DES SUPERSTITIONS.
zoo
vaille à détruire le péché, & à réparer l’injure qu’ila faite à Dieu.
Audi voyons-nous que l’usage ordinaire de l’Egli-se, fondé fur la disposition des Conciles & des Ca-nons pénitentiaux, est de donner, particulièrementaux grands pécheurs, des pénitences qui ne finissentpas sitôt, mais qui durent des semaines, des mois &des années entieres, & qui par conséquent ne se peu-vent pas faire immédiatement après la Confession.
III. Outre que ceux-là feroient présomptueux quivoudraient être les maitres des pénitences dûes à leurspéchés, & ne faire que celles qui leur plairaient,ils s’engageraient encore dans la superstition du fauxculte.
Les Juifs fe plaignoient autrefois à Dieu dans I-saïe(^), qu’ils avoient jeûné, & qu'il n’avoit eu au-cun égard à leurs jeunes; qu’ils s’étoient humiliés de-vant lui, & qu’il avoit fait semblant de ne pas voirleurs humiliations : 8 c il leur répond , . (b) que ce nesont pas-là les jeunes qu’il aime, ni les humiliationsqui lui sont agréables, parce que leur volonté se trou-ve (e) dans leurs jeunes & dans leurs humiliations.Ainsi la Pénitence que les pécheurs font selon leur ca-price n’est pas celle que Dieu demande d’eux ; c’estcelle que le Prêtre leur ordonne. C’est le Prêtrequi est établi de la part de Dieu pour la leur prescri-re. Ils la doivent faire par son ordre & selon sa volon-té (dit le Concile de Florence (c) ). Il est leur Ju-ge, & en cette qualité il est en droit (en leur remet-tant leurs péchés) de les obliger à la faire de la manié-ré qu’il estime la plus convenable à leur état, & laplus avantageuse pour le salut de leurs âmes : & ilsfont dans l’obligation de suivre son jugement & des’y soumettre; autrement il peut & il doit leur refu-ser l’absolution.
Voilà pourquoi le Catéchisme du Concile de Tren-te (d) remarque fort bien, que la volonté de satisfaireà Dieu pour nos péchés, doit accompagner la Péni-tence ; qu’elle fait même une partie de la Contrition ;& que c’est une nécessité aux Pénitens de fe soumet-tre au jugement du Prêtre, qui tient en cette occasionla place de Dieu, afin qu’il puisse lui ordonner u-ne peine proportionnée à la grandeur de ses crimes.C’est ce que le saint Apôtre enseigne aux Romains (/),lors qu’il leur dit, „ que comme ils ont fait servir„ les membres de leur corps à l’impureté & à l’injuf-„ tice ; pour commettre de mauvaises actions, ils doi-„ vent maintenant les faire servir à la pureté & à la,, justice, pour mener une vie sainte ”. Si bien quec’est se tromper soi-même que de ne pas vouloir faireune pénitence convenable aux péchés dont on s’est con-fessé. Car on doit regarder les exercices de la Péni-tence comme un payement, & un remede tout ensem-ble. II est juste que celui qui est plus redevable payedavantage, & que les grands crimes ne s’expient paspar de légé'res pénitences. Les maladies extraordinai-res ne- fe guérissent pas par des remedes communs, &il n’y a rien de plus dangereux pour le pécheur, quede lui imposer de petites satisfactions, pour de grandspéchés ; tant parce que la facilité du remede lui rendle mal moins considérable, & le rend lui-même plusnégligent à l’éviter, qu’à cause que par ces petites sa-tisfactions il n’obtient pas la rémission de ses péchés,& que, comme l’assure le Concile de Trente (g ), le Prê-
(а) C. f 8. Quare jejunavimus,& non aspexisti? Humiliavimusanimas nostras 8c neseisti ?
(б) Numquid taie est jejunium quod elegi, per diem affligerehomìnem animant íuam.
M Ecce in die jejunii vestri invenitur voluntas vestra.
(d) Loc. cit. Secundùm arbitriutn Sacerdotis.
(«) J art - y- de Pœnit. Sacrant. §. 29. Voluntas compeníàndirequintur, in quo maxime contritio versatur; 8c PœnitensSacer-dotis judicio, qui Dei personant gerit, se subjieiat necesse est, utpro seelerum magnitudìne pœnam constituere in eum poffit,
( f) C. 6. 19-
(g) Sess. 14. ée Vcetiit. c. 8. Debent ergo Sacerdotes Domini(dit cette sainte uíjfetnblee) quantum spiritus 8c prudentia segges-í’erit, pro qualitate criminunr ct Pœnitentiura facultate, iàluta-
tre qui les impose, loin de délier le pécheur, fe lielui-même & devient complice de ses crimes.
II faut donc que la Pénitence considérée commepayement soit grande à proportion des offenses pourlesquelles elle doit satisfaire ; & que considérée com-me remede elle soit propre à guérir les blessures duPénitent.
On guérit ordinairement les maladies del’ame, com-me celles du corps, par des remèdes contraires. Ainsil’orgueil fe doit punir & guérir par l’humiliation, l’a-varice par les aumônes, les plaisirs déréglés du corpspar les jeunes 8 c les autres mortifications, l’intempé-rance de la langue parle silence, l’indévotion par defréquentes prières, & les attachemens criminels par unentier renoncement aux objets de ces attachemens.C’est ce que (h) dit très bien Pierre le Chantre.
Mais c’est toujours au Confesteurà juger de la qua-lité & de la durée des remèdes qu’il ordonne, & c’estau Pénitënt à s’y soumettre avec humilité, s’estimanttrop heureux de pouvoir éteindre le feu de l’Enferparquelques œuvres de Pénitence, & d’avoir trouvé unMinistre fidelle de Jesus-Christ, qui ne le perde paspar une fausse indulgence, mais qui contribue à dé-truire en lui le péché par une pénitence salutaire.
IV. C’est une pensée qui concerne le faux culte,de croire qu’il suffit aux pécheurs de satisfaire à Dieu,& qu’ils ne sont nullement obligés de satisfaire au pro-chain , quand ils l’ont offensé. L’obligation est enquelque façon égale du côté de Dieu, & du côté duprochain. Si l’on a pris quelque chose au prochain ,il saut le lui rendre, soit en essence, soit en valeur. Stl’on a déchiré sa réputation par des calomnies, il fautlui restituer son honneur par une rétractation sincèrede ce qu’on a dit contre lui; si on lui a fait quelquetort, il faut le dédommager. En un mot il faut répa-rer l’offenfe qu’on lui a faite , par toutes les maniérésdont cette réparation fe peut faire, selon le jugementd’un Confesseur sage & éclairé, & regarder cette sa-tisfaction comme un devoir essentiel auquel on est o-bligé, quand même le Confesseur ne l’ordonneroit pas.
V. Ce ferait aussi un faux culte de s’imaginer queles Pénitens qui veulent travailler sérieusement & toutde bon à leur salut doivent toujours fe contenter defaire les Pénitences qui leur font imposées, fans jamaisen faire d’autres. Cette imagination est la source fu-neste de quantité de maux; mais particulièrement dupeu de progrès que l’on fait dans la vertu, du relâche-ment des mœurs, 8 c de la rechute dans 'le péché; &il importe extrêmement à ceux qui aiment Dieu & quile craignent, d’être persuadés qu’ils doivent faire d’au-tres pénitences que celles qui leur font enjointes patleurs Confesseurs.
1. Afin de satisfaire plus abondamment à la justicede Dieu pour les péchés de leur vie passée, 8 c de di-minuer de plus en plus les peines qui leur restent âpayer.
2. Afin de fe rendre Dieu plus favorable, après sa-voir offensé, 8 c de mériter les grâces dont ils fe sontvolontairement privés par leurs déréglemens.
3. Afin de veiller avec plus de soin fur eux-tnê-mes, & de ne pas retomber dans les crimes pour les-quels ils font obligés de souffrir.
4. Afin de pouvoir vaincre & guérir leurs mauvai-ses inclinations par la pratique des vertus contraires.
Je ne conte point pour Superstitions les hérésies qu*regardent la Satisfaction. J'appelle les choses par lentnom , autant qu’il m’est possible. Ainsi j'estime quec’est une hérésie plutôt qu’une superstition, de dire
que
res 8c convenientes íàtisfactiones injungere. ne, si forte peccati*conniveant, 8c indulgentiùs cum Pœnítentibus agant, levússwn»quxdam opéra pro gravissimis delictis injungendo, alienorum pe c 'catorum participes efficiantur.
(h) En ces termes: Verb. abbrev. c. 146. Contra molhtieni .delicias carnis pmeritas, dorirnas in sacco, lomnos nímios vigiliis multis cures, gastrimargiam jejunns releves, ebrietatem uoarefacìas, íicque contraria contrariis cures.