izo DES SUPER
l’extrêmité , & qu’on l’a depuis expérimenté très-souvent.
Voilà des privilèges bien singuliers pour une Orai-son. 8'ils étoient véritables, il y auroit plus d’avan-tage à la dire Jqu’à recevoir les Sacremens. Car lesSacremens ne nous promettent pas la persévérance fina-le , 8 c nous ne sommes pas assurés que Dieu nous ladonnera après que nous les aurons reçus. Mais cetteOraison la promet à ceux qui la disent , & ils sontassurés de l’avoir , puisqu’ils font assurés que la sainteVierge (qui ne peut pas les tromper) leur signifiera qnilsfont du nombre des Prédestines , ce qu’ils ne sauroientêtre sans la persévérance finale.
Il y a plusieurs expressions outrées dans le corps decette Oraison , & on y attribue bien des choses à lasainte Vierge , qui ne conviennent proprement qu’àDieu : comme quand on y dit, qu’elle est Via erran-tittm , salas & Jpes in se Jperantium , sons vita A- venta ,sons salutis & gratia , & qu’on lui demande la gloireéternelle , vitam aternam mihi tribuas. Mais cela estassez ordinaire aux Dévots indiscrets de la sainte Vier-ge. Ils ont bien de la peine à expliquer les façons deparler hyperboliques dont ils se servent soit dans leursdiscours, soit dans leurs livres ; & quand ils viennentà les expliquer , ils sont obligés de parler & d’écrirecomme les autres, qui parlent & qui écrivent avec mo-dération 8 c fans excès. II est bon de porter les louan-ges de la sainte Vierge au dessus de toutes les créatu-res , mais il ne la faut jamais comparer (a) à Dieu,qui est son Créateur & son Rédempteur. Ces fortes decomparaisons ne peuvent édifier : car si on les éclair-cit , on en fait voir la foiblesse & les défauts, & sion ne les éclaircit pas , on laisse de fausses idées dansl’efprit des Auditeurs ou des Lecteurs , & la mère dela Vérité même ne peut être honorée par la fausseté,elle qui est comblée de tant de vrais titres d'honneur,pour user des termes de saint Bernard (b).
„ C’est pourquoi je ne sérai pas difficulté (dit fort.S» bien le savant Père Pétau (c) ) d’avertir ici tous„ les Dévots & tous les Panégyristes de la sainte Vier-„ ge, de ne pas trop se laisser aller à la vénération &
„ à la piété qu’ils ont pour elle , & de se contenter,, des vrayes & solides louanges qu'on lui peut don-„ ner , fans en inventer de fausses & de supposées,
„ qui ne font établies fur le témoignage d’aucun Au-„ teur , du moins irréprochable. Car cette espèce„ d’Idolatrie secrette & cachée dans le cœur humain,
„ comme dit saint Augustin , ne sauroit s’accorder„ avec la retenue de la Théologie, c’est-à-dire, avec„ les principes de la sagesse céleste , qui ne peut rien„ avancer, ni assurer, qui ne soit entierementconfor-„ me aux régies certaines & exactes de la vérité.
Sur ces principes je souhaitterois de tout mon cœurque les Cisterciens eussent été plus réservés qu’ils neparaissent l’être dans le culte qu’ils rendent à la sainteVierge, qui est la patrone spéciale de leur Ordre, 8 csous l’invocation de laquelle toutès les Eglises de leurOrdre sont consacrées à Dieu. Quand ils parlent àDieu dans leurs Offices Ecclésiastiques, ils ne se met-tent point à génoux ; mais ils s’y mettent à ces paro-les , Dei genitrix intercède pro nobìs , qui sont à la findu verset Post partum , &c. lors qu’ils disent, Deigenitrix au Trait de la Messe De beata , Salve sanElaparens, à l’Introïte & Ave Maria , à l’Offertoire dela même Messe, en commençant Ave maris stella , &Salve Regina ; 8 c toutes les fois qu’ils récitent AveMaria à Vespres, à Laudes, après Salve Regina 8 c a-
Encore moins la mettre àu dessus de Dieu, ce qui est arri-ve a ces dévôts, ainsi qu’on peut le voir dans le petit livre intitu-lé Avis salutaires de la Vierge à ses dévots ì idifcrets, imprimé àLille en 1674. muni d’une belle approbation de M. de Choiíëul E-vêque de Tournay. Voyez aussi le tome pr. des Cérémonies Re-ligieuses des Catholiques.
( b ) Epift* 1 74 - ad Canonic. Lugd. Virgo regia falío non egethonore, veris cu P™ at . a . I™ titulis, infulis dignitatum.
(c) Tom. p. Théologie. Dogmat. de Incarnat. 1 . 14. c. 8;
». A-
S T I T ï O N S.
près la Collecte qui se dit ensuite, comme il est mar-qué dans le Bréviaire de leur Ordre (si) imprimé àParis en 1641.
Les Chartreux s’agenouillent aussi , & ont la têtedécouverte lorfqu’ils récitent l’Office de la Vierge enparticulier, en disant Ave Maria avant les Heures &Salve Regina , avec les Oraisons suivantes (e). Uss’agenouillent encore à la Messe de la Vierge à cesmots de l’Introïte Salve sanEla parens , lors qu’ils lecommencent^, & non lors qu’ils le répetent (/; ; lorsqu’ils disent SanEla Maria, l’Oraison suivante & AveMaria après Compile; (g) lors qu’à l’Evangile, ouà la Leçon de Matines, Mijfus est,, on prononce Avegratiaplena , benediEla tu in mulieribus , & lors qu’ondit à Complie SanEla Maria succurre , Salve Reginaaprès les Heures , & Ave Maria au verset ( h ) , ainsique porte leur Ordinaire de l’Edition de Lyon , en1641. Cette dévotion a plu à quelque Prieur desChartreux , & à quelque Abbé de l’Ordre de Lis-teaux , & elle s’est introduite peu-à-peu dans ces deuxOrdres; mais elle n’y est pas fort ancienne, puisqu’iln’en est rien dit dans les anciens Statuts des Char-treux , ni dans YExorde , ni dans les anciens Uz ,, nidans le Nomafticon de Listeaux.
On ne s’agenouilloit point autrefois dans la plupartdes Eglises d’Occident , aux Antiennes de la Viergequi se disent à la fin de l’Qffice, Salve Regina , AveRegina cœlorum , Aima Redemptoris mater ; mais on s’yagenouille présentement, & les Rubriques du Bréviai-re Romain de Pie V. & ceux qui ont été imprimésdepuis fa mort , disent (i) en termes précis , qu’ons’y doit agenouiller toujours , horsmis au tems Pascal.Cependant quelques Catholiques croyent qu’en celaon a porté trop loin le culte de la sainte Vierge, parrapport à celui qui est du à Dieu , 8 c qui est infini-ment au dessus de celui qui est du à la sainte Vierge-Mais quoi qu’il en soit , un des Ecrivains de nosjours qui a le plus excedé en cette matière, c’est le P.Paul de Bari, Jésuite, dans le livre intitulé, le Para-dis ouvert a Phìlagie par cent dévotions a la Mère deDieu , ou il a tâché d’établir des pratiques de piétéenvers cette sainte créature, qui ne s’accordent guéresavec la sage modération qu’un véritable Théologiendoit garder dans les sentimens. Voici quelques-unesde ces pratiques, qui siéront aisément juger de toutescelles qui font répandues dans tout le livre : ,, Choisir„ plutôt l’enfer que si la Vierge n’étoit pas la Mère,, de Dieu ; demander la bénédiction à la Vierge soir„ & matin du côté de quelqu’une de ses Eglises;„ Donner aux pauvres pour l’amour de la Vierge le„ gain du jeu ; Rendre gloire à la Vierge de tous les„ bons succès ; Fléchir cent fois le genouil pour ho-„ norer la sainte Vierge , récitant un Ave Maria à„ chaque génuflexion.; Graver & former sur son„ cœur le nom de Marie ; Aimer ardemment Jesus-„ Christ pour l’amour & en considération de fa sainte„ Mère. Quitter sa pláce du Paradis, si besoin étoit»,, pour ceder à la sainte Vierge; Faire amende hono-,, rable à la Vierge avant le repas ; Avoir toutes sor-,, tes de grands désirs, pour honorer la sainte Vierge;„ Par honneur ne prononcer le nom de Marie en fl"„ sant, mais en substituer un autre ; N’entreprendre,, tien qu’à la conduite & saveur de la sainte Vierge»„ Porter le Rosaire , ou 'Chapelet au col la nuit en„ dormant ; Présenter & offrir à la Vierge ce qu’on a„ de plus cher , la constituant son héritière & vou-,, lant être tout à fait à elle ; Présenter à la Vierge les, cœur de son Fils Jésus ; Préférer l’être de Nôtre -
„ Da-
(d) P- IY 5 -
( e ) Ordinar. Cartusi. c. 17. n. n,
(/) Ibid. n. iï.
(f) Ibid. n. ij.
(h) Ibid. n. 14.
(i) Tit. de Antiphon. 6 . Mar. in fine offic. _ Antiphonas beat*Marise pofítse in fine Píàlterii post Completorium dicuntur
per flexis genibus, praeter quàm tempore Paschali.
».