DBS
SUPERSTITION
S.
CHAPITRE V.
Des Superstitions qui regardent les Ministresde l’Ordre.
Le Ministre ordinaire de l'Ordre , c'est l’E-vêque. Les Ordinations d'un Evêque quine seroit point batizé seroient Supersti*tieuses aujst bien que celles d'une femme ,qui , ayant déguisé son sexe , se seroit faitEvêque , on qui auroit conféré les Ordrefans se déguiser. Les ‘Pépuzìens faisoientles femmes Evêques & ‘Prêtres. Or-dinations irrégulieres & Superstitieusesd’un Evêque qui se contenteroit de faireles cérémonies nécessaires , & qui féroitprononcer la forme par une autre personne.Règlement du deuxième Concile de Sevillen %r cela.
L ’Evêque est le Ministre ordinaire du sacrement del’Ordre. Le Concile de Florence (a) le déclareen ces termes : Ordinarius Mmister httjus Saeramentiest Epìfiopus. Mais il faut pour cela que l’Evêque aitcertaines qualités fans lesquelles les Ordinations qu’ilféroit, bien loin d’être Canoniques & légitimes, se-roient irrégulieres & superstitieuses.
Je n’examine point ici, si un Evêque hérétique ouschifmatique» si un Evêque excommunié, suspens,interdit, irrégulier ou simoniaque, si un Evêque quien conférant les Ordres, prétendrait n’avoir point l’in-tention de faire ce que l’Eglife fait dans l'Ordination,conféreroit validement les Ordres sacrés, ni si ceuxqu’il auroit ordonnés en cet état pourraient légitime-ment faire les fonctions de leurs Ordres? Ces ques-tions épineuses ne sont point de mon sujet, ni de macompétence. Je me retranche uniquement aux super-stitions dans lesquelles un Evêque, vrai ou faux, peuttomber en faisant l’Ordination.
I, S’il la faifoit n’ctant point batifé, il rendrait unculte faux dans le fond à Dieu & à l’Eglisc, & ilmettrait ceux qu’il ordonnerait en état de leur en ren-dre un semblable : car il est d’un Evêque non batizécomme d’un Prêtre non batifé. Le ministère d’unPrêtre non batifé seroit faux & pernicieux. Tout cequ’il exercerait des fonctions Ecclésiastiques seroitvicieux dans fa source, parce que n’étant point entrédans l’Egîife par le Batême, qui est la porte ordinairedes autres Sacremens , son Ordination fe trouveraitnulle & fans effet & son ministère inutile & mêmedangereux pour les personnes fur lesquelles il l’auroitexercé d'autant qu’elles croiraient avoir reçu desgrâces qu’elles pourraient n’avoir point reçues, &qu’elles seroient par conséquent en état de damnationlorsqu’elles s’imagineroient être dans la voye du salut,à moins que Dieu n’eut égard a leur bonne foi.
C’est dans cet esprit que le chapitre Si quis Presby-ter [b), qui est tiré du Concile de Compiegne, veutque ce Prêtre se fasse batiser & qu’il soit ensuite réor-donné : & que le Pape Innocent III. en conformitéde ce Concile, fît (c) rebatizer un Prêtre qui ne sa-
voir point été, & enjoignit à PEvêquè de Ferrare delui conférer tous les Ordres, & de lui permettre defaire les fonctions du Sacerdoce, fans crainte de tom-ber dans le crime des Prélats qui ordonnent une secon-dé fois ceux qui l’ont déja été : parce que ce qu’ondoute avoir été fait n’est pas censé être réitéré , &que dans le cas dont il est question on n’agit pas parun mépris de la Religion ni du Sacrement, mais parune raison de pure nécessité. Rien n’est plus facileque d'appliquer cette doctrine à un Evêque batizé.
II. Blondel rapporte ( d) 68. Auteurs qui ont écritqu’une femme a gouverné quelque teins l’Eglise Ro-maine après la mort de Léon IV. Sc avant le Pontifi-cat de Benoît III. & qu’elle s’appelloit la PapesseJeanne. Marianus Scotus, (e) Moine de Fulde, &Sigebert, Moine de Gemblours, ont été les premiersintroducteurs de cette fable. Mais plusieurs Ecrivainsl’ont réfutée par des traités exprès, & entr’autres FIo-rimond de Raymond, Aîlatio, le Pere Labbe & Blon-del; & elle ne trouve aujourd’hui nulle créance queparmi quelques libertins & quelques Protestans préve-nus contre les Souverains Pontifes. Cependant s’ilétoit vrai qu’il y eût eu une Papeste Jeanne , qui eûtconféré les Ordres sacrés, comme elle auroit pu le fai-re , dans le tems qu’elle auroit occupé la chaire desaint Pierre, que pourroit-on dire de ses Ordinations,sinon qu’elles auraient été nulles & infectées de la su-perstition du faux culte? Et n’est-ce pas aussi ce qu’onpourrait dire de toutes les Ordinations qui seroientfaites par des femmes, qui ayant déguisé leur sexe se-roient arrivées à la dignité Episcopale?
III. Celles qui prétendraient que fans fe déguiser,elles pourraient faire les fonctions des Evêques , nes’engageraient pas moins dans cette superstition. Cessortes de fonctions sont absolument interdites à leursexe ; & s’il est défendu aux Abbesses de bénir leursReligieuses, de les entendre à confesse,de lire l’Evan-gile & de prêcher, ainsi que le déclare le Pape Inno-cent III. au chapitre Nova : (f) s’il est ridicule &absurde qu’elles le fassent : Cum id abfonnm fa parité?fa abfardum ; pourquoi sera-t-il permis, pourquoiconviendra-t-il aux autres femmes de faire des fonc-tions encore plus sublimes & plus relevées que celles-là? Quoique la bíen-heureuse Vierge Marie (dit le(g) même Pape, fut plus digne & plus excellente quetous les Apôtres, néanmoins notre Seigneur ne lui apas confié les clefs du royaume des cieux, comme illes a confiées aux Apôtres , Sc l’Eglise met au rangdes hérétiques les Quintilliens, ou Pépuzìens, parceque parmi eux les femmes étoient Evêques & Prêtres,fur cette folle raison, (h) qu’il n'y a point de différen-ce entre l’homme & la femme , & qu’en Jésus-Christil n’y a ni maie , ni femmelle. Saint Augustin (/') ce-pendant dit seulement, qu’ils donnoient tant d’auto-rité aux femmes, qu’ils les honoraient du Sacerdoce,fans parler en aucune maniéré de l’Epifcopat ; si cen’est peut-être qu’il l’ait compris fous le nom de Sa-cerdoce.
IV. Un Evêque, quel qu’il pût être, Grec, ouLatin, fe rendrait coupable de la même superstition,si en conférant les Ordres sacrés, il fe contentoit defaire les cérémonies nécessaires, comme d'imposer lesmains fur les Ordinans, de leur présenter & de leur
faire
titur, cùm illud nost Religionis contemptus, sed articulus neces-sitatis excludit.
(a) In Decret. Armenor.
{b) L. z. Décrétai, tit. 43. de Presbyt. non baptiz. Si quisPresbyter ordinatus deprehenderit fe non elfe baptizatum, bapti-zetur, & iterum ordinetur.
(c) Ibid. Nos eum rite fecimus baptizari (dit ce savant Tape,dans le chapitre veniens) .... Quia verò in Concílio apud Com-pendium legitur constitutum, quòd si quis in Presbyterum ordi-natus deprehenderit fe non esse baptizatum, baptizetur, 8c iterum (h) L r híeres ao F ni fr -r
ordinetur: Nos circa latorem praesentium in hoc dubitabili casu phane) sûnt’mulierès & p r F P u° pi • af>ud ‘PͰs {dit saint Epi.
quod tutius est sequentes, mandamus quatenus ipsum per singu- diflserre dicnt In T_Z. Mulieres , & al/a qux niîii
los ordines, usque ad Sacerdotium promovere procures, & per.mittas eum in Sacerdotio miniftrare, quia non intelligitur itera-rum, quod ambigitur esse factura, nec malè de Sacramento sen-
(d) L. de Johanna Papiíîà , §. 1.
(e) In chronicis.
(f) L. f. Décrétai, tit. ;8. de Pœnit. & remiss.
(£) Licèt Beata Virgo Maria dignior & excellentior fuerít A-postolis umVeriis , non tamenilli, sed istis Dominus claves regnicœlorum commisit.
-- T ’- !r - • ■ Epi.
- - — —-j-u muneres , Lt ana quae nihil'disserte dicunt. In Christo enim Jeíu neque roasculus, nequefemina.
(i) L. de hsresib. n. ly. Tantum dantes mulieribus princípa-tum, Ut Sacerdotio quoque apud eos honorentur.
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