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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DE' S - SUPERSTITION S.

dit {a) dans la même vûe : Nous défendons à toutPrêtre du Clergé, ou Régulier, à peine de suspenseipfo fado , de publier des Indulgences fausses , suran-nées ou autres , même véritables, fans que Nous lesayons vues, & que Nous ayons mis au bas notre Cr-sa avec notre Mandement pour les publier ; & en casde contravention fera procédé tant contre les porteursd’Indulgences , que contre ceux qui les publieront,comme contre des falsificateurs de Brefs & de BullesApostoliques.

Les Réguliers qui ont des Indulgences perpétuellespour tous les si déliés , applicables à certains jours del’année, Nous les communiqueront inceflamment, &ils ne pourront faire aucune quête, fous prétexte dePardon, ou d’Indulgences, fans notre permission.

Nous défendons aux Curés , Vicaires & Prédica-teurs des Villes & Paroisses de ce Diocèse , de rece-voir déformais aucun Billet ou Mandement pour pu-blier aucunes Indulgences , s’ils ne- font signés deNous, ou de ceux que Nous avons commis, ou qu’ilne leur apparaisse que Nous avons visé ces Indulgen-ces t 8 c ce à peine d'excommunication,

C’est dans le même esprit que Mr. Le Tellier, Ar-chevêque de Reims, dans son Mandement du dernierOctobre 1694. a ordonné qu’on lui rapportât toutesles Concessions & tous les Brefs des Autels privilégiésde son Diocèse, afin de les examiner, ainsi qu’on Taci-devant (b) observé.

Enfin c’est ce qui fait dire à la Congrégation desIndulgences & des Reliques , ,, qu’elle a fait l’exa-,, men de plusieurs Indulgences , & qu’après l’exa-,, men qu’elle en a fait, il s’en est trouvé qui étoient„ ou apocryphes , ou révoquées par les Papes, ou„ nulles , à cause que le tems pour lequel elles a-„ voient été données , étoit passé ; ce qui Ta enga-„ gée, pour rémedier à ce mal , & pourvoir à l’uti-„ lité des âmes & à la dignité des Indulgences, d’en,, recueillir plusieurs avec une diligence singulière,,, & d’en faire une Table, ou Index.

Ce n’est donc pas combattre les Indulgences , qued’en examiner la vérité & la validité, puisque les Con-ciles , les Synodes , & les Evêques ordonnent qu’onles examine , & qu’il y a à Rome une Congrégationétablie pour cela. C’est plutôt leur procurer la véné-ration qu’elles méritent.

CHAPITRE IV.

Sur les Indulgences annexées à certainesOraisons.

Seconde observation sur le 'Décret de la Con-grégation des Indulgences & des Reli-ques. Cette Congrégation déclare qu'il rìya point dlIndulgence s annexées à l’Orai-son de la Charité de notre Seigneur , a Osacrum Mysterium, à Ave filia Dei Patrisjà celle de sainte Anne ; à celle du saintSuaire ; d celle ^’après la Communion -, àDeus qui pro redemptione mundi , ôcc. àcelles qui ont été divulguées à B ariette -,à Ave sanctiíïima Maria Mater Dei * & àcelle qu’on dit avoir été trouvée dans le sé-pulcre de notre Seigneur : ou que s’ily ena , elles font supposées , apocryphes , in-valides , démesurées , ou disproportion-nées.

(») Ordon. Synod. du Diocèse de Grenoble . Tít. 5. art. r. n.3. St 4.

{b) Chap. 1.

L A seconde Observation qu’il y a à faire fur íeiDécret de la Congrégation des Indulgences &des Reliques regarde les Oraisons auxquelles elle dé-clare , ou qu’il n’y a point d’Indulgejices annexées,ou que , s’il y en a , elles font supposées , apocry-phes , ou invalides. Ces Oraisons font celle de laCharité de notre Seigneur Jefus-Christ , Precor te piif-Jìme Domine , &c. O magnum Myjlerium &c. Avefilia Dei Patris , Ave Mater Dei filii , &:c. Celle desainte Anne , Avegratia plena , &c. Celle du saintSuaire, Deus qui pro nobis in fiantla Sindone, Sec. Cel-le d’après la Communion , Ave filia Dei , &rc. Deusqui pro redemptione mundi , &c. Celles qui ont été di-vulguées à starlette , Ave fanttijfima Maria MaterDei , Regina cœli , &c. & celle qu’on dit qui futtrouvée dans le Sépulcre de notre Seigneur.

Outre la supposition qui rend superstitieuses les In-dulgences de ces Oraisons, elles le font encore parcequ’elles font excessives & difproportionnées. Car lesThéologiens enseignent (& nous le férons voir dansla fuite de ce Livre) que les Indulgences , pour êtrebonnes & valables , doivent être proportionnées auxœuvres qu’il faut faire pour les gagner. Or quelleproportion y a-t-il entre ces Oraisons & les Indulgen-ces qu’on croit y être attachées ? Quelle apparencequ’en disant une de ces Oraisons on obtienne de Dieula rémission des peines imposées dans le tribunal de laPénitence, ou ordonnées par les Saints Canons ? Si ce-la étoit , on emporterait le Royaume du ciel avecbeaucoup de facilité : & cependant le Fils de Dieunous dit dans T Evangile (c) , qu’il faut se faire vio-lence pour T emporter , & qu’il n’y a que ceux quise font violence qui Temportent. Mais il faut consi-dérer en particulier toutes ces Indulgences & toutesces Oraisons.

Les Indulgences de l’Oraifon de la Charité de no-tre Seigneur Jefus-Christ , Precor te piìjfime Domine,8 cc. ne font appuyées que fur un bruit commun &incertain, uti ajferunt ; & ainsi elles ne sauraient êtred’aucune considération auprès des fidelles , dont leculte doit avoir un objet certain , puisqu’il est établisur la vérité de la foi Catholique , qui est ferme &inébranlable , & qui exclut toute sorte de doute,

(d) suivant la parole de saint Jean Chrysostome.

Je ne sai point qui est T Auteur de cette Oraison.'Elle peut être bonne en elle même ; mais il ne paraîtpas qu’elle ait été approuvée par T Eglise ; & elle leferait suffisamment , si , comme on le dit, les PapesJean II. & Sixte IV. y avoient attaché des Indulgen-ces. De quelque part que viennent les Oraisons , i!faut qu’elles soient autorisées de TEglife, c’est-à-di-re , des Conciles , des Papes , ou des Evêques, siTon veut qu’elles soient reçues des fidelles avec res-pect. Sans cette condition elles peuvent bien êtreestimables du côté de ceux qui en font les Auteurs ;mais elles ne peuvent pas passer pour authentiques, niêtre récitées publiquement dans TEglife , ainsi qu’onTa montré ci-devant ( e) par les témoignages exprèsdu troisième Concile de Carthage (f), en 597. &dusecond Concile de Miléve (g), en 416.

Les Indulgences de T Oraison O magnum Myfle-rium , &c. n’ont pas plus de fondement que celles dePrecor te piijfime Domine , &c. Elles font une fuite de\ut ajferunt du Décret de la Congrégation des In-dulgences & des Reliques , & elles font faussementattribuées à Clement VIII. J’ai lu beaucoup de livresde prières, mais je n’ai trouvé dans aucun O magnumMyjìerium , &c. Je trouve seulement que le quatrième

Ré-

(c) Matth. u. ii. Regnutn cœlovum vim patitur, St vioîen-ti rapiunt illud.

(d) Homil. de fide, spe 8t carit. Fides exeludit dubia , tenetcerta, promissa consignât.

(e) L. 4. c. 8. n. 5.

(f) Can. 23,

($) Can. ir.