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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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D E S S U P E R

sainte & l'Oraison dominicale entfau-tres , ér celles que /’Eglise a adoptées dansses Offices divins. Ce qu*on doit juger desOraisons composées par les SS. Tères &far d*autres particuliers. II rìy a que dedeux sortes de Litanies approuvées parV Eglise , celles des Saints , lesquelles onvoit dans les Uvres Ecclésiastiques & cel-les de la sainte Vierge que l'on dit à Lo-rette. décret de Clement VIII. sur lesffiitanies. Examen de quelques Litanies.

T A trente-quatriéme est le Languentibus ìn Purga-I a torio , &c. C’est une piece rimée comme le Sta-bat , mais outrée en bien des Versets dans les ancien-nes Editions, selon les Heures de Notre Dame , a l'usa-ge de Paris.

Le premier Verset dit, que les âmes du Purgatoiresont (a) tourmentées fans rémede : ce qui est contrai-re à la créance de l'Eglise & à la décision du Conci-le de T rente, qui assure (b) que ces âmes sont aidéespar les suffrages des fidelles , & principalement par lesaint sacrifice de l’Autel. C’est pourquoi au lieu deces paroles fine remedio , on a mis dans d’autres Edi-tions , gravi jupplicio.

Le second Verset dit, que la (c) sainte Vierge estune fontaine ouverte qui lave les péchés , & qu’ellefauve tout le monde fans exception. Cette fontaineouverte est, ou le Batême dans lequel tous les péchéssont remis , ainsi que Texpliquent les Pérès 8c les In-terprètes de l’Ecriture sainte sûr ces paroles de Jére-mie (d) , ou la mort de Jesus-Christ , par laquellenos péchés nous sont pardonnés. Mais c’est trop di-re de la sainte Vierge qu’elle a autant de pouvoir quele Batême , ou que la mort de Jesus-Christ. C’estencore trop dire , qu’elle fauve tous les hommes fansexception , puisque Jesus-Christ se contente de lesvouloir sauver , sans toutefois les sauver effective-ment , quoi qu'il soit mort pour eux tous.

Le cinquième Verset dit (e) que la sainte Viergeest le vrai salut de ceux qui espèrent en elle : qui estune qualité particulière au Fils de Dieu , comme onl’a déja observé.

Le dernier Verset dit, (/) qu’elle a le pouvoir deremettre les péchés , 8c il suppose qu’elle est la voyequi conduit au ciel. Cependant il n’y a que Dieuqui remette les péchés , & c’est à lui à qui nous di-sons dans l’Oraison Dominicale » Dimitte nobis débitanostra. Nous ne reconnoissons point aussi d’autrevoye pour aller au Ciel que Jesus-Christ son Fils,qui nous assure lui-même dans son Evangile (g), qu’ilest la voye : que nul ne vient au Père que par lui:Nemo venit ad Pat rem nifi per me ; qu’il est la porte :Ego fum Ostium ( h) ; 8c que si quelqu’un entre parlui il fera sauvé : Per me fi quis introïerit falvabitur.Je sai bien qu’on pourroit donner un bon sens à laplupart de ces expressions ; mais pourquoi ne le•pas donner d'abord ? Pourquoi t’envelopper de paro-les qui en présentent un mauvais?

Cette Oraison au reste n’étoit originairement com-posée que de six versets, dont le dernier étoit , Bene-diéia per tua mérita , ffic. Mais dans plusieurs Heuresnouvelles on y en a ajouté six autres , qui sont plus

(«) Et torquentur sine remedio.

(£) Sess. rp. Decret. de Purgatorio. Cùm Catholica Ecclesia.oocuerit Purgatorium eíTe, animasque ibi detentas, fidelium suf-fragns, potissimum veto acceptabiji altaris sacrificio juvari, &c.( c \ Eons es patens quse culpas abîma , omnes lavas & nuïïum

respuis.

(d) C- *• In die illa erit sons patens domui David , & ha-bitantibus Jerulalem in ablutìonem peccatoris 8c menstruatae.

(e) Vera sains m te fperantium.

(/) Et dimittens eorum débita ad requiem sis eis íèmita.

(e} Johan. 14- 5- E S° sum v ««

(h) Ibid. lo. 9.

5 T I T I O N S.

châtiés & plus conformes aux régies de la faine doc-trine , que les premiers.

La trente-cinquiéme est Y Ego volo Mijfam célébra-re, &c. Je ne sai si les Indulgences de 50 . ans qu’ondit que Léon X. a données à ceux qui le récitent a-vant que de célébrer la sainte Messe , sont véritable-ment de ce Pape , comme le titre le porte. Mais ilme semble qu’elles sont un peu superflues , excessives

6 disproportionnées , & je ne trouve pas que lesCommentateurs des Rubriques du Missel Romain,qui ont quelque nom & quelque réputation , 8c quiont écrit depuis Léon X. en ayent fait aucune men-tion , ni qu’ils ayent recommandé cette prière.

La trente-sixiéme est l’Oraison SacrofanEla dr indi-vidue Trinìtati , £rc. qui se dit depuis quelques an-nées en certaines Eglises , à la fin de l’Office Cano-nial, avant que de se retirer du Chœur. On assure,& c’est une créance assez commune , que Léon X.CO a remis à tous ceux qui la disent dévotement,toutes les méprises & toutes les fautes dans lesquellesils pourroient être tombés par fragilité humaine endisant leur Office. Mais outre qu’il n’est pas pluscertain que cette Indulgence soit de Léon X. que cel-les de Y Ego volo Mijfam celebrare , dr c. outre que PieV. & Clement VIII. successeurs de Léon X. n’ontpoint inféré cette Oraison dans les Bréviaires Romainsqui ont été revus & corrigés par leur ordre ; outrequ’on ne la dit point ni dans les anciennes Eglises,soit Cathédrales, soit Collégiales , ni dans les EglisesMonastiques qui ne se sont point éloignées de leursusages primitifs, jeconnois d’habiles gens qui y trou-vent bien de choies à redire.

r. (4.) On y invite toutes les créatures a rendre lamême louange , le même honneur , la même vertu,& la même gloire à l’humanité de Jesus-Christ » à lasainte Vierge, & à tous les Saints, qu’à la très-sainte& indivisible Trinité. Cependant il y a une diffé-rence notable entre le Culte qu’on doit à Dieu & celuiqu’on doit à l’humanité de Jesus-Christ , à. la sainteVierge 8c aux Saints. On doit à Dieu le culte delatrie , à cause de son excellence ; & ce culte ne doitêtre rendu qu’à lui seul, conformément à la doctrinede l’Ecriture : Vous craindrés le Seigneur votre Dieu;dr vous nadorerés que lui seul ; (l) Vous adorerés USeigneur votre Dieu , dr vous ne jèrvirés que lui seul »(m) Au Roi des siécles immortel , invisible , d PuniqueDieu , font honneur dr gloire dans les siécles des sié-cles (n).

Si on considère l’humanité deJesus-Christ unie hy-postatiquement au Verbe , on lui doit à la vérité lemême culte, non absolument & à cause d’elle-même»mais par rapport au Verbe. Si on la considère seule-ment à cause d’elle-même , & comme séparée du Ver-be , on ne lui doit que le culte de dulie , ou celuid‘hyper dulie tout au plus. On doit le culte d’hyper-dulie à la sainte Vierge , en considération des grâcessingulières dont il a plu à Dieu de l’honorer , 8c ondoit aux Saints le culte de dulie , en vue des perfec-tions surnaturelles de grâce 8c de gloire qu’ils ont re-çûes de Dieu.

Saint Epiphane distingue fort-bien ces deux der-niers cultes de celui qu’on doit à Dieu. Il faut ho-norer Marie (dit-il (n) ) mais il faut adorer le Père»

le

(i) Orationem fèquentem (ce font les propres termes du titre d*cette Oraison } devotè post Officiurrt recitantibus , Léo Papa X.defectus 8 c culpas in eo persolvendo ex humana fragilitate con-tractas, induisit. . .

(k} Sacro-fanctse 8 c individus; Trinitati , Crucifixi Domininostri Jeíu Christi humanitati; beatiffim* 8 c glorioíìssim*, sem-perque Virginia Mari» fœcundx integritati, 8 c omnium Sancto-rum universitati, fitíempiterna l'aus, honor, vittus 8 t gloria abomni creatnra.

(1} Deuteron. 6. i j.

(m) Matth. 4 . 10 .

(») i. Timoth. 1 . tj. _ -

(») H acres. y 9 , Sit m honore Maria , led Pater , Films 8 c S piritus íànctus adoreirtur. Mariant nemo adorer. (Pourquoi donc