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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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i;4 DES SUPER

Maria, & chacun en particulier pourroit délivrer parjour une infinité d’âmes du Purgatoire.

Mais outre q-ue ces sortes d’Indulgences font déme-surées , fans cause légitime & fans proportion, Sotoassure (a ), qu’elles font fondées fur une erreur mani-feste, & qu’il est de l’interêt de la Religion distrai-re le peuple de la vérité.

„ La dévotion envers les âmes du Purgatoire (dit-„ il) s’est si fort acrue de nos jours , que les Papes», ont été contraints par l’importunité de quelques„ particuliers , d’accorder , qu’en touchant certains„ grains bénis , & en disant Ave Maria , ou Pater„ nofier, on délivrerait une ame du Purgatoire, pour„ quelque tems qu’elle fut condamnée d’y demeurer,,, & qu’elle s’en iroit droit au ciel.

,, Je n’oferois pas (continue-t-il) appeller cela une„ pieuse fraude , parce que c’est un mot des Héreti-„ ques ; je croi néanmoins que fans faire injure à la„ Religion , on en pourroit dissuader le peuple {b)„ par les raisons suivantes.

„ i. (c) Parce qu’il n’y a en cela aucune cause pieuse„ qui tourne à l’utilité publique de l'Eglise. Car la„ piété qu’on peut avoir pour les âmes du Purgatoire„ ne passe point pour une cause de cette nature, au-„ trément il faudrait dire que Dieu , qui a infini-„ ment plus de bonté pour elles que les hommes n’en„ peuvent avoir , les devrait toutes mettre en liberté„ fans le ministère du Pape & fans le secours des In-„ dulgences, dont il l’a établi le dispensateur.

r. „ (d) Parce que ceux qui disent Ave Maria ,„ ou Pater nofier , ne contribuent rien de leur part,» qui soit assez considérable pour délivrer une ame,, du Purgatoire. Car quelle proportion peut-il y a-,, voir entre un Pater nofier , & la délivrance d’une,, ame des peines immenses du Purgatoire ? S’il en„ étoit ainsi , on pourroit accuser Dieu de trop de„ cruauté , de ce qu’il tourmenterait si rigoureufe-,, ment pendant trois ans, par exemple, une ame dont,» la délivrance ne dépendrait que de dire un Paterr» nofier , ou de toucher un grain béni.

Z. (O Parce que le Pape ne peut donner desln-,, dulgences aux morts , comme il fait aux vivans,,, par maniéré d’abfolution , mais seulement par ma-„ niere de suffrage. Et c’est pour cela qu’il serait„ bien étrange que pour un Pater nofier il fît une ap-„ plication si considérable des trésors de l’Eglife.

4. „ (f) Parce que le Pater nofier fe dit souvent„ par des personnes qui font en état de péché mortel,„ & auxquelles par conséquent il n’est d’aucune va-„ leur auprès de Dieu. Desorte que le Pape y attri-,, bue des Indulgences autant qu’il peut y en attri-„ buer ; mais il ne faut pas croire qu’il ait intention,, que ce qu’il y en attribue ait autant de force que„ s’imaginent ceux qui le disent.

„ (g) Que s’il n’y avoit point d’autre inconvénient

(a) Ibid. Si talis error eiTet manifestus , tune potius est Reli-gionis officium veritatem docere.

(b) Hanc ego non dicam piam fraudem , quia Hxreticorumverbum est , íed tamen citra Religionis injuriam posset hoc po-pulo dissuaderi.

(e) Quia nulla hic interest cauíà pia in coramunem utilitatemEcclesix. Nam pius affectus in defunctos non reputatur causa ;illa enim ratione Deus per fe animas omnes inde liberaret.

(d) Quia neque ex parte facientis quod Indulgentia jubet , ali-quid prxstatur quod ad tam ingentem effectum ullius fit momen-ti. Qu id enim refert dicere Pater nofier, ut anima à tam immo-dicis tormentis eruatur ? Profectò dira: crudelitatis arguereturDeu,, si animam tribus annis tam atrociter contorqueret, cujustamen liberatio ex uno Pater nofier penderet 8c calculi tactu.

(e) Prœsertim quod Papa non potest defunctis Indulgentias con-forte per modum abíblutionis , ut vivis, fed per modum fuffra-gii. Et ideo mirabile est quod per unum Pater nofier , thefauro-rum Ecclesix tam insignis eífectus applicetur.

(/) Prxterquam quod illa Oratio plurimùm ab iis qui sunt inpeccato mortali fit , qux ideo apud Deum nullius valoris est.Concestìt Papa quantum concedere potuit , lèd non est creden-dUm credidistè fuam conceffionem tanti esté , quanti supplicato-res valets putabaiit.

(g) Atqui fi íub hac populaii opinione nihil aliud nocumenti la-teret, quarta quod fortè populum fauit, nullum esset periculum

S T I T I O N S.

,, caché fous cette opinion populaire , sinon qu’elîe„ trompe peut-être les simples, il n'y auroit nul dan-,, ger de l’abandonner à cause de l’apparence de piété„ qu’elle a. Mais si elle avoit lieu , ceux qui en se-rf raient prévenus n’auroient aucune appréhension du„ Purgatoire. Cette appréhension cependant, après,, celle de l’Enser , est ce qui détourne les hommes,, du péché; & le Purgatoire n’en causerait aucune,,, si on pouvoit s’en délivrer pour un Pater nofier.

„ f b) C’est pour cela que le Pape Adrien VI. n’a„ point fait difficulté de dire, (/)que si le souverain,, Pontife accordoit une Indulgence pléniere à tous,, ceux qui donneraient une obole pour délivrerquel-„ qu’un de l’exil , ce seroit une dissipation, & non„ une dispensation des Indulgences.

On doit donc regarder comme suspectes toutes lesIndulgences auxquelles on prétend qu’est attachée ladélivrance des âmes du Purgatoire , & qui se peuventgagner pour peu de chose. Maldonat ( 4 ) le marquepositivement par ces paroles. „ Le Pape (dit-il) ni„ les Evêques ne peuvent , ni ne doivent, en don-,, nant des Indulgences , fe servir de cette formule:„ Quiconque séra ceci , ou cela , délivrera une ame,, du Purgatoire : parce qu’ils ne savent pas combien,, cette ame , qu’ils veulent délivrer, est redevable à„ la justice divine , pour juger si le suffrage qu’iîs„ ordonnent est suffisant de la délivrer ; & que ne le„ sachant pas ils ne sauraient assurer fans témérité,„ que quiconque séra une telle chose délivrera une„ ame ; & encore moins qu’il la délivrera ou par le„ moyen de quelques menus suffrages, comme en ré-„ citant une ou deux fois l’Oraison Dominicale , ou,, en disant, ou en faisant dire la Messe à un tel Au-„ tel , ou à un autre ; car assurément Dieu serait„ très-cruel, si pour un Pater nofier, qu’on n’auroît„ pas dit , il retenoit dans de si rigoureux supplices„ une ame pour laquelle il a répandu son sang.

„ La douzième observation regarde les Indulgences„ accordées à ceux qui portent le Cordon de Saint„ François de Paule. Elles sont marquées dans la„ troisième Régie de ce Saint (/) , expliquée par Je„ V. P. C. L. J. Religieux de l’Ordre des Minî-„ mes , & imprimées à Paris l’an 1640. Elles sont„ souvent plénières ; elles remettent les âmes en un„ état d’innocence , comme si elles venoient d’être„ batisées ; elles sont gagner celles des Eglises Sta-„ tionnaires de Rome, en disant cinq sois Pater nofier,, & Ave Maria , dans une des Eglises des Minimes;„ elles sont participer aux Indulgences & aux Privî-„ lèges des Religieux Mendians & des autres Ordres;„ on les gagne pour ioo. jours , pour 300. jours,,, pour 5. ans , pour 10. ans , pour 30. ans , pour„ 40. ans , pour 60. ans & pour autant de quaran-„ taines , pour 100. ans , pour 300. ans & deux

„ jours,

illam relinquere propter imaginem Religionis quam habet. Seàtamen illis, qui eam crederent , metus Purgatorii radicitus evei-leretur. Id enim quod, prseter infernum hommes à peccato ar-cet, est Purgatorium; 8c tamen si tam facile evaderetur, nullumpostât ingenerare metum.

(h) Unde Adrianus ipfe , quia Papa fuit, non fuit veritus di-cere , quod cum Prxlatus pro exilii causa , putà omnibus con-tribuentibus unum stuferum , dat plenam omnium peccatorumremiffionem, diífipatio est, 8c non dilpenfatio Indulgentiarum.

(t) Qusest. de Clavibus.

(k) Tract, de íàcram. to. r. de Indulg. q. 6 . Neque postentPapa, vel Epifcopi, neque debent uti hac forma: J£ui hoc, vdìlLud fecerit, liberabit unam animam Purgatorio : quia nemo íi-lorum scit, quantum debeat pœnarum illa anima , qux liberandaest, ut judicare postât fatis este illud fuffragium quod prxcipit adliberandam illam. Cùm autem hoc ignoret, non potest nrsi te-rriers dicere : fecerit hoc , liberabit unam animam. Muitò

autem minus possunt injunctis levislâmis suffragiis , ut récitaisOrationem Dominicam íèmel aut iterum , aut celebrare sacrumin hoc altari , vel illo. Nam Deus esset profectò crudeliffimus ,si propter unam Orationem Dominicam , qux non diceretur, a-nimam pro qua fudit suum sanguinem , detìncret in tantis tor-mentis. „ -,

(/) Chap. 6. Art. ». Sect. ». des Instruit, ■ Moral. p. iSo. »

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