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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES SUPE

îe jour auquel on pourrait gagner cette Indulgence,■saint François étant dans l’Eglife de Portioncule aumois de Janvier 1223.ce divin Sauveur, accompagnéde fa sainte IVÎere, & d’une grande troupe d’Anges,s’apparut à lui à minuit, & lui dit, Qu’il vouloìt quele jour qu on fourrait gagner cette Indulgence fût celui dela fête de saint Pierre aux liens. Ce qui obligea saintFrançois d’aller dès le lendemain à Rome trouver lePape Honoré III. lequel, après qu'il lui eût exposétout ce qui s’étoit passé , confirma l'Indulgence &écrivit aux Evêques d’Assise, de Perouze, de Todi,de Spoléte, de Fuligno,de Nocére & d’Eugubio,der'assembler ce jour-là dans l’Eglise de Portioncule,pour en faire la Dédicace, & de publier l’Indulgencepleniere & perpétuelle qu’il avoit donnée a ceux quiétant contrits & confessés, la visiteraient & y entre-raient depuis les Vêpres du premier jour d’Août jus-qu’aux Vêpres du lendemain. Tout cela fe rapporte assezaux Chroniques des Frères Mineurs qu’on vient de citer.Voilà certainement une Indulgence unique en son ’efpe-ce, & la plus singulière qui fût jamais dans l’Eglife,puisqu’elle a été donnée par Jesus-Christ même, & quetoutes les autres n’ont été données que par des Papes,par des Evêques, ou par d’autres Prélats. Mais fansperdre le respect qui est du à l’Ordre Séraphique, lesRR. PP. Franciscains ne trouveront pas mauvais queje leur propose quelques doutes qui me font venusdans l’esprit sur cet événement si extraordinaire.

1. Si l’histoire deTlndûlgestce de la Portionculeétoit autrefois dans le Martyrologe Romain, impriméà Venise en 1509. & en i;66.d'où vient qu’elle n’estpoint dans celui qu’on lit aujourd’hui dans les Eglisesd’Occident? Ce pourrait bien être parce qu’on n’apas jugé à propos de la faire entrer dans un ouvrage,où l’on a tâché de ne rien avancer qui ne fût confor-me à la vérité : aussi le jugement que fait de cetteIndulgence, le Cardinal de Amanàtìs , ne lui est il pas*fort avantageux pour deux raisons.

L’une, parce qu’il la met au rang des abus qui fépfatiquoient autrefois par les Quêteurs dans la publica-tion des Indulgences. „ Voilà (dit-ilj (a) quel étoit„ le sixième abus des Quêteurs. Ees Frères Mineurs„ font la même chose dans l’Eglife de Notre-Dame„ des Anges proche la ville d’Affisc, où saint Fran-„ çois demeurait ordinairement”.

E'autre, parce qu’il n’en parle que comme d’unechose incertaine & douteuse. (K) Dieu sait (dit-il) cequi en est. Et comme s’il n’avoit pas assez visible-ment marqué le doute où il étoit, il ajoute, (c) sicela est ainsi encore une fois. On ne fe sert point deces façons de parler pour assurer une chose qu’on croitvéritable.

2. Il est fans doute , & on l’a j ustifié ci-devant(d) par des témoignages très-exprès des Papes & des

sanctus, ut qui tantarum erat autor gratiarum , ipse esset & dis-pensator, & quo die eas vellet distribui, palam manifestaret, utiaccidit anno 1223. meníè Januario, dum ab Angelis invitatus,hanc sacram íeciem média nocte ingreíîiis est. Illíc etenim vidensChristum Dominum, cnm Virgine Matre, St multa Angelorumfrequentia stantem, procidit in terrain, humiiiter adorans St pe-tens sibi diem indici, quo Indulgentia à se concessa lucrari posset.Cui Christus reípondit : Volo fit lies illa in qua Vetrus Apoftolusmeus fuit k vinculis abfalutus. Igitur altéra die Franciscus Ro-mani perrexit. Sc lùmmo Pontifici Honorio III. cuncta per ordi-nem retulit, ipsum obnixè deprecans, quatenus confirmare digna-retur eam Indulgentia: lucrand* diem, quam Christus libi deter-minaverat. Acquievit tandem Pontifex , scripsitque EpiscopisAstìíìatensi, Perusino, Tudertino, Spoletano, Fulginatensi, Nu-cerino Sc Eugubino, ut ad Calendas Augusti omnes ad prasdictamaedem convenirent, quam ritu consecratìonis dedicarent, & so-lemniter Indulgentiam hanc plenariam Sc perpetuam publicarentlucrandam quolibet anno, à Veíperis prirnse diei mensis Augusti,usque ad Vesperas secundse diei : dummodo contriti Sc conseil!,tsdcm visitando intrarent.

(a) Loc. cit. Et iste erat sextus abusus istorum Quasstorum.Cui non dissimilis est usus Fratrum Minorum B. Maris de Ange-lis, juxta Assistum, ubi beatus Franciscus vitam suam ducebat.

(b) Quod si verum sit, Deus non ignorât.

(/] ^ iterum si verum sit.

W C. j, n. 4, & y.

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plus célèbres Théologiens, & des Canonistes, quç lesIndulgences, pour être bonnes &c valables, ptmr êtreexemptes de la Superstition du faux culte, du cultesuperflu, & de la vaine observance, doivent avoir unecause juste & raisonnable, qui regarde la gloire deDieu, & le bien public des Etats & de l’Eglise.Mais ni Jesus-Christ, ni le Pape Honoré Tll. n’enrapportent aucune de l’Indulgence de la Portioncule.Us la donnent feulement à la priere de saint François,& en vue de l'assectiòn particulière qu’il avoit pourl’Eglife de Notre-Dame des Anges, ce qui né peutpasser tout au plus que pour une cause particulière.Or Gerson assure dans l'Opuscule de ! absolution de laConfession sacramentelle , (e) q ue quand les Papes don-nent des Indulgences fans cause raisonnable, commepar exemple à la récommenddtion, ou. à la considéra-tion de quelques personnes particulières, ces Indul-gences ne valent pas tant qu’elles sonnent, & qu’ellesparaissent valoir. Soto (/) dit positivement , quece n’est ni une ancienne pratique,ni une véritable cau-se (telle que doit être celle qui est nécessaire pour lavalidité des Indulgences) que dé donner des Indul-gences pour une cause particulière, par exemple, à laconsidération ou à la priere de quelque personne illus-tre , ou pour la dévotion particulière que cette personneaurais à quelque Chapelle, (voilà le cas de l'Indul-gence de la Portioncule) ou à quelque Autel, ou pourfaire paraître l’autorité de celui qui les donne ; Sc il a-joute, que si on en donnoit de la forte, elles n’auroientaucune certitude solide de leur valeur, parce qù’elles neferaient pas tant données pour Futilité de l’Eglife, qu’àla pure supplication dè ceux qui les auroiènt deman-dées.

3. Les autres Indulgences, font autorisées par desBulles, ou des Brefs des Papes , qui font que íes fi-dèles les regardent comme, véritables, &c lés reçoi-vent avec respect. Mais il ne paraît ni . Bulle niBref d’Honoté III, qui aùtovife lTndulgénce de- laPortioncule. Les Cordeliers n’ont point de BulleApostolique. fur cela, comme ìe Cardinal de Amma-ns Vient dè nous le dire. Saint François n’en, voulutpoint; te fur ce que le Pape Honoré III. lui vouloirfaire comprendre qu’il en avoit besoin d’unepour jus-tifier l’Indulgence qui lui avoit Fie accordée , le saintPère lui répondit, „ disent les Chroniques dès Ereres„ Mineurs , Que sit parole lui suffifoit, & àu surplus„ qu’il ne vouloit autre Bulle que la Vierge Marie ,„ Jesus-Christ pour Notaire, & les Anges pour té-,, moins”. Mais enfin si cette Indulgence a été au-torisée par des Bulles ou des Brefs des Papes successeursd'Honoré III. comme les Ereres Mineurs l’assurent,ces Bulles & ces Brefs n’ont été donnés que selon lestile de la Cour de Rome; Si preces veritate 'nitmtur (g);c’est-à-dire, qu’on ne les a donnés que fur l’expofé qu’ona fait que cette Indulgence avoit été donnée par Jesus-Christ même, & confirmée par Honoré ÍII. qui est unechose particulière, & qui n’a pour fondement qúe la vi-sion d’une chose dont on n’a aucune preuve certaine.Que si «Bailleurs on vouloit soutenir que les Lettres

qu’on

(e) Si Prselati dent sine causa rationali has , vel illas Indulgen-tias, ut pro solo intuitu favoris humani, velalio tali modo, nonoportet quòd Indulgentia: tantum valeant, quantum sonant.

(f) In 4. dist. 2i. q. 2. art. 2. Dare Indulgentias nulla immi-nente causa communi, sed ob causam particularem, nempe intuî-tu 2c precibus cujuspiam persons: nobilis , vel propter aliquamsuam particularem affectionem ad aliquod sacellum , vel altare velcerte ad exaltandam suam auctoritatem (ut cum omni obedientiaquse Ecclefiae débetur loquar) nec res antiqua est, nec finceritatemcaufe, qux in Indulgentiis observanda est, prse se ferre videtur.Quare neque solidam habent valoris certitudinem, quia non tam.in utilitatem Ecclesise conferuntur, quàm ex mera supplicationspetentium.

( 5 ) Cette clause est une pure subtilité, qui met à couvert laCour de Rome des abus qu’elle veut bien tolerer, P ar des vuesd’interêt 8cc. En matière de Religion des clauses de cette naturene fervent qu’à maintenir des erreurs: Sc si elles font supportablesaux yeux des Politiques du siécle, elles n’en sont pas moins crimi-nelles devant Dieu,

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