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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES S U P E R S T I T í O N 5.

mauvaise de soi , mais il y a deux circonstances quila rendent superstitieuse.

L’une est, Fassurance qu’on donne qu’en lâ disantpendant trente jours , on obtiendra de Dieu tout cequ’on lui demandera de licite. D’où tient-on cet-te assurance ? Où Dieu l’a-t-il revelée ? Où l’a-t-ildonnée ? En quel endroit des Saintes Lettres , ou dela Tradition se trouve-t-elle écrite ? On féra voirdans la fuite de ce Livre que ces sortes d’assurancesfont abusives, illusoires & superstitieuses.

L’autre est, îe nombre préfix de trente jours, pen-dant lesquels il faut dire cette’ Oraison , si on veutobtenir de Dieu tout cè qu’on lui demandera de lici-te. Pourquoi n’auroit-elle pas le même effet siòn la disoit, par exemple , pendant xo. iy. 20. 2,8.29. 31. 32. 3 5. 40. 50. ou 60. jours ? Pourquoi sefixer' au nombre de trente , plutôt qu’à un autre ?On s’imagine que ce nombre est absolument nécessai-re pour la validité de cette Oraison. Cependant c’estune condition vaine, inutile , & superstitieuse, par-ee qu’on n’en peut pas raisonnablement espérer l’essetqu’on se propose. „ Si l’on se sert (dit S. Tho-„ mas (a) ) de quelque pratique , qu’il est visiblej, n'a voir nulle vertu naturelle pour produire les effets„ qu’on en attend , cela est superstitieux.& illicite”.II y a un pacte tacite (dit la Faculté de Théologie deParis dans fa Censure (b) de Fan 1398. ,, dans tou-,, tes les pratiques superstitieuses dont on ne peut pas„ raisonnablement attendre les effets , ni de Dieu nis, de la nature ”. C’est aussi ce qu’enseigrie le Con-cile Provincial de Malines (c) , en 1570. lors qu’ildit , „ Qu’il y a de la superstition dans toutes les,, choses qui se font sous l’autorite de la parole de„ Dieu ou de l’Eglise , avec certaines pratiques &„ cérémonies dont on ne peut rendre de raison valá-,, ble , & avec assurance d’obtenir quelques effets„ qu’on n’auroit pas lieu d’espérer saris cela Unautre Concile Provincial de Malines ( d) en 1607. en-joint aux Curés de faire entendre aux peuples, ,,Que„ c’est une superstition d’attendre quelque effet que„ ce soit d’une chose qui ne le peut produire ni par,, sa vertu naturelle, ni par l’institution de Dieu , ni„ par l’approbation ou le consentement de l’Eglise.,, Nous déclarons superstitieuse en général” (dit JeanFrançois Bonhomme Evêque deVerceil, dans les Dé-crets de fa Visite Apostolique (e) ) „ toutes les„ choses qui fe font en y observant indéfiniment,cer-„ tains tems , certain nombre & certain lieu, comme„ étant contraires au vrai culte de Dieu , & 1 l’ufa-,, ge de la sainte Eglise Catholique ”. Saint Françoisde Sales , & d’Aranton d’Alex , Evêques de Ge-nève (f) , font dans la même pensée. ,, Il y a de la,, superstition (disent-ils) autant de fois qu’on met„ toute l’efficacité des paroles , pour saintes qu’elles„ soient , en quelqiíe circonstance vaine & inutile,„ comme si on croyoit que pour guérir un malade il„ fallut dire trois Pater avant le soleil levé. Mr.„ le Cardinal le Camus , Evêque de Grenoble dit„ aussi , que (g) c’est une superstition damnable3, dans la pratique, lorsqu’on fait .consister toute l’ef-3, ficacité des paroles, pour saintes qu’elles soient, en„ quelque circonstance vaine & inutile , comme si33 l’on croyoit qu’il fallut dire cinq Pater avant le so->3 leil levé pour guérir un malade.

II saudroit donc , pour bien faire , ou supprimerentierement l’Oraison des trente jours ; ou en suppri-mer les titres , & le Demandés ici ce qu'il vous flaira ,ou du moins ajouter à Demandés ici ce qu il vous flai-ra , ces paroles , Et vous n êtes sas assurés de /’ avoir.

(<») î. î. q. ç 6 . art. a. ad i.

(b) Art. z.

(c) Tit. de íuperstit.

(d) Tit. 15. de íuperstit. C. Z.

(*j Tit. de íuperstit,

(/) Constit. 6c Instruit. Synod. 1. part. tit. Z. C. n. n. z.

{£) Qrdonn. Synod. tit. i. art. z. n. 7.

Mais il n’est pas juste d’amuser les simples & les igno-rons par de vaines promesses , en leur faisant espérerinfailliblement de la part de Dieu ce qù’on n’est pasassuré que Dieu leur accordera.

Je trouve dans l ’Enchiridion Matinale frecativnum ,une Oraison des trente-trois jours, qil’on (h) attribueà saint Augustin, & qui se doit dire à génoux, pourobtenir la grâce de Dieu. Elle commence par cesmots*. O dulcijjime Domine sésin Chrifte , verus Dais ,&c. Elle se voit aussi en François dans les Heures dèNotre-Dame , a l'usage de Paris ; mais elle fe doit direquarante jours de íuite selon le titre que voici ; 'Orai-son de (i) Mr. Saint Augustin $ qke qmcbnqUe lá dirhdévotement /’efface de quarante jours , U obtiendra cC’qttsjustement a Dieu demandera. Elle n’a rien qui ne íoitCatholique , mais elle ne fut jáijìais de Saint Augus-tin ; & elle est accompagnée de deux circonstancesqui rendent superstitieuse l’ Oraison des trênte jours.

CHAPITRE VII.

Suite du même sujet.

L'O raison de la S. V. Clenientiílìma Démi-na , f r omet trop & attribue à la V. biendes choses qui ne conviennent qu'a “Dieu.On doit parler de la S. V. avec beaucoupde sagesse & être sort réservé dàns sonculte & dans les louanges. On a peut-êtreporté son culte trop loin dans l'Ordre deCiseaux , dans celui des Chartreux ésidans plusieurs Eglises. Le T. Bari dbeaucoup excedé en cela dáns fa Philagié.L'Oraison qu’on dit avoir été donnée à 8.Bernard par un Ange est outrée & son t ntre aussi. Les Indulgences d 'Avé Mariaalca stirps lilii a des Indulgences excessi-ves , aussi bien qtte le Rosaire de N. D.L’Oraison des quinze du des quarantejours, n'es ni de saint Jean , ni de saintAugustn. Elle es supersitieuse. , Cellequ’on prétend avoir été trouvée dans íe sé-pulcre de la S. V. sait pitié. Celle qui esfaussement appellée de S. Jean, & quanti-té d'autres de /’Enchiridion Mastuale pre-cationum font pernicieuses.

L A vingtième est l’Oraison de la sainte Vierge ;

Clementijsima Domina & dulcisìma Nirgo , suniéaMaria Mater Dei omni fietate flenijjlma , &c. Elle est,s’il faut s’en rapporter au titre (ks ), de l’Institution duPape Innocent. Elle vaut 300. jours d’IndulgeU-ces accordées par ce Pape , 0 ) a quiconque la dittous les jours, & la sainte Vierge Falsifiera & íe con-solera les trois derniers jours de fa vie , lui annonceraF heure de fa mort, & lui signifiera qu’ìl est du nom-bre des Prédestinés, ainsi qu’il a. été révélé à une Ab-besse de F Ordre de saint Benoît qui étoit malade à

l’ex-

(b) Oratio Sancti Augustini devotiffima , dicenda triginta tri-bus dièbus, genibus flexis ad óbtìneindum gratiam. '

(j) C’étoit la maniéré chez nos Ancêtres 8c dans les siécles passésde donner la qualité de Monsieur aux Saints. *

(k) Salicet, fol. 63.

(/) Quicumque (dit ce titre) subfcriptam Orationem quotidiedixerit in honore beatislìmx Virgmis Mari» . , O0 . às Induì-gentiarum habebit ab lnnocentio Papa, qui eam instituit > ;& ei-dem dicenti vult ipsa beata Virgo tóaria prxíèmialiter astare', euro.consolando triduo ante mortem suam , & horam fui exitùs praê-nunciare, & qu'od de numéro salvandorum fit ei intimare , sicutin quodam Monasterio Ordinis sancti Benedicti revelatum est cuì-dam Abbatiss* in extremis laboranti , Sc est post ísepiùs exper-tum.

lii L