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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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r 46 DES SUPER

res Confréries, qui promettent la rémission des pé-chés & le Paradis a aussi bon marché que ceux de laConfrérie du Tiers Ordre de saint François. Ce quiest étonnant c’est que Rodrigués (a) témoigne queles Freres Mineurs & tous les autres Religieux qui ontcommunication de leurs Privilèges, toutes les Reli-gieuses, tous les Novices, tous les Donnés, tous lesOblats peuvent tous les jours gagner les Indulgencespresque innombrables des Stations de Rome, en visi-tant les Eglises de leur résidence, & en disant cinqfois Pater no fier , & Ave Maria , avec un Gloria Patrià la fin de chacun, & un autre Pater nofler & AveMaria , avec un autre Gloria Patri pour le Pape ; ouen visitant les sept lieux qui leur font spécialement de-signés en mémoire des sept Eglises Stationnaires deRome, & en disant les sept Pseaumes Pénitentiaux a-vec les Litanies, ou un certain nombre de Pater nofler■,s’ils ne savent point lire, ou qu’ils soient Laïques. Siaprès cela les Religieux ne font pas sauvés, ce ne ferapas manque d’Indulgences.

Je laisse maintenant aux Sages à décider ce qu’ondoit croire des Indulgences plénieres & non-plénieres,de plusieurs jours & de plusieurs années, que l’on ga-gne, à ce que l’on prétend, en faisant {b) de petiteschoses, en donnant de légeres aumônes, en récitant desprières fort courtes, en recevant des bénédictions, envisitant certaines Eglises, en portant fur foi certainsChapelets, certains Grains, certaines Images, certainsHabits, certaines Croix, certaines Médailles, certainsinstrumens de dévotion. Je crains fort qu’on nepuisse dire avec saint Cyprien (c) de la plupart de cesIndulgences, que la paix qu’on en espère n'est bonneà rien, qu’elle est fausse, qu’elle est dangereuse pourceux qui la donnent, & inutile à ceux qui la reçoi-vent.

VI. Ce sont encore des Indulgences qui excédentle pouvoir de cèux qui les donnent, sc qui par cetendroit font suspectes du culte superflu & de la vaineobservance, que celles qui promettent l’abfolution detoutes fortes de péchés, quoiqu’on ne soit ni contrit niconfessé. Car outre que les Bulles & les Brefs des In-dulgences portent ordinairement qu’elles ne s’accor-dent qu’à ceux qui ( d ) font contrits & confessés,quand on n’est (e) ni contrit, ni confessé, on n'estpoint en état de recevoir l’absolution, ni par consé-quent de participer aux Indulgences qui sont une es-pèce d’absolution, ou plutôt de relaxation des peinesimposées pour les péchés.

Nous lisons néanmoins dans l’histoire de Milan deBernardi Corio (/), que le Pape Bonisace IX. donnades Indulgences de cette façon aux Milanois en 1591.à des conditions assez particulières. „ L’an 1391.„ (dit cet Historien, selon sédition de Milan en

(a) To. î. qq. Regular. & Canonic. q. 89. art. 2. Has autemIndulgentias ( dit-il ) possunt quotidie lucrari Fratres 8c Sorores,8t Novitii, Donati & perpetuo oblati, vilìtando Ecclesias, inquibus morantur, 8c dicendo quinquies Pater nofler 8c Ave Ma-ria, cum Gloria Patri, in fine cujuslibet, 8c unum Pater nofler8c Ave Maria cum Gloria Patri pro sua Sanctitate ; vel visitandoseptem loca députa ta spécialiser in memoriam septem principa-lium Ecclesiarum urbis Romas, & dicendo septem Píàlmos Pce-nitentiales cum Litania ; 8c Laïci dicendo certum numerum Pa-ter nofler , fíbi à Superioribus prxtaxatum.

( b ) Telle est, par exemple l’Indulgence pleniere de 100. joursaccordée, dit-on, par le Pape Clément XI. 8c affichée commetelle par tout le Tyrol pour ceux qui observeront ce qui fuit. Enentrant dans une maison l’on doit dire à l’hôte du logis, je te sa-lue & J. C. A ce compliment l’hôte s’avance en présentant lamain à l’ami ou à l’étranger, 8c lui répond qu’il soit loué lui ct*la S. v. fa rnere. Quel est le mérité d’un tel íàlut?

. (0 Serm. de lapsis. Irrita 8c falíà pax, periculosa dantibus, 2 cnihil accipientibus profutura.

(d) Contritis 8c confeffis.

(e) L. 5. Catechis. in Explicat. Sacrament. c. 45. Capax Indul-gentiarum non est (â le savant Hessels, qui ajflsta au Concile deTrente en qualité de Deíleur en Théologie de l’Univerflté de Lou-vain ) nisi qui légitime contritus est 8c confeffus, ut omnes Bul-lae, seu formula: Indulgentiarum habent, contritis videlicet ct*confeffis-, quia qui non e “ c °ntrìtus, 8c confeffus non potest ab-solvs Indulgentia autem non est aliud quam qusdam absolutio.

(f) Z- ki»rt.

S T I T I O N S.

,, 1503. ) au mois de Janvier, l’Indulgence étant si-,, nie à Rome, & les peuples de la Lombardie n’ayant,, pû y aller, à cause de la guerre & des troubles de,, ce tems-là, le Pape Bonisace IX. à la priere de Jean,, Galeazzo Visconti, accorda à la ville de Milan cet-„ te Indulgence en la même forme qu’elle l’avoit été à,, Rome : savoir que tous ceux de la Seigneurie de„ ce Prince, quoi qu’ils ne fussent (g) ni contrits, ni„ confessés, seraient absous de tous péchés en cette„ ville; à condition d’y demeurer dix jours de fuite,,, & d’y visiter chaque jour cinq Eglises, qui sont,, la principale ou grande Eglise dédiée à la sainte Vier-„ ge, & celles de saint Nazaire, de saint Laurent, de„ saint Ambroise & de saint Simplicien, offrant à la», premiere de ces Eglises les deux tiers de la dépense», qu’ils auroient faite allant à Rome ; de laquelle ob-„ lation deux parties demeureraient à la fabrique de„ cette grande Eglise, & l’autre serait pour le Pape”.Mais il n’est pas vrai-semblable que ce Pape ait donnéde telles Indulgences.

CHAPITRE XV.

Suite du même sujet.

Les Indulgences trop fréquentes regardentle culte superflu , 4a vaine observance &quelquefois même le faux culte. Celles desEglises Stationnaires de Rome , & cellesdes Eglises & des Confréries des Régu-liers font néanmoins fort fréquentes. Cel-les qui font en trop grand nombre font su-perstitieuses , & c'est pour cela que lesConciles & les Râpes ont souhaité qu'onle s réduisit à francien usage de fr Eglise , depeur qu'elles ne devinssent méprisables.Celles où il faut prêter secours , ou donnerde fr argents & ausquelles il y a des quê-tes annexées , font condamnées par deuxBulles de Rie E. Exemples de ces fortesd'Indulgences. Vers remarquables qui é-toïent autrefois au dessus au grand Troncde fr Eglise de saint Etienne de Bourges.Les Indulgences qui rendent méprisablefr autorité de fr Eglise , ou qui énervent sadiscipline , sont superstitieuses. Selon leDo fleur Mavarre les Indulgences font 0-dieuses dans le Droit Canon , & pourquoi .Elles ne ruinent point la Rénitence ; ni laRénitence les Indulgences ; la Rénitence& les Indulgences au contraire s'ent r ai-dent & se soutiennent.

VII. T Es Indulgences qui sont trop fréquentes re-I j gardent aussi le culte superflu & la vaineobservance, & quelquefois même le faux culte. C’estdans cette vue que le Concile des Cardinaux & desautres Prélats de Paul III. déclarèrent à ce Pape (h ),qu’il ne falloit donner des Indulgences qu’une foisTannée en chaque ville principale.

C’est aussi pour cela que Soto (i) fe plaint que lesJubilés sont trop fréquens, & que hien loin de nevenir que tous les cent ans, comme Bonisace VIII.l’a ordonné, ou que tous les cinquante ans, selon ladisposition de Clément VI. ou que tous les trente-

trois

(g) . Si anche non foslè contrito ne confefso.

(h) Nec indulgentiae item dandse estent, nlíi lemel in anno Wunaquaque iníïgnium civitatum.

(>) In 4. dist. Li. q. 2. art. I.