M * DES SUPER
VIII. Les Indulgences qui sont en trop grand nom-bre, sont autant superstitieuses que celles qui fonttrop fréquentes, puisqu'elles regardent le culte super-flu & quelquefois même le faux culte. C’est pour ce-la que le Concile de Trente souhaite (4) qu’on rédui-se les Indulgences à l’ancien usage de l’Eglise, decrainte que la discipline Ecclésiastique rie s’afFoibliíTepar la trop grande facilité qu’on a à les accorder.
Le Concile Provincial de Rouen {b) en 1581. nesouhaite pas avec moins d’empreíTement que le Conci-le de Trente, la réduction des 'Indulgences. „ Nous,, respectons ( dit-il) la puissance que Jesus-Chri.st a„ donnée à l'Eglise d’accorder des Indulgences, &,, nous reconnoiísons que leur usage est salutaire au,, peuple Chrétien: Mais nous estimons qu’on doit,, faire de très-humbles supplications à notre très-saint,, Pere le Pape, afin qu’il les réduise selon la pratique„ ancienne & louable de l'Eglise, parce qu’étant si„ communes, elles deviennent méprisables, & que„ tout le monde s'imagine qu’on ne les propose aux„ jours de Fêtes solemnelles que pour en tirer du,, profit.
Le Cardinal Bellarmin (c) loue le Pape ClémentVIII. de ce qu’il travailloit à mettre à exécution leDecret du quatrième Concile général de Latrán, &celui du Concile de Trente touchant la réduction desIndulgences. Il assure comme une chose très-con-stante , que les anciens étoient extrêmement réservés àen accorder; que le Pape Serge II. n’en donna quede trois ans 8 c de trois quarantaines à ceux qui visi-teroient l'Eglise de saint Martin des Monts, le jourde la Fête de cette Eglise; que Pascal II. n’en donnaque de 40. jours ; qu’Innocent III. témoigne que lesaint Siège n’a pas accoutumé d’en donner de plus d’unan, ou de 40. jours. Celles que Nicolas IV. a don-nées à l’Eglise de sainte Praxéde ne s'étendent pas plusloin; & saint Thomas rapporte qu’on n’en donne quede cinq ans à ceux qui viennent d’outre mer en pè-lerinage au tombeau des Apôtres a Rome ; que de troisans à ceux qui y viennent d’au delà des Monts ; 8 cque d’un an à ceux qui y viennent des autres lieuxplus voisins.
Le Cardinal Baronius (d) loue auffi le Pape ClémentVIII. pour le même sujet : car après avoir rapporté uneancienne inscription qui est à (e) l’abside de l’Eglise desaint Silvestre & de saint Martin, où il est marquéque Serge II. donna des Indulgences de trois ans &de trois quarantaines à ceux qui visiteroient dévote-ment cette Eglise le jour de la Transtation des corpsSaints qui y réposent; il dit qu’on voit par là l’ancienusage des Indulgences, fur lequel Clément VIII. in-spiré de l’Efprit de Dieu a entrepris de réduire les con-cessions démesurées qui s’en font, & qui ne tendentqu’à rendre les fidelles plus relâchés. Mais il parle en-core plus précisément ailleurs (f) de l’usage où étoientanciennement les Papes de donner des Indulgences.C’est lors qu’après avoir rapporté les paroles d’un an-cien Mémorial de l’Eglise de Ferrare, par lequel ilparoît qu’Alexandre III. consacrant le maître Autel decette Eglise, accorda à tous ceux qui étant vraimentpénitens & confessés, le visiteroient, un an d’Indul-
( a ) SeíT. if. Decret. de Indu!. In Indulgentiis concedendisjux-ta veterem 8c probatam m Ecclesia consuetudinem adhiberi cu-pít, ne nimia facilitate Ecclesiastica disciplina enervetur.
(b) Tit. de Episcop. offic. n. 5.
(c) L. 1. de Indulg. 2. 12. Veteres parcissrmos fuisse in In-dulgentiis concedendis notiffimum est.
00 Ad an. 847. n. 7. Hue usque ( dit-il ) vêtus monumentum ,stuo etiam pristinum ufum sacrarum Indulgentiavum expressumhabes. Ad quam laudabilem antiquam formam S. D. N.ClemensPapa VIII. non sine divino instinctu effusas nimis Indulgentia-rum conceffiones restringere aggressus est. Fiunt enim potiùs re-miffiores vasta Indulgentiarum ìaxitate fideles.
(e) La partie de l’EgKse dans laquelle est l’Autel.
(f) Ad an. H 77 - Quibus videas ufum ejus temporis conce-dendi pet Romanos ontifìces Indulgcntias, quse unius anni ter-minum non excederent, praeterquam in expeditione Terrae-San-
; ut constat ex ains auorum etiam Pontificum diploma*tibus.
S T I T I O N S.
gencé pour les péchés mortels, & la rémission de laseptième partie des péchés véniels, il dit, qu’on voitpar là l’usage que suivoient alors les Papes dans l’oc-troi des Indulgences, & qu’elles n’excédoient pointle terme d’un an, horsmis celles qui étoient donnéespour la conquête de la Terre-sainte, ainsi qu’il est vi-sible par d’autres Bulles des autres Papes.
,, Enfin le Cardinal de Richelieu dans son Traité„ des Controverses (g), convient que l’Eglise a con-,, damné de tems en tems les abus qui se glissoient en,, la dispensation des Indulgences , & a tâché d’en„ modérer l’usage; & que le Concile de Trente vou-„ lant de plus qu’on les donne avec la retenue del’an-,, cienne Eglise, les réduit à un état bien modé-„ re: étant certain, qu’anciennement il s’en donnoit„ peu, & ne s’en donnoit jamais fans juste 8 c légiti-,, me cause.
On peut rapporter à cet article ce qu’on a dit dansle chapitre précédent des Indulgences de plusieursmilliers de jours, de roo. ans, de zoo. ans, de 1000.ans, de 2000. ans ou plus, qui font proprement desIndulgences en trop grand nombre.
IX. Les Indulgences où il faut prêter secours ( ou,comme l’on dit, manus funtporrigend a adjutrices) 8 c don-ner de l’argent & ausquelles il y a des quêtes anne-xées, ne font pas moins superstitieuses que celles quele quatrième Concile général de Latran appelle indis-crètes & superflues. Car comme les Indulgences en gé-néral ne s’accordent que pour exciter la piété des fi-delles à travailler à leur salut par les bonnes œuvres &les fruits dignes de pénitence, c’est un faux culte 8 cun culte superflu de s’en servir pour attraper de l’ar-gent 8 c en faire un commerce honteux, ainsi que fontles Quêteurs des Hôpitaux, des Monastères & desConfréries.
Voilà pourquoi le saint Pape Pie V. (h) a révoqué,
cassé
( g) L. 4. C. y.des Indulg.
(h) Nos ( dit-il) qui Deo propitio gregîs Domînici, meritislicet insufficientibus ‘ curam gerimus,- & iflum spiritualis theíàurielargitione cupimus ipsi Deo reddere acceptabilem , ex rationabi-libus causis animum nostrum moventibus , selicis recordationisCalixti IV. Clementis VII. Pauli III. Julii similiter III. & diverso-rum aliorum Románorum Pontificum prsedeceflòrum nostrorumvestigiis inhérentes, Motu proprio non ad alicujus nobis superhoc oblata; petitionis instantiam, sed de mera nostra voluntate acdélibérations, omnes 8c singulas Indulgentias, etiam perpétuas,8c peccatorum remiffiones fabricae 8c Ecclesia: Principìs Aposto-lorum 8c S. Joannis Lateranenlìs, nec non íàncti Joannis Hiero-íblymitani, etiam pro constructione 8c sedificatione illius novaecivitatis praedictis, 8c quibusvis aliis Hospitalibus, Monasteriis,Ecclesiis, Domibus, Militas, Ordinibus etiam Mendicantium,Congregationibus, Confraternitatibus, 8c Universitatibus Sc plislocis, illorumque Ordinibus, Capitulis, Conventibus, Magistris,Superioribus, 8c tam Satcularibus, quam quorum vis etiam Men-dicantium Ordinum, Regularibus perí’onis, tam singulariter,quam univeriâliter, per quoscumque Romanos Pontifices praede-cessores nostros, ac etiam Nos, sub quibuscumque tenoribus 8cformis, accum quibusvis clausulis 8c decretis, etiam motu pro-prio 8c ex certa scientia, ac ex quibusvis etiam urgent!stimis cau-sis , etiam cauíà Redemptionis Captivorum , 8c aliàs quomodoli-bet concessis: pro quibus coníèquendis manus funt porrigendaïadjutrices, 8c qux qusestuandi facultatem quomodolibet conti-nent, illarum omnium tenores, formas, derogationes 8c décrétaprassentibus pro expreffis habentes, auctoritate Apostolica tenoreprtesentium perpetuò revocamus, caílàmus, irritamus 8c annulla-mus ac viribus vacuamus. Et infuper perpetuò hac nostra vali-tura constitutione decernimus, quod ex nunc de csetero íub indi-gnationis nostré pœna , prsetextu Indulgentiarum 8c fàcultatum.per quoscumque Romanos Pontifices prsedeceffores nostros, acnos & Sedem Apostolicam, etiam Motu simili, ac Sedis Aposto-lica; Legatos 8c alias quomodolibet concestàrum, 8c quas à Nobis8c Sede praedicta in posterum , verbo, litteris, aut quavis aliaícri-ptura, etiam manu nostra signata, etiam cum clausula quòd íbksignatura sufficiat, etiam in favorem fidei, aut Cruciatx sanctse,vel cujuscumque alterius piat causae, etiam privilégiât», concediquomodolibet contigerit, nullus quavis, etiam Episcopali, Ar-chiepiícopali 8c Pàtriarchali, aut major! dignitate, etiam Cardi-nalats honore, feu etiam regali, vel temporal! excellentia pras-fulgeat, audeat vel présumât qusestus facere, aut Nuntios, Quae-stores, Commissarios, Thesaurarios, Receptores, pro illis reci-piendis, in dictis hospitalibus, Ecclesiis, Domibus, Monasteriis,militiis 8c aliis supranomìoatis, vel pro eis aut illorum nominibusalibi constituere 8c deputare, niíi ex Jpeciau llcentla nostris 8cRomani Pontificis pro tempore existentis, locorum Qrdinarijs,vel eorum in ípiritualibus Vicariis, íeu Omctalibus , derogatio-
neffl