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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES SUPERSTITIONS

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Mgjz ceux qui ayant été canonîquement ordonnés parles Evêques, ont reçu d’eux la dignité & le caractèredu divin Sacerdoce de Jefus-Christ. Le Concile deTrente (a) y est formel. Ainsi ce feroit une supersti-tion du faux culte, si un Diacre, un Soû-Diacre,ouun simple Clerc, & encore plus si un Laïque, ad-ministroit le Sacrement de l’Extrême-onction aux ma-lades. Néanmoins le Pape Innocent I. 0 ) semblepermettre à tous les Chrétiens de conférer ce Sacre-ment dans le cas de nécessité. Cette huile (dit-il enparlant de celle de l’Extrême-onction) étant consacréepar P Evêque, non seulement les Prêtres, mais tousles Chrétiens même peuvent s’en servir dans leurs né-cessités particulières & dans celles de leurs proches &de leurs amis. Le vénérable Bede (c) rapporte ces mê-mes paroles , & elles ont donné lieu à Thomas deWalden (d) de dire, que dans une nécessité pressante,comme quand un malade est en danger de mort, s’iln’y a point de Prêtre pour lui administrer ce Sacre-ment , il est permis aux Laïques de le lui administrer.Mais ce sentiment n’est pas recevable : car Innocent I.ne veut dire autre chose par ces paroles, sinon,

i. Que les Laïques peuvent, ainsi que les Prêtres,recevoir l'Extrême-onction & la faire donner à leursproches & à leurs amis ; avec cette différence ,que les Prêtres la peuvent non seulement recevoir eux-mêmes, mais encore la donner aux autres : au lieu queles Laïques peuvent bien la recevoir & la faire rece-voir aux autres, mais non pas la leur administrer, cet-te faculté n’étant réservée qu’aux Prêtres, à l’égárddesquels cette onction peut-être tout ensemble active& passive. A l’égard des Laïques èlle n’est quepassive : si bien que lé Latin ìnmgendo , doit êtrepris, non dans une signification active, mais dans unesignification passive, comme quand Virgile dit (c) ,Cantando rumpìtur anguis , & (f) uritque videndo fe-mtna.

r. Que les Laïques, comme les Prêtres, peuventoindre & faire oindre leurs proches & leurs amis dansleurs maladies, de l’huile benite par les Evêques, ainsiqu’on a montré dans le premier Chapitre de ce livre,que plusieurs Saints, & que quelques Prêtres d'Egyp-te l’ont pratiqué autrefois; mais que ces onctions n’é-toient que médecinales & nullement sacramentelles,dans la pensée de saint Thomas, (g) parce qu’elles n'é-toient pas faites par des Prêtres de la maniéré que l’E-gliíê le prescrit, comme parle Soto 0 ).

Il s'agit maintenant de savoir combien il faut dePrêtres pour administrer l’Extrême-onction, & si onest superstitieux en la recevant d’un seul, ou de plu-sieurs Prêtres ?

La coutume des Grecs est (r) d’assembler sept Prê-tres pour conférer ce Sacrement aux malades, & quoi-que chacun d’eux récite des Oraisons particulières,ilsrépétent néanmoins la même forme. Le nombre desept est expressément marqué dans l’Euchologe ( (Q-

(/») Ibid. Can. 4. Si quis dixerit, Presbyteros Ecclesiae, quosbeatus Jacobus adducendos esse ad infirmum inungendum horta-tur, non esté Sacerdotes ab Episcopo ordinatos, sed aîtate senio-res in quavis communitate ; ob idque proprium Extremx-unctio-nis ministrum non este íòlum Sacerdotem, anathema lit.

(i) Epist. i. ad Decent. Eugub. c. 8. Quo ab Episcopo con-fecto, non íòlùm Sacerdotibus, sed omnibus uti Christranis iicet,in sua aut foorum necessitate inungendo.

(c) In hune loc. Jacobi, infirmatur quis, &c.

(d) To. 1. de Sacrament. cap. penulti.

{«) Eclog. 8.

(/) L. jEneid.

(g) In Supplem. q. 31. art. 1. in 2. argument. & ad z.

(4 In 4. dist. 2. q. 2. art. 1.

(') L. de 7. Sacram. Septem esse vocandos (dit Siméon Arcbe-de Thejfalonique } coníuetudine traditum est. Arcudìus rendle meme * <S *noìgna,ge. L, y. c. ; Mos est Orientalis Ecclesixseptem convoeare Presbyteros qui Extremam-unctionem segrotisadministrent. In eo munere peragendo quamvis varias íinguliorationes récitent, eamdem formam Sacramenti omnes itérant.rn 1 e P. Gow. Mot. m Offic. s. Olei. Prsesenti officio peragen-do, ipsique Sacramento conferendo septem Sacerdotes apud Gr*-

cos hodie convemunt.

(k) In Offi. S. Olei. Primus Sacerdos, &c. Septimus Sacer-

Quand ils ne peuvent pas avoir sept Prêtres,' ils secontentent de trois ; ce qui n’est point à blâmer dansla pensée de Siméon de Thessalonique (l). Et quoiqu’il déclare ensuite, (m) qu’il ne faut pas s’arrêtertrop scrupuleusement au nombre des Prêtres, & qu’ilsoit nécessaire de garder l’ancienne tradition, qui estd’en avoir sept ; il veut cependant qu’il y en ait aumoins trois, Sc il soutient qu’un seul ne suffit pas;que comme il faut trois Evêques pour consacrer unEvêque, il saut aussi trois Prêtres pour donner l’Ex-trême-onction aux malades. Mais Arcudìus (n) sou-tient au contraire, qu’un seul Prêtre suffit, particu-lièrement dans le cas de nécessité, pour l’administra-tion de ce Sacrement, & quel’opinion de Siméon deThessalonique , qui en demande au moins trois, esterronée, & ne doit point être imputée aux Grecs.Le Pere Goar (0) la traite de même, & dit de plus,qu’elle est impie, & que la puissance de donner l’Ex-trême-onction réside dans un seul Ministre de l'Eglise& un seul Pasteur du peuple Chrétien , quoiquepour le respect d'un si grand Sacrement , & pours’accommoder à l’ancienne pratique de l’Eglise, ilsoit bon d’en appeller plusieurs pour le donner.Dans le vrai s’il salloit au moins trois Prêtres pourconférer l’Extrême-onction, les malades, qui se trou-veroient dans lés villages & dans les lieux ou il n’ya qu’un, ou deux Prêtres, seroient souvent privésde ce Sacrement , & des grâces qui y font atta-chées.

Il ne me paraît pas que dans l’Eglise Latine onait jamais fixé à sept , ou à trois le nombre desPrêtres qui le doivent administrer. Ce qui me pa-roît seulement, c’est qu’on en appelloit plusieurs pourcela, conformément (p) à la parole de T Apôtre saintJacques. Cela est expressément marqué. 1. Dans leSacramentaire de saint Grégoire (q). 2. Dans l’an-

cien Sacramentaire manuscrit de la Bibliothèque deMr. du Tillet, rapporté par le Pere Ménard (r), 3.Dans l’ancien Sacramentaire manuscrit de l’Egliíè desaint Rémi de Reims, rapporté par le même Au-teur (s). 4. Dans l'Extrait de Grégoire 3. des Sen-tences des SS. Peres (t).

C’est

dos, &c.' Ordo servandus cum pro argrotis septem Sacerdotesadvocantibus oleum sanctum vesperè faciendum est.

(l) Loc. cit. Nonnulli verò ( dit-il) ubi penuria est Sacerdo-tum, très tantùm convocant, idque non est reprehendendum.

(m) Cscterùm non est curiosiùs inquirendum de numéro, quan-do neque numerus seriptus est. Nisi quòd , quamvis non fitseriptus, necesiàrium tamen est antiquam observare traditionem,Sc sint quidem septem, ut veteris moris est; fi verò nécessitas fue-rit, tres sint ad minus, eaque omnia récitent, quaecumque pertraditionem dicenda este acceperunt, Scc. Unus autem Presby-ter Euchelíeon ne conficiat; quoniam quemadmodum de Episco-po scriptum est, non este ordinandum ab uno, ita etiam de Ex.trema-unctione, non este peragendam ab uno Presbytero.

(n) Loc. cit. Quare ( dit-il ) si vel unus aderit Presbyter, suffi,cit íòlus, praesertim in necessitate. Neque iste error conquìreicttde neceíïìtate plures Sacerdotes, Grsccis, íed Simeoni,ut alii noapanci, adscribendus est.

(0) Not. cit. n. 2. Qui tamen Siméon ab errore gravi nullate-nus excusari potest, ubi unum solum, absque aliorum ope velsocieîate SacramentHm hoc non poste conferre, impie aíseverat.Ea narnque potestas in uno solo convenienti Ecclefix Ministro ,ac plebis Christian* Paftore residet : quamvis tanti Sacramenti re-verenria, 8c antiquorum Ecclesiae morum knitatio, plures expete-re videatur.

( p) Inducat Presbyteros Ecclesiae & orent super eum, ungen-tes eum oleo.

(q) Tit. Ordo ad Vkfit. infirm. Sic faciant illi per septem dies,Lee. Multi Sacerdotum infirmes perungent insoper in quinquesensus corporis.

(r) Not. in lïb. Sacram. 8. Gregor. pag. 340. & feqq. In P r *'mis faciant Sacerdotes aspergi salem Sc aquam benedictam, Lee.Imponant manus super infirmum omnes Sacerdotes, Lee. Sicperungant finguli Sacerdotes infirmum, ex oleo íanctificato Cru.ces faciendo, Scc, His ita expletis Sacerdotes dicanc Orationes,Benedictiones íùper infirmum , unusquisque su a m, Scc.

(s) P. 344. Sc seqq. Ungatur à Sacerdote, vel pluribus Sacer-dotibus de oleo sanctificato, facientibus cruces singulis, 8cc.

(t) C. 9. Cum revftrcntia deferatur oleum ad infirmos, Sc eosungant Sacerdotes cum magno honore Sc orationuxa edebritate,qu* ad hoe sont or dinar*.