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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES SUPERSTITIONS.

de leurs Messes. Car si une fois le Purgatoire étoitVuide & qu’on le fût , on ne leur feroit plus dire deMesses pour les âmes du Purgatoire-, & on ne fe met-troit pas en peine d’acquitter les anciennes fondationsdes O laits, dont les Eglises fe trouvent souvent si sur-chargées qu’elles font obligées d’en demander la ré-duction. Ainsi on diroit bien moins de Messes qu’onn'en dit aujourd’hui ; & il arriveroit de là qu’on lesdiroit avec plus de préparation & qu’on auroit plusde respect qu’on n’en a pour le plus terrible de nosMystères, par les raisons que nous avons ci-devant(*z)expliquées.

Maldonat, qu’on a déja cité plus d’unejfois, par-le des Autels privilégiés en des termes qui ne paroif-fent pas leur être favorables. „ Le Pape & les Evê-„ ques (dit-il (b) ) peuvent délivrer les âmes du Pur-,, gatoire, pourvu qu’ils ordonnent pour elles autant,, de suffrages qu’elles en ont besoin pour en être dé-„ livrées. Cependant ils ne peuvent , ni ne doivent„ jamais fe servir de cette forte de formule : Quicon-,, que féra ceci, ou cela, délivrera une ame du Pur-„ gatoire ; parce qu’ils ne savent pas de combien de,, peines cette ame, qui doit être délivrée, est réde-,, vable, pour pouvoir juger si les suffrages qu’ils or-,, donnent pour fa délivrance , sont fuffifans ; & que„ ne le sachant pas , ils ne fauroient dire fans témeri-„ té, celui qui féra une telle chose délivrera une ame„ du Purgatoire. Ils ïe peuvent encore moins faire,„ lorfqu’ils n’enjoignent que de très-légers suffrages,„ comme de dire une fois, ou deux , l'Oraison Do-„ musicale , ou de dire une Messe à un Autel ou à,, ust autre. Car assurément Dieu feroit très-cruel,„ si, parce qu’on n’auroit pas dit un Pater noster, il„ retenoit une ame , pour laquelle il a répandu son„ sang , dans d’auffi rigoureuses peines que sont cel*,, les du Purgatoire.

Ce savant Théologien, qui est le premier que j’ayelu qui a parlé, quoique pas tout-à-fait ouvertement,des Autels privilégiés , soutient que le Pape, ni les E-vêques ne peuvent , ni ne doivent jamais fe servir decette formule ; quiconque féra ceci , ou cela, déli-vrera une ame du Purgatoire. Et néanmoins le stiledes Brefs des Autels privilégiés est (c) , que toutesles fois qu’on dira une Messe des Morts à un tel Au-tel pour l’ame d'un défunt, on obtiendra une Indul-gence , en vertu de laquellç cette ame fera délivréedu Purgatoire , ou des perdes du Purgatoire. Maisafin que le Pape ou les "Evêques.pussent , par lemoyen d’une Messe dite à un Autel privilégie ', déli-vrer une ame du Purgatoire, il faudroit qu’ils fussentcombien cette ame doit à la justice de Dieu , pourpouvoir proportionner à fa dette les Indulgences qu’ilsordonnent pour fa délivrance. Cependant ils ne le sa-vent pas, dit ce même Théologien, & ils ne peuventdire fans témérité qu’elle en fera délivrée en vertu decette Messe ; car Dieu feroit très-cruel , si parcequ’on ne l’auroit pas dite, il faifoit rester dans les pei-nes du Purgatoire , qui sont très-vives & très-fen-

u. y. *-■ /•

(b) De Pœnit. To. i. Tit. de Indulg. 6. q. în fine. Solet quse-ri hoc loco, an Papa vel Epiícopi postant animas liberare à Pur-gatorio ? Respondeo poste íllos quidem, iì tantum pro illis íuf-fragiorum prsescribant, quantum necessarium est , ut liberentur:sed tamen neque possunt neque debent uti hac forma : S)uì hocvel ilhtíl fecerit liberabit unam animam a ¥ argot orio quia ne-mo illorum scít quantum debeat pœnarum illa anima , qua- libe-randa est , ut judicare postât satis esse illud fuffragium quod prse-cepit ad liberandam illam. Cùm autem hoc ignorer , non potestniíì temerè dicere : 6)uì fecerit hoc , liberabit unam animant.Multò autem minus possunt injunctis Ieviffimis sussragiis , ut re-citare Orationem Dominicam semel aut item m , a ut celebrare sa-crum in hoc altari , vel illo. Nam Deus esset profectò crudelis-fimus si propter unam Orationem Dominicam , qux non dice-returanimant pro qua fudit suum sanguinem , detineret, in tan-

^(Tconcedimus ut quoties (vel quandocumque) Missa defunc-toTum ad taie Altare celebrabitur pîo anima talis fidelis, ìpla ani-ma Indulgentiam coníèc^uatur > cjuâtCstUS a. Purgatorio (vel a poc-nìs Purgatorii) liberetur.

sibles , une ame pour laquelle Jesos-Christ son fils arépandu son sang. Cette doctrine ne s’accorde pasavec celle des j Autels privilégiés.

9» Le Père Véron, Docteur en Théologie, qui,après avoir quitté la Compagnie de Jésus , sot Curéde Charenton & Prédicateur du Roi pour les Con-troverses , dit en termes formels, que les Indulgencesdes Autels privilégiés ne sont ni suffisantes , ni vala-bles, ,, C’est dans fa Régie génerale de la foi Catho-„ lique (d), où il parle de la forte : Non feulement„ ce n’est pas article de foi, mais il n’est pas aucune-5, ment certain dé plusieurs des càufes particulières„ pour lesquelles les Papes donnent des Indulgences,,» qu elles soient suffiíantes, comme moyennant quel—„ ques petites prières ou aumônes , ou disant une,, Messe pour les Morts fur un Autel privilégié; ni,, partant que ces Indulgences soient valables ". Orsi elles ne sont ni suffisantes , ni valables, d’où vientqu’on nous les donne pour telles, & qu’on nous assu-re que celles des Autels privilégiés en particulier peu-vent servir à délivrer infailliblement les âmes du Pur-gatoire ? Mr. Holden , Docteur en Théologie de laFaculté de Paris , nous assure du contraire dans sonAnalysé de la foi divine (e) , où il témoigne que leshommes ne savent en aucune façon si les prières Sc lesoblations que l’on fait pour les Morts , & même lesM esses qu’on dit pour leur repos à des Autels privilé-giés , leur sont avantageuses par le moyen des Indul-gences qui sont données pour cette fin , autrementque par maniéré de suffrage, c’est-à-dire, selon le de-gré de piété & de sainteté des personnes en faveurdefquelles on les leur applique, & selon la volonté deDieu tout-puissant & miséricordieux, qui est tout-à-fait inconnue aux hommes.

10. Mr. le Tellier , Archevêque de Reims, ditdeux choses dans sort Mandement du 1 6. Octobre1694. l’une, „ Qu’il n’est pas certain , ni par confé-,, quent permis d’assurer , que par l’Indulgence que;„ ks fidèles gagnent & par leurs actions de pénitence„ & de justice , les âmes des fidèles trépassés soient,, en particulier entierement délivrées des peines du„ Purgatoire ; & l’autre , Qu’il demeure pour con-,, stant, qu’il n’y a aucune certitude du tems fixé &

, „ déterminé auquel les Indulgences délivrent du Pur-„ gatoire les âmes des fidèles trépassés , par la feule„ application qui leur en est faite.

„ Néanmoins on nous donne pour certain & on,, nous assure , qu’en disant la Messe à un Autel pri-„ vilégié on gagne une Indulgence par la vertu de la-„ quelle les âmes des fidèles trépassés, pour lesquelles,, on dit cette Messe , sont en particulier entierement„ délivrées des peines du Purgatoire, aussitôt qu’eîle„ est dite ; comme si on savoir certainement le tems,, fixé & déterminé, auquel elles en doivent être dé-„ livrées ; ce qui est infiniment au dessus, de la por-„ tée de l’efprit humain , suivant cette parole que le,, Fils de Dieu dit à ses Apôtres (/)”, Que ce n’é-toit pas à eux à savoir les tems & les momens que lePère a réservés à son souverain pouvoir.

11. Ce même Archevêque dit encore quelque cho-se de plus précis & de plus fort dans le Mandementqu’on vient de rapporter tout entier. Voici ses paro-les S

(e) L. i. c. 6. Incertî sunt ( dit-il ) Indulgentiarum omniumeffectus , qui pro solatio animarum in Purgatorio existentiumconceduntur. Multò magis dubiuln est , an poffint qusecumquelndulgentiae animas è Purgatorio liberare ; imò an alìquid ornui-no valeant pro mortuis? Ita ut non constet, an deprecationes o-runes, 8c oblatiortes , etiam ipsum Missa; sacrificium super Alta-ribus, quai vocant privilegiata, cclebratum , & si q USE f unt a jj a hu-jusce rationis opéra : an, inquam , aliquid habeant virtutis 8c va-lons pro defunctis , vi Indulgentiarum ad hune finem concéda-rum, nisi tantum per modum suffragii , hoc est, juxta mensu-ram pietatis 8c sanctitatis deprecantis, 8c offerentis > atque secun-dum omnipotentis 8c miícrentis Dei beneplacitum , hominibujprorsus incognituffi.

(/) Actor. 1.7.

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