REMARQUES et ADDITIONS.
P . 6. L. 3. Sur les terres (ffc. Si k pratique dont il est questionest exemte de Superstition , c’cil lors que celui qui l’obier-ve raccompagne de la confiance en Dieu seul: mais le peuple jet-te pour l’ordinaire de l’eau bénite dans ses maisons & fur lès ter-res làns penser à Dieu. II ne connoit que fort imparfaitementla condition que met M. Thiers. Ainíì le peuple n’attribue qu’àseau bénite & non pas à Dieu la vertu de conserver les biens de laterre de garantir ies “maisons 8c les troupeaux Lee. II tombedans le même excès quand il plante des Rameaux bénits dans seschams &c. ainsi que cela se pratique assez généralement partout.Dans le Tyrol on attribue de même à une certaine espèce de boisla vertu de préserver de la foudre. La bénédiction de ce bois sefait le Samedi avant Pâques. Les Curés jettent alors de l’Eau bénitedans; un grand bûcher formé de ce bois : ensuite ils-mettent le feu àce bûcher qu’ils ont béni solennellement ; Lc quand il est bien a!»lumé le peuple se jette sur les tisons & va parcourir, ce bois à lamajn, ses terres 8c ses maisons, parce qu’il-croit que tous les en-droits parcourus ne sent jamais attaqués du feu du ciel, je fuispersuadé que cette pratique est un reste de l’ancienne lujlrationpar le feu..
P. 1.8. L. 19. Ajoutons ici que les cloches éloignent, selon lesRituels , les. Spectres Lc les Esprits malins Lee. Lc ce n’est pas làune des moindres raisons qu’on allégué pour la bénédiction descloches.. On a cru autrefois , & je ne doute pas que bien desgens ne croyent encore , que les orages 8c lés tempêtes font desefiects de la malice des Démons. Comme les raisons physiques desphénomènes de la Nature ne font pas connues de tout le monde,des Légendes & certains miracles ont appuyé cette opinion populai-re. Pierre deCluny rapporte l’histoire d’un jeune Religieux, àqr.ileDiable apparut en habit d’Abbé pour le persuader à déserter de soncouvent , à came de quelques mauvais traitemens qu’il ..y avoirreçu de ion supérieur. Le moine alloit se rendre aux instancesdu faux Abbé, quand heureusement la cloche du réfectoire sonna.L'esprit malin effrayé s’enfuit au plus vite, Lc le Religieux délivréde la. tentation renfa auflì-tôt dans son devoir. Qu’il seroit à sou-haiter que ies cloches des convens eussent encore la même vertu !Les Démons de l’intempérarjce, de la débauche, de i'orgueil Lcc.dis-paroîtroient bientôt des convens, & l’on ne verroit pas tant de moi-nes rebelles , transfuges Lc apostats courir les pais fous de fauxnoms, y faire toutes fortes de mauvais métiers > jusqu’à celui defaussaire & d’appareilleur.
P. 31. L. 33. Ce n’est nullement par politesse ou délicatesseque les Grecs d’aujourd’hui n’ont point de cloches ; c’est parceque Ies-. Turcs ne les veulent pas permettre pour des raisons qu’ontrouve dans ies moindres Voyageurs. Au reste, les Allemans Lcles Fiamans font taxés ici mal à propos comme peu polis, à cau-se de leurs grosses cloches, & fauteur peu judicieux en cette oc-casion, auroit mérité qu’on eut tourné son verbiage en ridicule ,•de la maniéré qu’a fait Rabelais á l’égard de Maître Janotus Brag-mardo. En un mot tout le raisonnement de M Thiers est si platLc si insipide qu’il ne vaut pas la peine qu’on s’y arrête.
P - 34. L. z 8.. On a de la peine à se de faire entierement de laSupeistition qui consiste dans le choix des jours , parce que lafaiblesse de l’homme est telle qu’il se frappe bien plutôt du tems& du lieu de l’éveneinent, que des circonstances qui le produi-sent. Insensiblement on se fait des Epoques de bonheur Lc demrlheur, qui déterminent à faire ou laisser certaines choses tou-tes les fois que certains jours reviennent: comme si notre fortu-ne dépendoit d’un Lundi ou d’un Mardi , de tel , ou de teljour du mois Lee. Si l’opinion des Payens touchant les génies Scies divinités locales a contribué à la Superstition des lieux, les an-niversaires marques pour se ressouvenir du bonheur ou du mal-heur de l’Etat n’ont pas moins contribué à entretenir celle destems: mais quoiqu’il en soit, cette foiblesse est comme née avecl’homme. Au reste divers Auteurs anciens K modernes ont re.cueilli des choses curieuses fur la prétendue fatalité des.jours;mais je ne trouve point d’anniverfàire plus remarquable , (Si ve-rum est) que celui d’un certain Poète nomme Antipater S'ulonius ,qui ne manquoit jamais d’avoir tous les ans la fièvre au mêmejour, qui étoit celui de fa naissance. A la fin il y resta. Poëta Anti-pater Sìdonius , omnibus annis , uno tantummodò die , quo genituserat, febri implicabatur , cumque ad ultimam ntatem perveniffet ,natali fuoeerto silo circuitti morbì confumptus est. Valer. Maxim. 1 .i. cap. 8.
P. 4)-. Lignes xi. 8c xvi. On attribue aussi aux Sorciers l’ufi-ge de la semence dans les sortilèges & les maléfices. Pour le sacrificedes enfans dans les cérémonies magiques , on en trouve des ex-emples dans les enchantemens des anciens. Nos modernes qui ontécrit! fur les sortilèges disent, que ies Sorciers eomposent un on-guent de la graisse & de ia chair des petits enfans nouveaux nés.On a de même accusé ies Gnostiques à‘infanticide. Ils s’assembloient,nousdit-on, le soir du jour de la Passion du Sauveur, hommes, fem-mes, filles, garçons pêle mêle dans un même endroit,& là aprèsavoir fait leurs Cérémonies Religieuses & éteint les chandelles, ilss’abandonnoient aux diflòlutions. Les enfans qui provenoient deces commerces incestueux, ils les e'gorgeoient & en recevoient lesang dans des fioles, bruloient les corps, mêloient ensuite le sangavec les cendres de ces corps Lc employoient ce mélange dansleurs festins. Les Gnostiques , ajoute-t-on , prétendoient qu’il
chaíïbit le Démon, Lee. (
P. 76. L. 5-1. & 52. (la Coiffe qui couvre Lee.) 11 falloit dire quicouvre quelquefois; car les enfans ne naissent pas toujours coiffés.La Superstition qui attribue des vertus extraordinaires à la Coiffeest fort ancienne.Autrefois les Avocats la portoient fur eux,dansla croyance qu’elìe pourroit leur aider à gagner les causes ,& don-fier de la force à leurs raisons. AufíUchetoient ils ces Coiffes fort cher
desíàgés-femmes qui, pour cet effet en dépouilloient furtivementles enfans naissans, Sc de cette maniéré les dépouilloient aussi dèleur prétendu bonheur. Non seulement, dit-011 encore, Pensantqui est né coiffé est heureux; il a même íe privilège d’être invul-nérable , pourvu qu’il k porte toute sa vie sur foi , & encoremieux l’est-il, s’il la mange. Cette Superstition ayant ensuite passéchez les Chrétiens, Lc même chez les Ecclésiastiques eìie fut cen-surée avec raison. V. ce qu’en dit S.Chryíòstome dans ses homé-lies & Balsamon dans ses Commentaires fur les Canons. J’avertisque je cite ces auteurs fur k foi d’autrui , n’ayant pas le moyende vérifier ces citations, Sc ne voulant pas me parer d’une érudi-tion empruntée à limitation de nos modernes faiseurs de livres,
P. 103. L. 16. & íuiv. Touchant l’application de la Clef de SiPierre V. le P. le Brun L. 3. Ch. IV. depuis le milieu jusqu’à lafin. Touchant S., Hubert V. Ibid. L. IV. Ch. I.
P. iy8. L. 10. Ajoutés à toutes ces Messes les Messes dites àSoleil levant , qui lbnt des Superstitions pratiquées en Espagne,
Lc qu’on y appelle, à cause du tems auqueì.on les dit, Mijjas de luLux,.
P. 168. Voy. dans le tome 3. de la Bibliothèque Critique du P.Simon masqué sous le nom de S. Jore au Chap 33. ce qu’il yrapporte íur ? origine & les abus des Indulgences, II y donne deiexemples de falsifications des Bulles des Papes Lc des lettres desEvêques par des Quêteurs Lee. Lc à cette occasion il rapporte aussidiverses autres pieuses malversations.
P. 297. L. 31. Col. 1. La Spodomaneie étoit proprement unádivination par les cendres des sacrifices. 11 seroit fort inutilede récapituler ies différentes sortes de divinations par les Ele-mens , les choses naturelles , les Météores, les animaux, le fort&c. mais je ne íàurois m’empêcher de remarquer ici une prati-que aísez iinguliere. d’unç certaine Congrégation de la Trinité enEspagne, qui est de se choisir tous les mois au fort un nouveauSaint pour Patron. A fin qu’on ne doute point de ce que j’avan-ce, voici ce que dit Torr.eblanea Datmonolog. L. I. Cap. 32.. DeMagia divinatrice. In SS. Trinìtatis .... cengregatìone jingulismenstbus, aliquem nobis ex Beatorum citu fiexìs gembus fortìmuricut illo t empare plus caterìs konorìs & obfequìi ìmpendamus. Et pourmieux témoigner fans doute, combien cette pratique est reeom-mandable , il ajoute gravement une citation d’Ovide en ces ter-mes ; nam ut ait Ovid. L. j. Metamorph,
Blacuit edeste precati
ìdumen , (f auxìlium per sacras qu&rere fortes.
P. 29,8, L. 16. Col. 1. En Espagne les filles regardent par íaffenêtre la nuit de la fête de S. Jean ou de S. Paul. Lc jugent parles paroles du premier paflànt, quel fera le mari qu’elies auront.
P. 30^. Col. 2. L. ^y. L’idée qu’on nous donne ici du Démonsinge de Dieu , qui ib fait une Religion 8c des adorateurs à famode, est une de ces idées outrées qui entretiennent la crainte Sçk Superstition dans les esprits. Examinons la de prés, nous la trou-verons consonne à celle que les Persans ont eue du mauvais Prin-cipe. Avec le même excès Luther a dit quelque part , que leDiable est le Prince & le Dieu du monde. ,, Sumus omnes ......
„ fubjecti Diabolo, quia hofpites sumus in mundo I cujus ipse,, Princeps & Deus est. Panis quem edimus, potus quem bifii-
„ mus.totum quod vivìrous in carne sub ipíìus imperío
], est”. Le Démon étant tel qu’on nous le représente ici, on nedoit pas croire que lc genre humain lui fournisse tout seul des su-jets. II en a dans toute l’étendue de l’air Lc peut-être bien au de-là de notre monde. 11 a fa Cour Lc ses Ministres fous une infini-té de noms anciens & modernes. Tous les génies de l’Antiquitéétoient des Démons Lc dc même toutes les divinités qui cou-roient les champs, Faunes, Satyres, Silènes, Pans, Aîgipans &c. LesManès , les Lémures , les Larvst étoient aussi des Démons avecies Lamies, les Incubes , ies Succubes , qui le sont encore; fans par-ler des Lutins, des Farfadets, des Esprits folets, des Spectres Lee.La Cour moderne de Satan a pour principaux Ministres Lucifer,Asmodée , Belxebut , Lc nombre d’autres, dont on peut voir lesnoms 8c les fonctions dans la Pseudomonarchie des Démons de W/ier,qui auroit bien voulu nous persuader qu’il connoissoít à fond l’Etatde la Monarchie du Diable.
P. 307-. Si l’on est. curieux de lire tout ce qui s’est dit de plusremarquable, tant chez les anciens que chez les modernes, fur lesdifférentes espèces de fascination , on doit avoir recours au grosouvrage Latin de Fromman imprimé in 4. à Nuremberg en 16771.En Espagne Lc ailleurs aussi, les louanges qu’une inconnu ou uneinconnue donnçnt aux enfans font soupçonnées de fascinationpar les personnes superstitieuses ; à cauiè de quoi les Espagnolspendent au cou des enfans k figure du pouce entre les deux pre-miers doits de la main , ce qui s’appelle faire la figue. Les an-ciens avoient les Amuletes, les Abraxas , lçs Talismans ,les nom-bres Lee. Toutes ces choses subsistent encore cher, les Supersti-tieux modernes : à la vérité la plupart fous d’autres noms. Céqu’il y a de particulier & dans 1a fascination & dans les préser-vatifs qu’on lui oppose, c’est que de même que la crainte qui fia-pe l’imagination est capable de rendre k fascination efficace ; !epréjugé & l’esperance peuvent aussi donner de la vertu aux préser-vatifs. On racconte qu’u n Italien fut assez fou pour acheter unprétendu Esprit familier dont il avoir besoin pour faire réussirquelque affaire, Lc que le marchand d’esprits familiers lui en vetì- 'dit un dans une boète , à condition que l’acheteur ne l’ouvriroitpas. L’affaire ayant réussi au souhait de l’italien, il ouvrit ía bóë-te & n’y trouva qu’une araignée. A l’égard des nombres dont j’aiparlé, peu dc personnes ignorent le bien & le mal qu’on en dit:mais malgré ce mal combien de chimères, combien de ra ports eX-travagans n’y trouve t-on pas? Far exemple à l’égard du ternaire j
N n n n 2 I»