s.8 6 DES SUPERSTITIONS.
nus ; que pour faire subsister leurs familles aux dé-pens du patrimoine des pauvres ; que pour cacher labassesse 8c l’obfcurité de leur naissance , & se préva-loir de leur abondance 8c de leurs richesses. C’estparticulièrement à eux que s’adressent ces paroles desaint Jeróme (<*) : „ Je vous prie , je vous con-„ jure, je vous avertis , autant qu’il m’est possible,», de ne pas considérer la Cléricature , comme une,, espèce de l’ancienne milice , c’est-à-dire , de ne„ pas chercher les gains du siécle dans la milice„ de Jesus-Christ , de peur que vous ne déveniez», plus riches, lors que vous deviendrez Clercs , 8c», qu’on ne vous dise avec le Prophète, Vôtre Cléri-,, cature , ou votre partage ne vous servira de rien.», Car il y en a qui étant Moines font plus richesque lors qu’ils étoient Séculiers. Et st y a des„ Ecclésiastiques qui possedent des richesses fous Je-„ sus-Christ pauvre, qu’ils ne possederoiént pas fous„ le Diable riche & trompeur. Enforte (b) que„ l’Eglise gémit en voyant comblés de biens & dans„ l’abondance , ceux que le monde a vûs réduits au-,, paravant à la misère & à la mendicité.
VII. Ceux-là y tombent , qui n’entrent dans l’E-glife que parce qu’ils íbnt assurés d'un bénefice qu’ilsont attrapé par cette forte de commerce que la cor-ruption a introduite aujourd’hui , „ par ces permu-», rations frauduleuses (dit le même Godeau (c) )„ par ces payemens anticipés de pensions 8c ces rem-,» boursemens de frais imaginaires d’un procès , ou,, de réparations voluptueuses ; par ces réserves de», fruits contre les dispositions Canoniques ; par ces„ accommodemens de familles dans des mariages ; par», ces résignations cauteleuses qui. ne. vont qu’à sauver„ le bénefice. Si c’est par la brigue , par les pour-ri suites , par des services rendus pour- cette fin , ou», par quelque voye séculière » je n’estime point qu’il„ saille douter que l’on. n’est nullement appellé à l’é-», tat Ecclésiastique. Car les saints Canons, les Pé-», res & les Théologiens les plus considérables , con-„ damnent toutes ces voyes comme iniques. Les sub-», tilités des Avocats & des Banquiers, qui les savent», habilement déguiser aux yeux des Juges Civils,», OU Ecclésiastiques , les rendent encore plus crimi-„ neîles, parce qu’on ajoute la tromperie à l’iniquité.
VIII. „ Ceux-là y tombent, qui veulent être Ec-„ clésiastiques , parce que (dit encore ce savant„ Prélat (d) ) ils n’ont pas assez d’esprit , ou assez,, bonne mine , pour soutenir les avantages de leur„ naissance. L’Eglise a le rebut du siécle , & ceux,, qui n’osent paraître dans les compagnies du mon-„ de , à cause que leur difformité les y rendrait ri-,, dlcules, ne font point de difficulté de vouloir pa-j, rostre à l’Autel,' où ils ôtent le respect qu’on doit„ à son ministère . , par le défaut des; Ministres. II„ faut avoir de l’esprit ou du courage , pour être„ l’aîné d’une maison • ■»• afin d’en conserver la splen--», deur. Mais pour paraître aux premiers rangs de,, la famille du Fils de Dieu , il n’est pas besoin d’a-,» voir du sens commun. Les pères d’ordinaire font„ comme Caïn, offrant à Jesus-Christ , par la con-„ dition Ecclésiastique , ce qu’ils ont de pire entre,, leurs enfans , fans songer qu’il faudrait -lui laisser„ choisir ses victimes, & se réjouir quand il choisira„ les spirituelles & les .plus agréables.
IX. Ceux-là y tombent encore, qui ont bonne en-vie de se faire- Ecclésiastiques , mais qui n’ont pas lesqualités nécessaires pour rendre à Dieu & à l’Egliíe-le service auquel ils veulent s’engager ; qui n’ont pointrune intention pure , un parfait désintéressement, un,grand zélé pour le salût des âmes , une ferme résolu-
(a) Epist. ad Nepotian.
{b). Ut iuípìrct eos videns Ecclesia divises , quos mundus tenuisante mendicos.
(c) Ibid. n. 19 .
(d) Ibid. n. 22. (M. Oprvald, habite 8c éclairé Protestant, fplaint de ia même choie dans ion Traite des sources de U Corruption
tion de ne point s’épargner pour le service de l’Ëglise»un profond respect pour les choses saintes ; qui n’ontni assez de courage & de patience pour ne se pas lais-ser abattre dans les difficultés & les contradictions ; niassez de charité & de condescendance pour supporterles défauts du prochain ; ni assez d’application pours’instruire de leurs devoirs ; en un mot qui n’ontpoint un esprit de retraite & d’éloignement dumonde.
Les paroles du Catéchisme Romain (e) de Pie V.sont bien remarquables fur ce sujet, parce qu’elles ex-pliquent fort nettement les bonnes 8c les mauvaises in-tentions avec lesquelles on peut entrer dans la Cleri-cature. „ Comme il est très-important (dit-il) de fe„ proposer dans toutes ses actions une bonne fin,,, puisque c’est d’elle que dépend principalement la,, bonté d’une action , il saut que ceux qui veulent„ s’engager dans les Ordres , ne fe proposent rien„ d’indigne d’un si haut & si saint ministère. C’est„ à quoi les Pasteurs doivent travailler avec d’autant„ plus de foin, qu’on commet en ce tems-ci de plus», grandes sautes a cet égard. Car nous voyons,
1 . „ Que la plupart n’embrassent l’état Ecclésiasti-,, que que pour avoir dequoi subsister, & ne se pro-,, posent point d’autre fin en s’y engageant que le„ gain qu’ils eu espèrent , ne le regardant que com-„ me le reste des hommes ont coutume d’envifagef,, les métiers les plus vils où ils s’engagent. Or quoi-„ que l’Apôtre(/) témoigne que la loi naturelle & dí-,, vine ordonne que celui qui sert à l’Autel vive de„ l’Autel , on ne peut néanmoins fans sacrilège íè„ proposer le gain en entrant dans T état Ecclésiasti-„ que.
2 . „ Que d’autres n’y entrent que par ambition„ & par le seul désir d’être honorés ; & que les au-„ tres enfin ne s’y engagent que pour devenir riches,„ ce qui est visible en ce qu’ils ne pensent jamais à„ l’état Ecclésiastique , que lors qu on leur offre„ quelque bénefice.
„ Ce sont ces sortes de personnes que notre Sei-„ gneur (g) appelle mercenaires, dont Ezechiel dit (h),,, Qu’ils fe paissent, eux-mêmes , & non leurs brebis ,„ 8c dont la conduite basse & intéressée non seule-„ ment obscurcit si étrangement l’état Ecclésiastique,,, que maintenant les fidelies le regardent comme l’é-„ tat du monde presque le plus méprisable , mais cn-„ core fait, qu’ainsi que Judas pár sou Apostolat,,, ils ne reçoivent par leur Sacerdoce que leur perte,, éternelle. II n’y a donc que ceux qui étant appel-,, lés véritablement de Dieu s’engâgent dans les char-„ ges Ecclésiastiques dans la feule vue de procurer fa„ gloire, que l’on puisse dire avec justice être entrés„ par la porte dans l’Eglise.
CHAPITRE Ií.
Des Superstitions qui regardent la matièredes Ordres.
Les instrumens que VEvêque donne & faittoucher aux Ordmuns font la matière def Ordre » selon Lugéne IV. Les Grecsn'ont a présent pour tout Ordre Mineur %que celui de Leëìeur -, & ils ne crojentpas que ceux d’Acolyfhe , de ‘Portier ò*d'Exorciste soient de 'véritables Sacre -mens , mais seulement des Offices & desdignités. Dans leur penstee , fimpofitìon
des
(e) Part. 2. tit. de Sacram. Ordin. n. 4-(/) 1. Cor. 9. 9.
(?) J°han. 10. i2.
(b) Ezech. 34. S.