettre de Hincmar à Hildébolde, depuis ficut princi-pali sententia , esc. jusqu’à Sucerdotum consortium, A-men. Cela me fait croire que ces Lettres d’abfolu-tion, Absolutoriœ litterœ , ainsi que les appelle Hinc-mar , étoient des formules dont on fe fervoit commu-nément pour absoudre les Pénitens, comme il y en a-voit d’autres que l’on employoit à d’autres usages, tel-les que font celles de Marculfe publiées par Mr. Bignon,& celles que le P. Sirmond a données au public dansVAppendix de son second tome des Conciles de Fran-ce , sur les Promotions Episopales , (f fur les Lettres for -mees, ou Canoniques des Evêques.
Mais pour revenir à Hildébolde 8 c à Robert, la si-tuation dans laquelle ils fe trouvoient lorsqu'ils fe con-fessèrent, & lorsqu’ils reçurent l’absolution de leurspéchés, semble ne nous pas permettre de douter detrois choses. La première, Que se confessant commepour mourir, leur Confession ne sût sincere & valide:car à quel dessein l’auroient-ils faite, sinon pour fepréparer â la mort, & pour ne pas mourir en état depéché ? Ce fut assurément dans le même dessein quefur la fin du dernier siécle, les Catholiques Anglois& Ecossois, qui furent emprisonnés pour la foi de
cipali sententia constat quia in multis offendimus omnes, undeingemiscimus. ita principali sententia consolamur , quia ii con-fiteamur peccata nostra fidelis est & justus: quin Jefus-Christusconditor 8c redemptor 8c salvator noster, quem habemus advoca-tum justum apud Patrem, 8c est propitiatio pro peccatis nostris,8c interpellât pro nobis, fidéliser confitentibus nobis dimìttit no-bis peccata nostra 8c emundat nos ab omni iniquitate. Quibus a-nimati divinis íententiis, frater 8c consacerdos noster Hildebol-de, confitenti tibi peccata tua, per Ecclesiasticam Apostolic® au-toritatis potestatem, quant Dom inus noster Jefus-Christus tradi-dit Discipulis 8c Apostolis fuis dicens: Joan. 20. 21. Accipite Spi-rìtum sanclum : quorum remiseritis peccata remìttuntur eh , 8c pereosdem Apostolos suos ipsorum successoribus, quorum nos vi-ces, licet indigni, tenemus, 8c si non meritò, tamen nomineatque officii susceptione, eandem potestatem donavit, 8c in secredenti fideliter dixit: Matth. 8.13. 8c 9. 23. Fiat tibi fecundumfidem tuam , gratià 8c omnipotentiâ suâ, virtute sancti Spiritus,qui est remiffio omnium peccatorum, dimittat tibi ornnia pecca-ta tua, liberet te ab omni malo, conserves in omni bono, 8cPerducat te ad vitam seternam ,8c ad Sanctorum Sacerdotum con-sortium, Amen.
( a) Pag. 184 dans Robert. 24. Evêq. du Mans.
{b) Cette Lettre a été publiée par le P. Sirmond dans ses Con-ciles de France , Tom. 3. p' 4 °)‘- & 406. avec ce Titre: Rober-ti Episcopi Cenomanic® urbis Epistola Confeslionis quam in ®-gritudine valida positus dixerit Episcopis circa rnuros Andegavicum Carolo principe in obsidionem Nortmannorum refidentibus,petens ab eis abíolvi. Ft voici ce qu’elle porte: Ille íblùm nominehactenus Episeopus, febrium vexatione illectus, caritati vestr®cxtremos apiculos, ut reor, mittere maturavi , quibus reatumTOeum 8c innumerabilia scelera sipienti® vestr® enucleare 8c con-fiteri delegi. Siquidem comprehendi nullius hominis valet solertiâ,quibus à diebus adolescent!® me® vicibus execrabilia contraxi o-Pera. Excedunt enim pluralitate fui numerorum fines, quia adcomparationem meorum peccatorum nullus invenitur iniquus.Nullum quippe genus peccati inveniri potest, cui me non fubdi-derim, cujusque fascibus 8c loris non fim circumdatus. Nuncquoque dies resolutionis me® instant, quibus hominem exuerecontpellor. Nunc ultimum vocationis me® diem ingemiseenscxpavesco, quia qu® malè carni consentiens perpetravi, dignaUltione puniri pertimesco. Et nisi Dei clementiâ tolerarer, me-ritò me jam pro meis sceleribus ultrix vindicta ulcisceretur. Id-circo feffis artubus, dissolutisque corporis basibus,omni viseerumUieorum valentiâ amissâ; pietatis vestr® misericordiam singultuinterposito implorare non cesso, quatenus potestate vobis cœlitusConlatâ, vincula meorum piaculorum enodetis, 8c precum ve-strarum studiis commissa tnea pietis, ut cum reprobis non ducatad Tartara, quin potiùs vestro interventu cœlestia merear subit-tUari ad gaudia.
Tome II,
Jefus-Christ, íè confessèrent par Lettrés, 8c reçurentl’absolution par Lettres, ainsi que le P. ThéophileRaynaud (c) témoigne savoir apris d’un illustre Con-seil eur, nommé Guillaume Criton.
La seconde , Que l’absolution qu’ils reçurent nefût bien conditionnée, légitime & salutaire. Car pour-quoi les Evêques leurs Confrères la leur auroient-il senvoyée, si elle leur avoit été inutile, & s’ils eussentcrû qu’elle n’eût point contribué à mettre leur con-science en repos ?
La troisième enfin, Qu’aumoins âit neuvième sié-cle, qui est le tems ou Hildébolde & Robert vi*voient, il étoit permis & de fe confesser par Lettres,& de recevoir l’absolution par Lettres. Car quelle ap-parence que des Evêques eussent voulu faire si haute-ment , ce qui leur eût été défendu, & tomber par-làdans la superstition du faux culte, & dans celle de kvaine observance?
J’ai d’autant plus de peine à më le persuader, quedepuis long-tems quantité de célébrés Théologiens ontenseigné cette doctrine.
Pierre de 1a Palu,de l'Ordre des Freres Prêcheurs»8c Patriarche de Jérusalem, dit positivement, quequand un Pénitent est dans l’impuissance d’aller trou-ver un Confesseur, & un Confesseur d’aller trouverun Pénitent, le Pénitent peut lui écrire fa confes-sion , & le Confesseur lui envoyer par écrit l’absolu-tion de ses péchés. Saint Antonin (d ), Adrien VI.(e) Sylvestre (f), Jean de Tabia (g), rapportent cesentiment de Pierre de la Palu.
Richard de Moyen-ville (h) estime, qu’encorequ’un Pénitent ne soit pas indifpenfablement obligé defe confesser par écrit, il le peut faire néanmoins parfurérogation. Ce qui suppose qu’une confession decette nature lui seroit en quelque façon avantageuse »bien loin d’être de soi mauvaise & infructueuse. Or siun Pénitent peut se confesser par Lettres, qu’elle im-possibilité peut-il y avoir qu’un Confesseur puisse luidonner l’absolution par Lettres ?
Saint Antonin (i) croit que quand un Confesseur adonné l'absolution à un Pénitent d’un péché dont iln’avoit pas le pouvoir de l’absoudre , & qu’il n’a pasoccasion de l’en avertir, il doit demander permissionà son Supérieur de l’abfoudre de ce péché , & quequand il ne le peut faire en sa présence sans grandscandale, il peut l’en absoudre en son absence, pourvu,qu’il ait quelque assurance que ce Pénitent soit de-meuré en grâce depuis fa derniere confession. C’est cequ’il dit avoir été décidé par quelques favans (£) dansle Concile de Baste, après plusieurs conférences. Deforte qu’il y a des occasions ou l’absolution est bonne,quoique donnée à un absent. Que si elle est bonne,pourquoi 1a confession faite à un absent ne le sera-t-elle pas. Mais ce que dit le Pape Adrien VI. fur cesujet est sort précis. Car il assure, (l) que quand unPénitent ne peut pas fe confesser de bouche, il peut feconfesser validement par écrit, ou par une personneinterposée, 8c que son Confesseur, bien qu’absent,peut lui donner l’absolution Sacramentelle. En esset,lc Sacrement de Pénitence ( ainsi que l’a observé le
Con-
ft) Dissertât, de Confessio. Epist. c. 2. in Apopomp®o.
\d) In Sum. 3. p. Tit. 14- de Confess. c. 19. §. 9.
(cj De Sacram. Confess. Z. sed oritur.
(f) In Sum. V. Confessio. i.n. 16.
(g) In Sum. V. Confessio. 2. n. 37.
(b) In 4. dist. 17. art: 2. q. f. Si hoc faceret, non esset neces-
fitatis, sed furerogationis.
(i) Loc. cit. Tit. 17. c. ,2. Si magnum scandalum (dit-U) exhoc timeretur quod pr®dictus modus scrvari non noffit oUssíi *absentera, si ab ultima Confessione adhuc creditur perscverare'Tngratia. r
(k) In Concilio Basileensi quidam multùm périt! habita superhoc collâtione dixerunt quod tahs confeíTor &c.
(/) Ubi justa causa occurit talis, videlicet qux confitentem re-levât a confessione ore facienda, confessio facta per scripturam ,vel nuntium valida est: 8ç potest absentera Sacerdos Sacramenta-liter ablolvere.
Ccc