2
PUBLICATION INDUSTRIELLE.
il a pensé qu’il serait possible de faire une application analogue aux mou-lins à tabac, en observant toutefois que ceux-ci exigent plus de difficultés,puisque non-seulement leur mouvement doit être alternatif au lieu d’êtrecontinu, mais qu’en outre la vitesse doit être considérablement moindre.L’application était d’autant plus délicate, qu’il fallait se renfermer dansdes conditions rigoureuses de localités et de choses établies dont on nepouvait départir.
Toutefois, sans s’arrêter aux difficultés, il est parvenu, après avoir con-venablement étudié les dispositions, à établir un système qui a donné lesmeilleurs résultats et qui est trop remarquable pour que nous n’ayons pascherché à le faire connaître, persuadé qu’il peut se répandre dans diversesindustries où son application sera susceptible de rendre des services.
La manufacture de Paris , qui n'occupe pas moins de 36 moulins sem-blables, est sans contredit la fabrique la plus importante, non-seulementde toute la France , mais encore de toute l’Europe. Renfermant plus de va-leurs en matériel et en marchandises que l’Hôtel des Monnaies, qui, cepen-dant, peut fabriquer par jour plus de cent mille pièces d’argent, d’or ou decuivre, elle peut livrer à la consommation un chiffre tellement élevé, soiten tabac à priser, soit en tabac à fumer, qu’elle rapporte à l’État près decent millions par année (1).
Deux machines à vapeur, ayant ensemble cent chevaux de force, fontmouvoir tous les moulins avec les machines à tamiser, ainsi qu’un grandnombre de hachoirs de gros et de tabac à fumer, les élévateurs destinés àmonter les marchandises, et enfin les tours, les meules à aiguiser les lameset les divers outils des ateliers de réparation. Les chaudières, qui représen-tent plus de 160 chevaux, servent non-seulement à faire mouvoir les ma-chines, mais encore à alimenter les divers séchoirs à vapeur établis pour ladessiccation des produits.
Avant d’entrer dans les détails relatifs à la construction des moulins àrâper, nous croyons qu’il ne sera pas sans intérêt de donner une idée géné-rale de la fabrication des tabacs à priser et à fumer; et, à ce sujet, nousne pouvons mieux faire que d’extraire les passages suivants du Mémoirepublié par M. Barrai dans le Dictionnaire des arts et manufactures.
« On compte en France dix manufactures de la régie, lesquelles sont situées àParis , Lille , le Havre, Morlaix , Bordeaux , Tonneins , Toulouse , Lyon , Strasbourg et Marseille . Elles occupent ensemble plus de quatre mille ouvriers, femmes et en-fants. Il y en a neuf qui fabriquent les tabacs ordinaires à priser et à fumer du prixde 7 fr. le kilogramme et les tabacs supérieurs à fumer, de M fr. 10 c. A Marseille ,on ne fabrique que des cigares, à Morlaix et à Tonneins des tabacs en carotte ; celles
(1) Les bénéfices annuels que fait la régie ont été constamment en progression croissante depuisl’origine. Ainsi lorsqu’on 1815 iis n’étaient encore que de 32 millions, en 1830 ils s’élevaient à45 millions, en 1840 ils dépassaient 70 millions de francs, et en 1841 plus de 80 millions. Aujourd’huise trouve plus que réalisée la prédiction de Napoléon que le monopole des tabacs arriverait àverser annuellement 80 millions dans les coffres du Trésor public.