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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES SUPERSTITIONS.

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trois ans, suivant l’intention d’Urbain VI. de MartinV. & de Grégoire XI. {a) ou que tous les vingt-cinqans, ainsi qu’il a plu à PaulII. à Sixte IV. à Alexan-dre VI. à Clément VII. à Jules III. à GrégoireXIII. à Clément VIII. & à Urbain VIII. de le fi-xer, on en a (b) quelquefois plusieurs en une mêmeannée, 8 c pour des raisons qui ne sont peut-être pastrop importantes : ce qui rend méprisables les Indul-gences qui y sont attachées. 11 fait ensuite (c) lesmêmes plaintes des Indulgences plenieres, & de cellesqui fe donnent pour la délivrance des âmes du Purga-toire, & il dit qu’elles font trop fréquentes, & qu’àmoins qu’elles ne soient sondées fur des raisons évi-dentes, il ne fe peut faire qu’elles ne ternissent enquelque façon l’éclat 8 c la beauté de l’autorité de l’E-glife. Mais comment accorder ce sentiment avec lesIndulgences si fréquentes des Eglises Stationnasses deRome, 8 c avec celles des Eglises & des Confrériesdes Réguliers ? Kemnice (d) nous reproche que selonle Livre des Stations de Rome qu’on a déja cité, il ya tous les jours dans l’Eglise de saint Jean de Latran48. ans & 48. quarantaines d’Indulgences, & la ré-mission de.la troisième partie de tous les péchés; au-tant dans celle de de saint Pierre ; autant dans celle desaint Paul; autant dans celle de sainte Marie Major;autant dans celle de saint Laurent; autant dans cellede saint Sébastien; dans celle de sainte Croix de Jéru-salem 48. ans; dans celle de Notre-Dame d 'Ara cœlì ,1000. ans; dans celle de saint Silvestre, 400. ans;dans celle de sainte Praxéde, 3 00. ans; dans celle desainte Marie la Neuve , 200. ans, & autant dans cellede sainte Marie au delà du Tibre; dans celles de saintBarthelemi, de saint Jean de l’Iíle, de saint Grégoi-re, de saint Côme & de saint Damien , de saint A-drien & de sainte Barbe, 1000. ans chacune; danscelle de saint Anastase, 4000. ans; dans celle de saintJacques, 1500. ans; & dans celle du saint Esprit11000. ans.

Santarel (e) dit la même chose des Eglises de saintPierre, de saint Paul, de sainte Marie Major, dé saintLaurent, de saint Sebastien & de sairte Croix deJérusalem.

Rodrigués (f) dit que selon quelques-uns il y atous les jours dans les Eglises des Stations de Rome,4000. ans & 150. quarantaines d’Indulgences ; que (F)selon une ancienne inscription, il y a dans tous lesrems de l’année Indulgence pleniere pour ceux qui vi-sitent l’Eglise de saint Jean de Latran; & qu’il (h) ya tous les jours 48. ans & autant de quarantaines d’In-dulgences, & la rémission de la troisième partie detous les péchés, pour ceux qui visitent les Eglises desaint Pierre, de saint Paul, de sainte Marie Major,desaint Laurent, de saint Sebastien 8 c de sainte Croixde Jérusalem.

Les mêmes Indulgences ont été communiquées àquantité d’Ordres Religieux, de Congrégations & deSociétés Régulières, à quantité d’Eglises & de Con-fréries , où par conséquent elles ne sont pas moins fré-quentes. Cependant la Congrégation des Indulgen-

(«) Ex Vivaldo m Candelab. aur. p. 1. tit. 9. n. 16. 8c 27. EtSantarello tract, de Jubil. c. 1. dub. 3.

(b) Sed jam ( dìt-il ) nec exspectantur anni quiquaginta, ne-que viginti quinque, neque veto annus integer. Nescio equi-dem an caufarum nécessitas id exigat, tamen tanta Jubiteo--rum frequentia nequit non eorum parere yihpendium. ( Les pro-fits immenses que les Jubilés portent a la Cour ck Rome &aux Ecclésiastiques Ultramontains ont rendu les Jubiles tres fre-

quens.) . , , . • • r

(c) Art. 2. Negari non potest quin Indulgentiarum nimia rre-quentia, maxime in tanta copia ut passim concedatur Indulgen-tia plenaria, & redemptio animarum à Purgatorio, nisi caufefint manifeste > non potest non decorem hujus auctoritatis aliqua

ex parte offuscare. , - , ,

(d) Exam. Concis Trident, p. 4. Decret. de Indulg. c. 4. Tit.fie Indulg. Station, in Eccles. urbis Rom*.

(e) Tract, de Jubil. c. 2Ó.

(/) In qq. Re'gul. 8t Canons q. 89. art. 2.

Ot) Ibid. q. 90. art. 1.

W <1- ead. art. 2. z. 4. y. 6. & 7.

ces & des Reliques nous dit dans le Decret qu’on arapporté tout entier dans le premier chapitre de ce Li-vre , „ Que les Indulgences des Stations de Rome ne„ peuvent servir que dans les jours expressément mar-,, qués dans le Missel Romain”: ce qui ne s’ac-corde pas à ce que disent Kemnice, Santarel, & Ro-drigués.

On a remarqué dans le chapitre quatrième de ceLivre, qu’il y en a de fréquentes chaque mois del’année, pour la Confrérie du Cordon de saint Fran-çois , qui sont spécifiées dans les cinq livres qu’on acités.

11 y en a aussi de fréquentes chaque mois de l’an-née pour la Confrérie du Scapulaire, comme on peutvoir dans le Livre intitulé, „ Briéve somme de l’anti-„ quité, grâces, privilèges & Indulgences de l’Or-„ dre & confraternité de la très-sacrée 8 c glorieuse„ Vierge Marie du Mont-Carmel, Par Fr. Guillau-,, me Champchévrieulx, &c. Prieur des Carmes d’Or-„ leans, & imprimé à Orléans en 1604. & dans le,, bries Traité des Indulgences, 8 cc. de Fr, Jean Maf-„ queret, Religieux Carme, &c”. imprimé a Rouenen 1606.

Les Freres Prêcheurs en ont encore de fort fréquen-tes pour la Confrérie du Rosaire. Elles font marquéesau chapitre 14. du livre qui a pour titre, „ Les mer-„ veilles du Rosaire, par le P. Réginal Cavanac ”, del'Ordre de saint Dominique , & qui est imprimé àToulouse en 1619.

Celles de l’Archiconfrérie de la Ceinture de saintAugustin 8 c de sainte Monique sont expliquées fortau long dans les Instructions pour ceux de cette Ar-chi-confrérie, imprimées à Paris en 1635.

Rodrigués (*) assure, qu’il y a tous les jours 40.ans & 300. jours d’Indulgences pour ceux qui visi-tent les Eglises des* Freres Mineurs. Les Feuillansen ont de si fréquentes dans les Eglises & les Chapel-les de leur Ordre, qu’il y en a tous les jours de l’an-née de plénieres, avec la rémission de tous lès péchés»selon le raisonnement de Jean Dominique Spinoïa,Pro-tonotaire Apostolique, dont le P. Augustin de laVierge Marie, Carme de l'Etroite Observance, rap-porte la conclusion que je cite ci-dessous (kj). Ensuitede quoi ce Carme témoigne que les autres Ordres desReligieux Mendians ont les mêmes Indulgences queles Feuillans, en vertu des communications qui leuront été faites des Privilèges des autres Congréga-tions.

On peut encore mettre au rang des Indulgencestrop fréquentes celles qu’on dit être annexées à cer-tains Chapelets, Grains & Reliquaires, à certainesCouronnes, Croix, Images 8 c Médailles, 8 c à cer-tains autres instrumens de piété, & qu’on prétendque l’on gagne toutes les fois qu’on les porte, qu’onles dit, qu’on les baise, qu’on les salue, ou qu’onles regarde.

Or si l’on doit rarement accorder des Indulgences,8 c si elles deviennent méprisables lors qu’elles font tropfréquentes, que peut-on penser, que peut-on dire decelles qu’on vient de rapporter, qui font en outre ex-cessives & difproportionnées (/) ?

VIII.

(i) Supr. q. 95. art. ».

(k) In Privileg.omni. Religios.Ordin. 8tc. V. Indulgentise còn-cessie visit. Eccles. Mendie. Ergo nulli dubium esse débet quinFulienses habeant in omnibus 8c quibuscumque Ecclesiis, vel Ca-pellis, in quoeumque totius anni die plenariam Indulgentiain at-que omnium peccatorum remissionem, &c.

(/) On a très bien remarqué que le plus grand mal de ces excésest que le peuple regarde généralement les Indulgences com-me un moyen qui réparé fort commodément les péchés - &d’autre côté les Moines & plusieurs Ecclésiastiques intéressésvoyant les profits immenses qu elles pouvoient leur produire, n’ontrien négligé pour fortifier cette opinion. La Relieion a ressemblépendant long-tems a un Theatre fur lequel plusieurs Charlatanspronoient leur orviétan a l’envi les uns des autres. Je prie le Lec-teur de passer cette comparaison qui n’attaque point la Reli-gion. ^