DES SUPE
sait aucune mention des anneaux de l’époux 8 c de l’é-poufe , & s’ils en portent dans cette cérémonie, cesont ceux qu’ils ont reçus de la main du Prêtre à leursfiançailles.
Voilà quel est l’ufage dés Grecs à I’égard de leursanneaux de Mariage ; usage qu’on ne sauroit accuserde Superstition , puisqu’il est autorisé dans leur E-glise.
Dans le Diocèse de Bourdeaux on donnoit autre-fois , comme en Orient , au futur époux & à la futu-re épouse , chacun un anneau en les épousant. Aumoins cela est-il prescrit par le Rituel de Bour-deaux (a) de 1596. Mais je n’estimerois pas qu’onpût faire aujourd’hui la même chose sans Superstition;tant parceque l’Eglise est dans une pratique contraire,qu’à cause que les Rituels ne parlent que d’un anneauau singulier, Beneditlio annuli , 8 c non pas annulorum ,Benedic Domine annulum hmc , grc. & non pas annuloshos , au plurier ; & qu’ils ne disent en aucune maniéréque l’époux doive avoir un anneau pour lui, (6) maisseulement qu’il en doit donner un à son épouse.
IX. Certaines gens, en vue de se garentir de malé-fice , font bénir plusieurs anneaux, quand ils trou-vent des Prêtres assez ignorans , ou assez complaisanspour le faire , & les mettent tous dans le doigt annu-laire de la main gauche, ou de la main droite de leursépouses ; car en certains Diocèses c’est à la main droi-te , & en d’autres c’est à la main gauche qu’on ledonne aux nouvelles mariées , quoique le quatrièmeConcile Provincial de Milan en 1576. [ordonné (c)qu’on le mette à la main gauche. Mais ils ne sauroientmettre ce mauvais moyen en pratique fans tomber dansla Superstition de la vaine observance , & dans cellede l’obscrvance des rencontres.
C’est pour cela que quantité de Rituels , & furtout celui d’Angers, de 162,6. celui de Beau vais, de^637. celui de Chartres de 1640. portent expressé-ment que Panneau que le Prêtre/bénit, & que l’épouxdonne à son épouse le jour du Mariage, doit être uni-que , pour marquer que Jesus-Christ (d) rejette laPolygamie, & qu’il en à de l’horreur. O» ne donnequ'un anneau (dit encore le Rituel de Bourges) purmontrer que la Polygamie est défendue ; ce qu’il justifiepar le témoignage de saint Isidore de Seville (e) , q u jdit , qu’anciennement on n’en donnoit qu’un , decrainte que si on en eut donné plusieurs, cette plura-lité n’eut intéressé l’amour que la femme doit uni-quement à son mari. C’est par la raison que Jesus-Christ a rejetté la Polygamie , que le Rituel de Pa-ris , de 1646. celui de Bologne de 1647. celui deC hâlons fur Marne , de 1649. & celui deTroyes,de 1660. (f) défendent aux Curés de bénir plusieursanneaux pour une feule épouse : ce qu’avoient défenduaussi auparavant les (g) Rituels de Paris de 1615.& de 1630.
X. Un époux ne laisseroit pas d’être superstitieux,bien qu’il ne donnât qu’un seul & unique anneau à son
(a) p. 98. & 99. Benedictio annulorum. Benedic Domine hosannulos , &c. Aspergat Sacerdos annulos, arras 8c circumstantesaquâ benedicta. Deinde Sacerdos accipit alterum annulum interprimos tres digitos, dicens, Benedic Domine hune annulum, &c.Et infigit illum in digitum quartum dextera: manus Sponsi di-cens, Innommé Vatris, ère. Pari modo alterum annulum accipit& benedicit ut sopra, St tradít eum Sponso , qui accípiens illumtribus digitis, infigit iUúm in quarto digito manus dextera: ipiìusSponfìe, 8tc.
(b) Sacerdos aspergit annulum ; deinde tradit illum Sponso, &acceptum jubet iníèrere digito annulari d ex t ra; Sponfx.
(c) Conflit, p. 3. n. 9. Non dextras sed sinistrse manus Sponfxdigitus induatur annule nuptial!.
(d) Oblatum à sponso annulum unicum (in signum reject* àChristo polygamie) benedicit.
(e) L. r. de Ecclef. O flic. c. 19. Antiquitus non ampliùs unodabatur, ne pluralitas amorem unicum carperet.
(/) Annulus sit unicus, caveatque maximè Parochus ne pluresíimul uni Sponsse tradendos benedicat.
(g) Par ces paroles : Cavebit autem Parochus, ne in eo actunuptialisbencdictionìs, plures annulos benedicendos admittat, sedunum dumtaxat recipiat, in signum rejectae poly garni* à Christo,eodem tempore Lc instant! in una eademque persona.
Tome II.
R S T I T I O N S. Z0S
épouse, si, en le lui donnant il affectoit dé ne le faireentrer dans le doigt de la main où. l’Eglise veut qu’ellele porte, que jusqu’à lâ premiere jointure, & pas plusavant. J’en comtois d’assez ridicules pour avoir don-né dans cette vaine observance , s'imaginant par làqu’ils seroient exemts de tout maléfice.- Mais com-ment cela se pourroit-il faire si le diable ne s’en mê-loit ?
XI. Les nouvelles Mariées ne sont pas moins su-perstitieuses lorsque pour empêcher les maléfices, el-les laissent tomber à terre de dessein formé l’anneau deleurs nôces dans le tems qu’elles le reçoivent de lamain de leurs époux, qui le leur donnent. Cette Su-perstition , qui est assez ancienne & assez ordinaire,est proscrite par divers Rituels , 8 c particulièrementpar ceux d’Evreux de 1606. (h) 8 c de i 6 u. (z')quîla défendent sous peine d’excommunication ipfo faélo;par celui de Beauvais (ÌQ de 1637. par celui deRouen (/), & par celui de Chartres (m ), de 1640.qui excommunient auffi ipfo faclo les coupables de cet-te Superstition ; par celui de Paris (#) de 1646.par celui de Boulogne (0) de 1647. & par celui deBourges , ( p ) qui dit que c’est une Superstition, defaire a dejfein tomber Vanneau en le mettant au doigt deVépouse : ce qui suppose que c’est aussi bien l’épouxqui le laisse tomber , que l’épouse. Avant la publi-cation de tous ces Rituels , le Concile Provincial deTours (q) en 1583. avoit excommunié tous ceux quiempêchent l’usage 8 c , 1 a consommation du Mariage parcharmes , sortilèges, maléfices, ligatures, 8 c autresmauvais moyens , & nommément ceux qui laissenttomber les anneaux qui se donnent dans la célébrationdes nôces.
XII. On a fait voir ci-devant (r), que les Messesséchés étoient un phantôme de la vraye Messe , unehypocrisie, une Superstition du faux culte, du culte
su-*
(h) Fol. 3».
(i) P. 213. Ad depeílendum pernicioíùm ilìum errorem, quettipluribus in Iocis invaluisse audivimus , quo plerique majorem inSuperstitioue , quàm in vera pietate fiduciam habentes , ad ar-cendum (ut dicunt) maleficium, hoc vano utuntur remedio : utsponso annulum sponsie fuse tradente , sponsa ipsa , data operâ,annulum in terrain cadere permittat : diflrictè omnibus Parochispraecipimus, ut siepiùs diebus iXuniiiicis Parochianòs flios admo-/néant, neinhanc, vel alias id genus Superstitiones, ab ipfo Dx-mone in tanti Sacramenti opprobrium inventas , impingant. 1Quod si qui , post monitionem , istud in posterum agere prse-sumpserint, excommunicationem ipfo facto incurrentès , proti-nus ex Ecclesia ejiciatìtur, nec ad audiendam Missam , quousqueabsolutionis beneficium coníècutí fuerint, admittantur.
(k) P. 166. Maximè caveat Sacerdos , ne Sponso Sponsie fusedigito annulum inscrente , Sponsa ipsa annulum datâ operâ , adarcendum (ut vulgo creditur) maleficium, in terram cadere per-mittat. Hoc enim Superstitionis genus ab ipso'Dsemoste inven-tum est in tanti Sacramenti dedecus 8c opprobrium ; proptereanon ferendum.
(l) P. 14p.
(m) P. 192. Ut perniciosus ille è’DioeCesis nostrae terminisamandetur error , quo nonnulli Superstitioni quàm pietati plusfidentes , maleficio solvendo , hoc vano 8c inutili prorsus reme-dio utuntur , ut Sponso Sponsse fuse annulum tradente , sponsaipsum consultò in terram elabi sinat : districtè omnibus Parochisprsecipitur, ut siepiùs in Pronis fuis Parochianos admoneant, nein hanc , vel alias id genus Superstitiones , ab ipfo dacmone intanti opprobrium Sacramenti inventas , impingant. Secus quifaxint hoc ipfo excommunicantes , inhibentesque dictis Parochisne in Ecclesiis fuis eos recipiant , nec ad audiendam Miíìàm ad-mittant, donec íesipuerint, 8c absolutionis beneficium consecutìfuerint.
(») P. 323.
(0) P. 211. Caveat Sacerdos de ex digito extrahatur , aut datâoperâ cadat annulus.
(f) P. 6/8.
(q) Tit. 9. de Matri. Praestigiatores (dit-il) Sortilegos, feu ma-leficos, qui ligatuiris 8c aViis mails artíbus ad impediendum Matri-monii consummationem , èorumque conscios 8c correos nisi il-los denunciaverint, praesenti decreto anathematisamus & Eccle-fise communioneprivamus; eosque singulis diebus DominWs inEcclesiis Parsecialibus, nec non à Prsedicatoribus sois in concioni-bus pro anathematisatis publicandos cenfemus - omnes formulasfeu Superstitiones ab Ecclesia reprobatas, à muìtis nihilominus addictas ligaturas impediendum usurpatas , veluti annulorum interram dejectiones, 8í si quse sont alia ejus generis, rejieientes &damnantes.
(r) L. 4. c. ».
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