1,8 DES SUPER
contempler : ni (a) qu’elle peut nous laver de tousnos péchés & nous rendre bienheureux dans le ciel :ni (b) qirelîe a la vertu d'éclairer nos cœurs : ni en-fin (c) qu’elle aii le pouvoir de nous conduire auciel.
0 n l'attribue à Jean XXII. & on assure dans le ti-tre (d) que ce Pape a donné ioooo. jours d’Indul-gences à ceux qui la diront dévotement, ou qui ne lasachant pas, diront cinq Pater nofler , en regardant laVéronique. Mais ce Pape étoit trop habile pour a-voir fait une si pitoyable Oraison , & pour y avoirattaché des Indulgences si excessives & si dispropor-tionnées. Il y est dit aussi que (e) cette Image futdonnée à une femme appellée Véronique , en témoigna-ge de l’amour que l<?Fils de Dieu lui port ois : cequi est une fable qui a commencé de s’établir deptiisle milieu du quinzième siécle. Car ce n’est que de-puis ce tems-là, comme on l’a fait voir ci-devant (/),qu’on a cru qu’il y avoit eu à Jérusalem une femmenommée Véronique , qui présenta son mouchoir à Nô-tre-Seigneur , comme il alloit au Calvaire, & fur le-quel notre Seigneur en s’essuyant, avoit imprimé l’I-ftiage de son visage ; & qùe cette femme avoit unemaison à Jérusalem. La vérité néanmoins est, que laVéronique n’est autre chose que le nom de l’Image duvisage de Nôtre-Seigneur.
La même Oraison se trouve dans les Heures de Nô-tre Dame , d Vusage de Paris , & dans les Heures deNotre-Dame , d l’usage de Soijfons , imprimées à Parisen ï 598. mais fans autre titre que celui-ci : De sanïïafacie Domini.
La dix-septiéme est une aûtre Oraison de la Véro-nique , qui commence par Avc faciès praclara , qmpro mbìs m Cruels ara , #-c. Elle est plus courte demoitié que la premiere & elle est auffi mieux faite fanscomparaison : mais je ne pense pas qu’on doive fairegrand fond fur les Indulgences de trois ans , qu’onassure dans le titre (g) que le Pape Innocent y a an-nexées „ parce qu elles ne sont pâs mieux condition-nées que celles de la premiere. De plus » qui est cePape Innocent qui les a données ? On devroit bienle distinguer, car il y a plusieurs Papes de ce nom.
La dix-fiuitîéme est l’Oraison , Ou pour parler plusjuste, les cinq Oraisons des cinq douleurs de la Vier-ge , dont chacune commence par une des lettres dumot Maria. La premiere , Mediatriv Dei & homi-num & sons miserkordia , &c. La seconde , Auxilia-trix Dei & homînum & pacis aterna condimentum , &c.Elles sont fort simples & (b) fort plâtres , mais ellesft’ont rien de vicieux. Il n’y a que le titre (i) quien est pitoyable. On y dit,
Que ( 4 ) c’est saint Anselme, Chapellain de la sain-te Vierge qui les a composées.
Que (J) celui qui les dira dévotement obtiendra deDieu de très-grandes grâces , selon ce qui a été révé-lé à saint Jean l’Evangeliste.
(а) Nos ab omni macula purga vitiorum, atqué nos consor-tí© junge Beatorum.
(б) Lumen funde cordibus ex vi tibi data.
(c) No s deduc ad propria, ô fœlix figura.
(d) Ibid. fol. 57. Oratio fequens edita est per D.Johannem sa-pant XXÍI. qni conceffit omnibus eam dévots dicentibus, inspi-ciendo faciem Christi, decem millia dierurn Indulgentiarum ; &L quis eam ignoraverit dicat quinque l’a ter noster , inspiciendoVeronicam.
(e) Dataque Veronìca: ob signum amoris.
(/) L. 4. c. 6. n. n.
(s) Salicet fol. 58. Alia oratio de eodem , de qua dédit Inno-centas Papa dicentibus eam ante Imaginent Veronic® trium a-ai "“ m Indulgentias.
I") '-’ire qu'une Oraison est plate, c’est dire qu’elle est vicieu-se. Outre, cela dire que la S. V. est médiatrice entre Dieu 8t leshommes c est soirs injure à Jefus-Christ. Comment peut-on direaprès cela , que ces Oraisons n’ont rien de vicieux ?
(/) Ibld. fol. 59.
(k) Orationes de quinque doloribus beate Mari® , quas íànctusAnselmus Capellanus ejus compostât , incipientes iìngulse à sin-gulis iitterís nominis,Marias.
• ( l) Quas qui devotè dixerit maximas consequetur gratias à Do-mino, prout revelatum fuit beato Johanni Evangéliste.
S T I T I O N S.
Que (m) ce saint Evangéliste (comme il est écrit)ayant long-tems souhaité de voir la sainte Vierge aprèsson Assomption glorieuse , sut un jour ravi au ciel,ou il vit & entendit cette sainte créature qui racontoità son Fils qu’elle avoit été extrêmement troublée pafces cinq douleurs, & que fur cela son Fils, pour luifaire honneur , avoit promis plusieurs grâces & plu-sieurs prérogatives à celui qui féroit dévotement mé-moire des mêmes douleurs.
Mais 1. On ne trouve point ces cinq Oraisons par-mi les Méditations , ni parmi les Oraisons qu’on Voitdans les œuvres de saint Anselme, & dont il est parlédans Eadmer O) , dans Durand , Abbé dé Chaisc-Dieu (0) , & dans les Epîtres même de saint Ansel-me (p).
2. Est-ce une qualité qui convienne à saint Ansel-me , que celle de Chapelain de la sainte Vierge ? Celléde Dévot d la sainte Vierge lui conviendrait beau Coupmieux : car il l’a été en effet , & il y en a millepreuves dans ses ouvrages.
3. On ne dit point proprement dêS Saints qui fontdans le Ciel , & qui voyent toutes choses en Dieu,qu’ils ont des révélations ; on ne le dit que des hom-mes mortels & vivans fur la terre. On dit cependantici , qu’il a été révélé â saint Jean l’Evangéliste , quecelui qui les dira dévotement obtiendra de Dieu de tr 'es-grandes grâces. Si cela est ainsi , il faut que ce soitdans le ciel, & depuis la mort de saint Anselme z quesaint Jean l’Evangeliste avoit eu cette révélation : carpour celles qu’il a eues fur la terre & avant la mortde saint Anselme , il a eu soin de nous les expliquerdans son Apocalypse , & celle-ci ne s’y trouvepoint.
4. Ni l'Ecriture sainte ni les Conciles, ni lés SS. Pé-rès, ni l'Histoire Ecclésiastique ne nous disent rien,ni du désir de saint Jean Evangéliste , ni de son ra-vissement au ciel, ni de l’entretien de la sainte Viergeavec son Fils , ni des promesses de Jefus-Christ,dont il est parlé dans le titre de ces cinq Oraisons.Tout cela pourrait bien être de í’invention de quel-que visionnaire.
La dix-neuviéme est l'Oraison des trente jours,Sanïïa Maria perpétua Virgo Virginum , Mater misiricor -dia, Mater gratta , çgc. Elle est en grand’ vogue par-mi le peuple & parmi les dévots & les dévotes du com-mun. C’est leur Oraison favorite ; c’est en elle, plusqu’eo toute autre, qu’ils mettent leur confiance, paf-ce qu’on leur fait espérer qu’en la disant pendanttrente jours , ils obtiendront de la miséricorde dsDieu tout ce qu’ils lui demanderont de licite , Scqu’on l’a souvent éprouvé. On peut voir dans uneNote ce que porte le titre dans V s.ntidotarius anima (7 )•On trouve auffi dans les Heures du P. Simon Le Boflu,„ que quiconque dira l’Oraison suivante I’espace de,, trente jours, en l’honneur de la très-sainte Passion de,, notre Seigneur Jefus-Christ & de la bienheureuse„ Vierge Marie sa mère , obtiendra miséricordieuse'„ ment l’effet de toutes sés demandés licites ; ce quei, l’on a souvent vu par expérience. C’est pourquoi„ on y lit après le milieu : Hic pete quodvis : Deman-,, dez ici ce qu’il vous plaira ”. Elle n’est poià
msu-
(m) Qui cùm (ut de eo seriptum reperitur) diu destderaflèt v>-dere beatam Mariam Virginem , post ejus Assumptionem m cCE 'lum , tandem quadam vice raptus in cœlum > in visione vidic 8-âudivitquòd beata Virgo Maria narravit filio fuo , quod in hoPíriundo in quinque doloribus fubicriptis praxipuè fueiit nimiutuperturbata. Chiistus igitur filius ejus hoc audiens , òb ejus ho-norem plurimas promiíìt gratias & praaogativas se daturum ! *«qui eosdem dolores devotè recoleret.
(n) L. 1. de vit. Anlel.
(0) Epist. 61. 1 . 1. inter Epist. 8. Ansel.
(p) L. 1. Epist. 20. 8c 1 . 1. Epist. 51. . . . ..
(q) Fol. 6r. Qnicumque subscriptarn Orationem tngintá diettoin honore sanctiffim® Passionis Domini nostri Jefu Christi ,
in honore beatissim® Virginia Mari® matris ejus dixerit , f-cumque licita petierit , misericorditer obtinebit. Quod expmento s*pius probatum est.