DES SUPERSTITIONS. ' 177
te (*) a fulminé anathème contre ceux qui disent,qu’on peut négliger, ou omettre sans péché & com-me on veut, les cérémonies que l’Eglise Catholique areçues & approuvées, & dont on a coutume de se ser-vir dans l’administration folemnelle des Sacremens, ouenfin que les Pasteurs particuliers des Eglises les peu-vent changer & en substituer d’autres nouvelles à leurplace.
Il faut donc que ceux qui administrent l’Extrême-onction suivent les usages de leurs Eglises, conformé-ment à la régie de saint Ambroise, rapportée par saintAugustin Q) : & qu’ils se donnent bien de garde decroire que ceux qui ne sont pas dans la même prati-que qu’eux, soient dans l’erreur.
Ainsi par exemple, il y auroit de l’injustice d’accu-ser les Chartreux de superstition, parce qu’ils ont descérémonies particulières à leur Ordre dans P adminis-tration du Sacrement de P Exrrême-onction ; qu’ils ap-pliquent les onctions après chaque - Pseaume Péniten-tiel, aux yeux , après le premier Pseaume, aux oreil-les après le 2. aux narines après le t - à la bouche aprèsle 4. aux mains après le 5. aux piés après le 6. & auxreins après le 7. Qu’ils font réciter au malade le Credoaprès les onctions ; qu’enfuite ils bénissent de la cen-dre qu’ils répandent dans son lit; & qu’enfin tousceux qui sont présens le baisent par dévotion, si le Su-périeur le juge à propos, selon ce qui est expressé-ment marqué dans leur Ordinaire (c). Les Chartreuxde leur côté seroient injustes s’ils accusoient les autresOrdres de superstition, parce qu’on n’y observe pasles cérémonies qu’ils pratiquent en donnant l’Extrême-onction auX malades.
C’étoit autrefois la coutume de l’Ordre de saint Be-noît de coucher les moribons fur un cilice après qu’onleur avoit conféré ce Sacrement. L’Abbé Guibert leremarque dans fa Vie (d) , en parlant d’un Moine quiavoit caché de l’argent du Monastère. On faisoit auísiune croix avec de la cendre fur le cilice, selon le té-moignage de Lanfranc (e) , Abbé de saint Etienne deCaen, puis Archevêque de Cantorberi. La même cho-se se pratiquoit dans l’Ordre de Cluni, comme nousrapprenons des anciennes Coutumes du Monastère deCluni (f) , recueillies par saint Udalric : elle íè prati-quoit auísi dans l’Ordre des Chartreux, car nousvoyons dans la premiere partie de leurs Statuts, auchapitre 46. qu’après que le malade avoit été oint, &que chacun des affistans l’avoit baisé, (g) on le com-munient, en cas qu’il n’eût pas communié ce jour-là,& qu’on chantoit cependant. Uoc corpus, 8 cc.
Les Cisterciens sont encore aujourd’hui dans cettepratique. Les paroles citées des Uz (h) de leur Or-dre le justifient évidemment.
(a) Sess. 7. de Sacram. in gen. can. 13. Si quis dixerit receptos8 c approbatos Ecclesise Catholicx ritus, in solemni Sacramento-rum administrations adhiberi consuetos, aut contemni, aut sinepeccato à Ministris pro libitu omitti > aut in novos alios perquemeumque Ecclesiaruni Pastorem mutari poste , anathema
\è) Epist. 86. ad Casalan. Ad quameumque Ecclesiam veneri-tis, ejus morem servate, si patì scandalum non vultis, aut fa-
(c) C. 33.
fl) L. 1. c. 20, Quo facto (dit-il) hominem, ut Monasteriioris est > cilicio íuppositum , ut videbatur, in extremis stridori-is vix efflantem, reliquimus.
(e) In Decret. pro Ordi. S. Bened. c. r;. TËgro in agonia po-o, 8c jam jam , si ita visiim fuerit, morituro, famulus qui adte deputatus est , cilicium expandat, & supra illud mensuram-igitudinis & latitudinis quam ipsum cilicium habet, signumucis de cineribus faciat, morientemque fratrem desuper ponat.int Pierre de Damten Epist. 29. 1 . 6. rend le même témoignage:mores niihi parantur exequise, sacrati olei delibatione perun-ir, in cineris ac cilicii strato, tanquam illic emoriturus, ex-
, c . 29. Famuli, qui sirnt in talibus multùm exercita-, multùmque periti, cùm viderint jam ejus exitus horam im-inere, cilicium expandunt, cineretn desuper aspergunt, & in-mum de iecto levatunr in cilicium submittunt.
(g) Quo facto communicatur, si non communicaverit eadie,ntantibus, qui adíunt communioni, noc corpus , &c.
(h) C. 94. cùm aliquis morti penitùs propinquaverit, ponaturTome II.
Ce qui s’observoit à cet égard parmi la plupart desMoines s’observoit auísi en plusieurs Diocèses, &fur tout dans celui de Lyon. Car je trouve dans leRituel de Lyon, de l’an 1542. (i) une bénédiction de lacendre fur laquelle on devoir mettre les moribonds. Oncommunioit aussi autrefois les malades après qu’on leuravoit administré l’Extrême-onction. Le Sacramentairede saint Grégoire ( 4 ,),l’ancien Sacramentaire de l’AbbéRatoldus (Y), celui de la Bibliothèque de Mr. duTillet, celui de l'Eglise de saint Rémi de Reims, &l’ancien Manuel de l’Ègliselde Soissons k» , le marquentprécisément. Le Rituel de Lyon qu’on vient de ci-ter, suppose qu’on communioit les malades après leuravoir donné l’Extrême-onction, puis qu’après les Onc-tions 8 c les prières qui les suivent, parlant de l’Orai-son Domine fanSle Pater aterne D eus , te fideliter depre-carnur , &c. il dit : íhec oratio non efl dicenda nìfi quan -do datur sacra Eucharifiia infirmo. Les anciennes cou-tumes du Monastère de Cluni (») témoignent la mê-me chose, & de même les Uz de Cisteaux (0), &les Décréts de Lanfranc (p).
Riculfe , Evêque de Soissons, dans son Ordonnan-ce (q) de l’an 889. enjoint expressément aux Curés déson Diocèse de donner l’Extrême-onction aux mala-des , & de les communier ensuite.
Mr. De Launoi rapporte quantité de preuves decette discipline (r) dans son livre De Sacramento mílionisinfirmorum ; & on en pourroit encore rapporter beau-coup d’autres que l’Histoire Ecclésiastique nous four-nit, si la chose soussroit quelque difficulté. 11 suffitde dire avec le Cardinal Bellarmin (s) , que toute l’an-tiquité a été dans cet usage : 8 c c’est ce qu’il prouve partrois raisons.
La premiere, parce que l’Extrême-onction ayant é-té instituée pour redonner la santé aux malades ( dansla pensée de l’Apôtre saint Jaques) on leur adminis-troit ce Sacrement auísi-tôt qu’on voyoit qu’ils étoienten danger de mort, afin que Dieu leur rendit la san-té, & on leur donnoit ensuite le saint Viatique, s’ilsne revenoient point en convalescence.
La seconde, parce que comme la pénitence & la ré-mission des péchés sont une fort bonne dispositionpour recevoir l’Eucharistie, il étoit sort à propos derecevoir avant ce Sacrement celui de l’Extrême-onc-tion, dans lequel les péchés font remis, selon le mêmeApôtre, & qui est appelle par quelques anciens Peres
de
ad terrain super íâgum, supposito priùs cínere ín modum Crucis,8c aliqua matta, vel straminis aliquanto.
(i) Bénédictin cineris in quo ponendus est moriens.
(k) Tit. Oratio ad visit. infirm.
(/) Apud Menard. Not. in I. Sacram. S. Gregor.
(m) Voici les paroles du premier Sacramentaire: Deînde ( c’e/l-,à-dtre , enfitite des Oraisons qui se disent après les onglions du mala-de) communicet eum corpore 8c sanguine Domini. Et sic fa-ciant illi per 7. dies, si nécessitas fuerit, tain de communionc,quàm de alio officio.
(n) En .ces mots: L. 3. c. 18. Si autem communionem sa-cram percepturus est infirmas, tune ab alio dicuntur Collect®, 8cipíe intérim Sacerdos cruce 8c aqua benedicta remanentibus reditcum geminis candelabris ad Ecclesiam, ut corpus Dei apportet....Intera curatur ut insirmi bucca lavetur recepturi ipsum corpus Do-mini, quod recipit vino intinctum.
(0) C. 93. Quibus expletis omnes exeant. Quod si statim com-municari debuerit, eat cum Ministris ad Ecclesiam... 8c déférâtsanctam communionem. . . Sacerdos verò dicat ei : Ecce fratercorpus Domini N. fi. C. quod tibi deferimus. . . Deinde commu-nicet eum dicens: Corpus Domini noftri Je(u Christi cusodiat te invitam aternam.
(p) C. 23. Facta unctione, lavet Sacerdos manus. . . . q uofacto vadat Sacerdos ad Ecclesiam pro venerabili SacramentoQuibus revertentibus flexis genibus adorent omnes corpus Domi-ni quod à Sacerdote offertur. Quo allato, abluto priùs ore ejus"communicetur in sir mus, nisi forte ipsa die communicaturus fit '
(q) N. 10. Oportet ut Presbyteri instrmos suos post consessió-nem 8c reconciliationem oleo sancto perungant, 8c tune eos com-municent.
(r) Tit. explicata vet. Eccles. Tradit. de data infirmís post.unct. Eucharist. part. 1. 2.8c 3.
, W L- 2.. de arte bene mori. c. j, Veteres Christiani in admi-nistrando facto Viatico, & sacra unctione tegrotis, primo locoinungebant xgrotos sacra unctione, deinde porrigebant iisdemxgrotis sacratiffimum Christi corpus’.
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