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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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3 o 4 d h s s u p e r

fendu de se marier pendant le mois de Mai; ni auxfêtes nommées Lemuria, & Feralia , ou Parentalia ; niaux jours quon appelloit impurs; ni à ceux aufquelson navoit pas encore renfermé dans le temple de Marsles boucliers qui étoient tombés du ciel ; ni aux joursde fêtes; ni au mois de Juin, fi ce nétoit après lesIdes; ni le lendemain des Nones des Ides, & des Ca-lendes, parce que ces jours étoient regardés commeinfâmes & détestables, & que par lOrdonnance desPontifes ils avoient été mis au rang des jours noirs,ou malheureux, aufquels on ne pouvoit fans crime,ni mettre des troupes en campagne, ni donner batail-le , ni rien faire en public.

Ovide ( a ) témoigne quon estimoit que si on eûtfait des Mariages aux fêtes l'on offroit des sacrifi-ces pour les morts, & qui arrivoient au mois de Fe-vrier, ils enflent été suivis de malheurs. Il dit enco-re (b) quon sabstenoit de faire des noces aux fêtesdes Saliens : & que (c) le mois de Mai étoit censémalheureux pour cela.

Il croit au contraire quil fait sort bon se marier a-près les Ides de Juin; & c'est ainsi quil en parle (d)après avoir souhaité une longue vie à fa fille.

Enfin Abraham Roger rapporte (e) que les Bra- mines ne fe marient pas dans tous les tems de lan-,, née, mais dàns les mois de Fevrier, Mai, Juin,,, Octobre, & au commencement de Novembre, fur des jours & heures qu'ils font fort précis à ob- server.

Les autres Payens étoient prévenus de semblablesfolies, & cest en considération de ces folies que lA-pôtre saint Paul écrivant aux Galates (f) , ,, fe plaint de ce quils observoient les jours Sc les mois, les faisons & les années, & quil leur dit, quil ap- prébende quil nait travaillé en vain parmi eux.Cest auflì fur ce principe que l'Eglise sest si souventrécriée contre lobservance des jours au sujet du Ma-riage. Saint Augustin (g) fe mocque de ceux quichoifiífoient des jours particuliers pour fe marier, Scil friontre que cest une extravagance infuportable &une folie singulière que den user ainsi. Le ConcileProvincial de Reims (L) , en 1583. ordonne aux Pas-teurs SC aux Prédicateurs denfeigner aux peuples , que

decreto Pontifïcum habentur: quibus legiones educere, aut aciescum hoste committere, vel quicquam publicae rei agere, religionon finit.

(<*) L. 2. fastor.

Fofiea pr.aeriti tumulis redduntur honores,

Frodigìisque venit, funeribusque modus.

Hum t amen h&c fiunt , vidua cejfate puelU,

Expeciet puros pinea t&da dìes,

Nec tibi, qu st cu pida matura videbere mutrï,

Comas vìrgineas hafla recurva comas .

Conde tuas hymen&e-faces , & ab ignihus atrisAufer , habent alias mafia fepulcra faces,

(b) Ibid.

Nubere fiqua voles, quamvis properabìtìs ambo,

Biffer , habent parva commoda magna morœ.

(c) L. f. fastor.

Nec vidust t&dìs eadem , nec virginis aptaTempora, qua nupfit nec diuturna fuit.

Hac quoque de causa, fi te proverbia tangunt,

Menfe malus Maio nubere vulgus ait.

(d) L. 6. fastor.

Han c ego cum vellem genero dare-, tempora taditApta requìrebam, quaque cavenda forent.

Tune mihi poft sacras monfiratur Junius ldusXJtilis (fr nuptis, utìlis ejfe viris.

Frimaque pars hujus thalamis aliéna reperta efi,

Nam mihi fie conjux fanBa Dialis ait.

(e) Théâtre de lIdolatrie, 8tc. c. n.

(/) Oàt. 4 .

(g) L- J; àe Cìvit. c. 7. Jam jllud quis ferat ( dit-ìl) quòd in

eligendis diebus nova qusedam luis actibus fata moliuntur? . . .O stultitiam lingularemi eligitur diesut ducatur uxor. Credo pro-pterea, quia potelt m diem non bonum, niíì eligatur, incurri,8c féliciter. .

(h) Tit. de Matrimo. n. . Dies aliquos infortunatos, lèu in-faustos, Matrimonio este putare, non minimum íuperstitionisgenus este, populo lìgnificetur.

S T I T I O N s:

ce nest pas une petite superstition de croire quil y âdes jours malheureux pour le Mariage. De Montluc ,Evêque de Valence & de Die, dans la Réformation(i) quil fit de ses deux Diocèses en 1558. enjointaux Curés de refuser la communion à ceux qui par u-ne coutume superstitieuse Sc magique, observent lesjours, les nuits, & les heures, dans les mariages &dans plusieurs autres choses, & de les avertir souventde sabstenir de ces crimes.

Le Concile Provincial de Bourdeaux (k) en 162.q.leur ordonne auflì de déraciner de lesprit des peuplesla folle & superstitieuse imagination quelques-unsfont, de ne fe point vouloir marier au mois de Mai,comme si ce mois étoit de mauvais augure pour lafoi conjugale & pour la prospérité du mariage; & deleur enseigner souvent, quà la réserve des tems quelEglise veut quils sabstiennent de la célébration desnoces, il ny en a aucun ils ne puissent fe marierlégitimement Sc canoniquement.

Les Statuts Synodaux de Sens (/),en i6;8. con- damnent les préférences ineptes de certains jours, ou certains mois, soit pour les Mariages, soit pour autres affaires, comme si les uns étoient heureux,,, & les autres malheureux. . . . Exhortant les Cu- rés à remontrer à leurs peuples, que ces supersti- tions ne sont autre chose que des restes du Paganif- me & des inventions du démon, par lesquelles il tâche de les tromper, & les détourner de lobliga- tion ils sont dans leurs adversités de recourir à Dieu.

Les Statuts & Ordonnances dEvreux (m), ,,en 1664. condamnent auflì la préférence de certains,, jours pour les Mariages.

Les Statuts Synodaux dAgen (n),en 1673.-,, clarent que les superstitions sont des restes de Pa-,, ganifme & dIdolâtrie, & des inventions du- mon, qui étant le singe de Dieu fe fait à fa mo- de une Religion & des adorateurs ; & ils mettent au rang de ces superstitions, les distinctions de mois, ou de jours heureux, ou malheureux pour le Mariage.

Les Ordonnances Synodales du Diocèse de Gre-noble (0), ,, en x 690. proscrivent lobfervance des jours pour les Mariages en ces mots : Nous ordon- nons à nos Archiprêtres de sinformer diligemment,, dans leurs visites de tous les abus & superstitions,, qui fe pratiquent dans les Paroisses de leur canton, comme sont la distinction & préférence ridicule des mois, ou des jours heureux & malheureux, soit,, pour les Mariages, soit pour dautres affaires, pour nous en rendre compte aux Synodes & dans le cours,, de nos visites. Les Curés auront soin de déraciner ces abus, en détrompant les peuples de ces vaines,, superstitions, qui font un reste du Paganisme, &,, une invention du démon, qui veut avoir des ado-

ra-

(,') C. %p. Superstitiolb & magico more dies, noctes, & ho-ras observant aîiqui. . . . In nuptiis, rébus inchoandis, impe-trandis consulendisque. . . . initia duamt , religione perperamabutentes. Nos autem, ne diutiùs perniciosum illud maleficiumconsisteret. . . . nominatim ravimus, tulimusque ne ad sacramcommunionem Parochi eos admittant, quamdiu superstitionibus8c divinationibus hisce, fraudisque diabolicíe inventis utentur.Statuimus etiam ut Parochi eorumve Vicarii siepiùs illos adrno-neant, ut ab illis flagitiofis & malis arpbus desciscant, neque post-hac temerè 8c irreligiosè verbum Domini usurpent, íèd memine-rint nos, nostraque in potestate Dei elfe, ejusque nutu fieri, ad-minislrari, atque moveri omnia.

(k) C. j. de Matrimo. n. y. Abolenda fane perveríà illa ac fu-perstitiosa quorumdam opinio, menfe scilicet Maio uxorem nonducendij quasi aliquid ex eo mali orninis emanans fideiìtati con-trahentium , ac prosperitati nuptiarum officere possit. Doceaturigitur populus 8c ab omnibus Parochi s scepe instruatur, ut super-stitiosis illis magis fidem haud quaquam adhibeat, fçd praeter eatempora, in quibus ex prsescripto Ecclelìre à celebratíone nuptia-rum abstiuetur nullum elfe quo ipsae jure 8c canonice çelebrariprohibeantur.

(/) Tit. des Coutu. aubsi, n. 6 .

(m) Tit. 8c n. eod.

(n) Tit. 39.

(o) Tit. i. art. 3- n. 14. 8c Tit. 6. sect, q, art. 9, n. Iv,