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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES SUPERSTITIONS.

le Fils, & le S. Esprit. Que personne n’adore Marie.C’est ce qui se peut aussi appliquer à l’humanité duVerbe considérée simplement en elle-même, & à plusforte raison âux Saints.

■ 2. Il semble que l’adoration qu’on invite de rendreà l’humanité de Jésus-Christ dans cette Oraison estséparée de celle qu’on rend au Verbe , compris fousle nom de la Trinité Sacro-sainte , s’il est permisde parler ainsi , & indivisible. Car on dit d’abord ,Sacro-fanttœ & individu* Trinitati ; puis on ajoute,Crucijixi Domini noflri Jefu Chrifii humanitati , Qrc. &ainsi on rend une adoration à part au Verbe divin, &Une autre adoration à l’humanité de Jefus-Christ. Orc’est ce que le Concile général d’Ephése (a ), en 431.& le second Concile de Constantinople (b) , qui estle cinquième Concile général , en 5 j 3 . condamnenttrès-expressement.

;. On met en parallèle dans cette Oraison (c) laTrinité avec l'humanité de Jefus-Christ, avec la sain-te Vierge & avec tous les Saints : c’est-à-dire, leCréateur avec la créature , l’infini avec le fini, le Sou-verain avec ses sujets, & le Maître avec ses serviteurs.Or ce parallèle est-il juste ? Est-il du goût de l’Egli-se ? Elle ne veut pas même qu’on compare les Saintsles uns aux autres. Il y a de la folie dans ces sortesde comparaisons (dit saint Jerôme (d)). „ Ne vousi, mêlez point (dit le dévot Auteur des Livres de„ 1 ’Imitation de Jefus-Christ^)) dans des questions„ & des disputes non nécessaires touchant les mérites„ des Saints, savoir si l’un est plus Saint que l’autre,„ ou qui est le plus grand dans le royaume des Cieux,„ &c ? U vaut bien mieux honorer les Saints par des„ prières ferventes & par ses larmes, & implorer avec„ un cœur humble le puissant secours de leur inter-,, cession , que de se mettre en peine de pénétrer ce„ qu’il y a de secret & de caché dans leur gloire,», par une recherche vaine & curieuse.

4. On demande à Dieu par cette Oraison (& onespère qu’on l’obtiendra en la récitant) (/) la ré-mission de ses péchés : mais la foi Catholique nous ap-prend , qu’après le Batême , aucun péché ne nouspeut être remis (si ce n’est en cas de nécessité) horsl’usage du Sacrement de Pénitence. C’est-à-dire , 1moins que nous ne le confessions , & que nous n’enrecevions l’absolution d'un Prêtre.

5. Que veulent dire ces paroles , per infinita fautafaulomm , dans les siécles infinis des siécles, ou danstoute l’éternité ? Elles ne se rapportent pas à laus> ho-nor , virtm & gloria. Cette louange , cet hon-neur, cette vertu & cette gloire , font éternelles: Sitfempiterna laus , honor , virtus & farta ; & il scroit

cet éternel reproche d’idolàtrie de la part de* Protestans? L’EglilèCatholique la nie , la deteste : mais les dévots excessifs 8c la po-pulace bigote leur donnent prise, 8c l’Eglife ne les aprouve pas.;

(a) 1. p. c. 26. can. 3 .

(b) En ces termes : Collât. 8. can. 9. Si quis (dit le Concile gé-

néral d'Ephése) hominem assumptum , unà cum ipíò Dei Verboadorandum, unà cum iïlo glorisicandum, una cum ilîo, tanquamalterum in altero existentem , Deum appeîlandum este , dicereauíus íuerit , 8c non una potiùs adoratione Emmanuelem hono-rât , unamque illi glorificationem attribuit , quatenus Verburrifactum est caro, anathema sit. Et le second Concile de Constanti-nople - Si quis in duobus naturis adorari dicit Christum , 8c exquo duas adoratione* introducunt, separatim Deo Verbo 8c fepa-ratim homini : vel si quis, ad interemptionem,, vel ad eonfuíìo-nem Deitatis 8c humanitati* , unam naturam, sive substantiameorum quaz convenerunt introducens , sic Christum adora., lestnon una adoratione Deum Verbum incarnatum cum propriaiplius carne adorat, sicut ab initio Dei Ecclesise traditum est , ta-lis anathema sit. ....

(c) Trinitati , Jefa Christ! humanitati, Maria: mtegritati, 8comnium Sanctorum Universitati.

(d) Epist. ad Princip. Virg. Marcellse viduas Epitaphium. Non

facio ullam inter sanctas feminas differentiam , quod nonnulliinter fanctos viros 8c Ecclesiarum Principes siulté facere confue-verunt. . .

( e ) L a c rS Voyez fur cela Thomas de Cantipre ( 1 . ì. deApib. c. i 9 '. n. ri.) & Colvenerius. (Notis adhune locumCantì-pratensis ) Et Guill. Durand Evêque de Mande si. 7 - «W. Oth. c.41. n. 8.)

(/) Nobisque remissio peccatorum.

inutile , étant éternelles , de demander qu’elles du-rassent dans les siécles infinis des siécles , dans toutel’éternité. Or qu’elle rémijfion des péchés pourra-t-il vavoir dans toute l’éternixé ? Que toute l’éternité sortmalheureuse , ou qu’elle soit bienheureuse, il n’y zpoint de rémission des péchés â espérer dans l’une nidans l’autre.

6. Ce Verset Beata vifcera , &c. & ce Répons,Et beata ubera , &c. fout à la vérité composés de pa-rôles que l’Eglise a consacrées dans ses Offices, & ti-rées de celles de la femme de l’Evangile (g ), qui éle-vant fa voix du milieu du peuple , dit au Fils deDieu : Beatus venter qui te portavit & ubera qtiœ fux-ifii. Mais ils signifient presque la même chose , &ils n’ont aucune fuite , ni aucun rapport avec l’Orai-son qui les précede. Voilà les six raisons qui fontvoir qu’on se passeroit bien de dire le Sacro-sanEt #,&c. à la fin de l’Office Canonial. Mais quoi qu’il ensoit , puisqu’il y a tant d’Oraisons ou malsaites, ouimpertinentes , ou impies , ou contraires à la bonneThéologie , ou superstitieuses , auxquelles on attri-bue faussement tant de vertus extraordinaires & in-croyables , & tant d'Indulgences supposées, excessi-ves , ou disproportionnées , il seroit du devoir desEvêques de veiller attentivement à la révision & à lacorrection des Heures , ou livres de prières dans les-quels ces Oraisons se rencontrent. C’est à quoi 1 E-glise les exhorte , c’est ce qu’elle désire d’eux, c’estce qu’elle leur ordonne dans ses Conciles & dans sesSynodes.

Le Concile Provincial de Bourges (A), en 1528.fous le Cardinal de Tournon, Archevêque de Bour-ges , défend dans cette vtìe aux Imprimeurs d’impri-mer aucuns Bréviaires, Missels, Rituels, Proceffion-naux , aucunes Heures , ni aucuns Livres d’usage,qu’auparavant ils n’ayent été corrigés par les Or-dinaires, ou par des personnes par eux choisies pourcela.

C’est dans le même esprit que le saint Pape Pie V.employa tous ses foins à faire observer le Concile deTrente , suivant les Décrets duquel il fit revoir &corriger les Bréviaires, les Missels, les Heures & lesLivres de prières, ainsi que le raconte (ì) Génebrard.dans fa Chronologie. Mr. de Saintes Evêque d’E-vreux , marqué dans son Synode de l’an 1777. qu’ilest résolu de revoir & de réformer, (kj par l’avis despersonnes de piété, les Livres de prières pour les L ar-ques , les Bréviaires & les Missels pour les Prêtres,& les Rituels pour les Curés. C'est aussi ce que 1 eConcile Provincial de Rouen (/) , en 1581. recom-mande aux Evêques de fa Province.

Le Concile Provincial de Reims (m) , en 1583.

or-

(h) Decret. 17. Decernít fancta Synodu* Provincialis Biturf-cení» quod Breviaria, MislâKa, Baptisteria , Processionalia, Ha-ras, 8c hujustnodi libri quos vocant Ufus non mittantur ad Cbat-cographiam imprimendi, donec ipfì Librarii acceperint exeropk-ria ab Ordinario, aut deputato emendata.

(i) Ad an. t f 66 . Tridentinum Conciliufn servandum cura vif,quantum in ipso fuit : è cujus praefcripto Breviaria , Sacerdota-lia, sive Missalia, 8c preces horarias recensisit.

(k) Multorum de Clero precibus Sc querimonns inducti pro-pofaimus Deo propitio preces horarias pro Lsicis , Breviaria 8cMissalia pro Presbyteris Sc Manualia pro nostras Diaseesis Curatisdiligentius visitare, Sc dcconsilio piorum virorum reformare.

(l) Lorfqu’il leur dit : Cap. de cuit. divin. Hortamur nostrteProvincí* Epifcopoí , ut diiigenter inspirât 8c examinent fua-rum Diœcefeum precuîas horarias, Breviaria, Missalia, Agendasfeu Manualia Curatorum, atque alios libros Ecclelìasticos , ac Ce-remonias , nequid contineant contrarium doctrin* Catholic*"aut vêtis historiis Sanctorum . aut íórtilegiis affine , aut aliquídquod ad sedificatíonem Ecclesiastic* difciplinse, & morum pieta-tem non pertineat.

(ni) En ces termes : Tit. de Breviar. Missa.8c Agendis. Quoniamomnes ritus 8c formula: precandi , Breviario, Miflaíi 8c Agen-dis, íèu Manuali, continentur, hortamur Epiícopos iioílr<v Pro-vincite, ut adhibitis faltem duobus Canonicis , quorum unus abEpifcopo, aller à Capitulo eligatur , diiigenter ínfpiciant 8c exa-minent hujusmodi libros . illisque similes » sicut precuîas hora-rias j ne quid contineant contrarium doctrin* Catholic* Sc veris

L11 a histo-