Buch 
Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
Entstehung
Seite
217
JPEG-Download
 

DES SUPERSTITIONS.

c’est 4 -dire -, aux instrumens de fa Passion ; Elle com-mence par, Cruci , clavis , corom fpineœ , &c. Elle estassez dévote ; mais les Indulgences que la souscriptionfait esperer (a) sont excessives & difproportionnées.Car elle assure que ceux qui regarderont dévotement,& qui honoreront les cinq instrumens de la Passion deJesus-Christ, s’ils sont véritablement confessés sc con-trits de leurs péchés, gagneront trois ans d’Indulgen-ces, accordées par trente autres Papes, chacun enparticulier, & quarante jours accordés par 128. Evê-ques, âuffi chacun en particulier; toutes lesquellesIndulgences ont été confirmées dans le Concile deLyon par Innocent IV. qui y a encore ajouté 200.jours. Nous ne savons ni qui est ce Pape Léon, niqui sont ces 30. autres Papes, ni qui sont ces 128.Evêques. Mais nous savons fort bien qu'il n’est faitaucune mention de ces Indulgences dans le Concile deLyon sous Innocent IV.

Le quatorzième est l’Oraison, ou plutôt les quinteOraisons de sainte Brigite , de la Passion de Notre Sei-gneur , dont la premiere commence O s est Chrifle a-terna dulcedo te amantium , &c. Elles fe trouvent nonseulement dans Y Antidotarìus anima de Salicet (b) ,mais dans une infinité d’autres mauvais livres de priè-res. . Le préambule est particulièrement à noter, tantà cause des choses rares qu’il contient, qu’à cause desmerveilleuses promesses qu’on y fait à ceux qui lesrécitent. Il est dit (c ),

1. Qu’elles ont été révélées à sainte Brigite, lorsqu'elle étoit réclusc dans l'Eglise de saint Paul deRome.

2. Qu’ayant long-tems désiré de savoir le nombredes playes que Notre Seigneùr reçut à fa Passion, no-tre Seigneur s’apparut à elle, & lui dit, qu’elles é-toient au nombre de $480.

3. Que si elle vouloir leur porter quelque honneur,en disant tous les jours, pendant un an entier, quinzePater nofier & autant d’Ave Maria , elle auroit saluéavec respect chacune de ses playes.

4. Qu’il lui aprît ces quinze Oraisons, & lui or-donna d'en ajouter une à chaque Pater nofier:

;. Qia’il l’assúra que quiconque les diroit pendantun an, délivreroit du Purgatoire quinze âmes de fafamille, que quinze J ustes seroient confirmés en grâ-ce , & quinze pécheurs vivans encore dans le monde,convertis, & qu’il obtiendrait pour soi un degré deperfection, une connoifiance & une douleur amére deses péchés.

6. Que notre Seigneur lui dît en outre, qu’à ceuxqui réciteraient ces Oraisons, il leur donnerait sontrès-saint corps avant leur mort pendant quinze jours,afin de les délivrer de la faim éternelle, qu’il les abreu-verait de son sang précieux, afin qu’ils n’ayent jamaissoif; qu’il féroit marcher devant eux le signe de satrès-victorieuse Croix pour les défendre contre leursennemis; & qu’il viendrait à eux avant leur 'mort a-vec fa bien-aimée la Vierge Marie, pour recevoir dou-cement leurs âmes & les conduire dans les joyes eter-nelles; & qu’après les y avoir conduites, il les féroitboire dans la fontaine & dans le calice de fa divinité,ce qu’il ne féroit point aux autres qui n’auroient pointrécité ces Oraisons.

Enfin qu’il y ajouta plusieurs autres prérogativesqu’on ferait trop-tems à rapporter.

Mais toutes ces prérogatives ne sont point compa-rables à celles qui se lisent à la tête de ces Oraisonsdans d’autres livres de prières. Les voici comme jeles ai trouvées dans un de ces Livres imprimé en Let-

(«) Salicet, p. sZ> & 54- Notandum quòd qui quinque armaPaíTionis Christi dévots intuetur, eademque veneratur, fi de pec.catis fuis vers confeffus fuerit 8c contritus, habebit tres annosIndulgentiarum à Leone Papa; 8c à 30. Summis Pontificibus àquolibet centum dies; & à ii8. Epiícopis.à quolibet eorumqua-draginta. Quas Indulgentias confirmavit Innocentius IV. ìn Con-cilio Lugdunensi 8c addidit adhxc ducentos dies.

(è) P. f4. 8c seqq.

(r) Ibid. ‘

Terne II,

tres Gothiques, dont je n’ai pû découvrir Tannée.„ Il faut savoir que si un homme avoit été tren-„ te ans en péché mortel, & qu’il dît dévotement ces,* Oraisons, Dieu lui pardonnerait pour cela tous ses,, péchés; qu’il le défendrait des mauvaises tenta-,, tions ; qu’il garderait ses cinq sens ; qu’il le pré-„ serveroit de mort subite; qu’il délivreroit son ame„ des peines éternelles; qu’il effacerait tous les péchés„ qu’il auroit commis depuis son enfance jusqu’alors;„ que par fa grâce il deviendrait meilleur qu’il n’a„ été; qu’il obtiendrait tout ce qu’il lui demande-,, roit & à la B. Vierge Marie; qu’il le féroit avan-„ cer dans les vertus & dans la bonne vie ; qu’il le„ maintiendrait en bon état; qu’il le protégerait, en-„ core qu’il eût vécu tous les jours de fa vie selon sa,, volonté propre; que, s’il devoir mourir le lende-,, piain, il lui prolongerait la vie; que tôutes les fois,, qu’on dira ces Oraisons on gagnera quarante jours„ d’Indulgences ; qu’on fera assuré d’être joint au,, souverain chœur des Anges; que si on les ap-,, prend à quelqu’un, bien loin que la joye & lemé-„ rite de celui qui les apprendra diminuent , il de-,, meurera ferme & stable dans toute T éternité ; enfin,, que Dieu fera présent par sa grâce dans tous les,, lieux où ces Oraisons fe trouveront, ou se diront,„ & qu’il protégera ceux qui les porteront fur eux,,, ou qui les réciteront, comme il a protégé saint Paul,, au milieu de la mer, après y avoir fait naufrage.„ Ainsi soit-il.

Si tout cela est vrai, qu 4 avons«nóus besoin de laConfirmation, de T Eucharistie, de la Pénitence, del’Ordre & de TExtrême-onction? Les Théologiens,les gens de bien, qui savent un peu leur Religion,tous ceux qui aiment Thonneur de la maison de Dieu ,peuvent-ils lire fans horreur les impiétés & les blasphè-mes de ces deux préambules ? On les imprime cepen-dant tous les jours dans des Heures, & dans des Livresde prières; on souffre que les personnes simples senourrissent du poison mortel qui y est renfermé sansse mettre en peine de bannir de leurs esprits des super-stitions exécrables ; & on entretient par-là les pécheursdans une vaine confiance de leur salut, & dans l’im-. pénitence*

Je ne blâme point cés Oraisons en elles-mêmes. El-les ont du sens pour la plupart. Mais je blâme lespromesses frivoles dont on les accompagne, & les faus-ses assurances de grâce, de protection, de salut, qu’ondonne à ceux qui les disent : & c’est pour cette rai-son qu’il féroit à souhaiter qu’on les retranchât abso-lument de tous les Livres de Prières qui sont entre lesmains des fidelles.

La quinzième est TOrâison, ou les trais Oraisonsqu’on voit à Rome dans une certaine Chapelle de sain-te Croix des sept Romains,dont la premiere commen-ce , Domine Jesu Chrifie ego miser peccator rogO & ad-moneo te , &c. Elles sont peu de chose, & néanmoinsleur préambule porte, (ss) que quiconque les dira dé-votement obtiendra des Indulgences très-grandes &presque infinies. Mais quelle certitude a-t on de cesIndulgences? Qui est le Pape qui les a accordées?Pour quelle cause les a-t-il accordées ? Sont elles pro-portionnées ? Rien de cela ne nous paraît.

La seizième est TOrâison de la Véronique, SalvesanBa faciès nostri Redemptoris, &c. C’est une rithmeoutrée & badine, où Ton dit en bien des endroits à 1 * 1 -mage de la face de notre Seigneur, ce qui n’appartientqu’à notre Seigneur même : car on ne sauroit dire à cet-te Image en bonne Théologie 0 ), qu’elle est le miroirdes Saints, dans lequel les celestes esprits désirent de se

con-ss) Ibid. fol. 57. Subfcrípt* fres Orationes habentur Rom* inquadam Oapella , qu* dicitur fan ct* Crucis 7. Romanorum,quam qui devotè dixerit , maximas & penè induiras confeque-tur Indulgentias, ut ibidem scriptum reperitur.

(e) Spéculum Sanctorum quod videre cupiunt Spiritus cœlo-rum.

Iii