NAVIRES A VAPEUR.
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EXPÉRIENCES SCR LE NAPOLÉON.
On n’avait pas encore construit un vaisseau à hélice à moyenne vitesse, et lesessais de l’Angleterre avaient peu réussi, lorsqu’on osa entreprendre de dépasserles paquebots rapides, et qu’on parvint à le réaliser avec un vaisseau armé d’unepuissante artillerie et capable d’étendre une vaste voilure. Cette entreprise futconçue et exécutée à Toulon , par M. Dupuy de Lôme, à bord du vaisseau de90 canons le Napoléon.
Ses formes gracieuses et plus fines que d’habitude lui permirent d’obéir plus faci-lement à l’impulsion en divisant l’eau vers le haut comme vers le bas, au lieu dela refouler comme les anciens vaisseaux ; sa mâture, un peu réduite, fut portéevers l’arrière, et elle fut encore assez vaste pour imprimer une belle vitesse.
A l’époque où il fut entrepris, on n’avait pas encore acquis de confiance dans lesmachines directement unies au propulseur, et pour imprimer une vitesse de plus de42 nœuds, on crut que, malgré les dimensions de l’hélice, il était nécessaire d’em-ployer un engrenage pour obtenir une rotation assez rapide. On adopta donc unedisposition semblable à celles employées en Angleterre sur le Highflyer , sur leBrisk, sur le Dauntless, et surtout sur le Sharkie.
L’appareil exécuté par l’usine d’Indret, sous la direction de M. Moll, se com-posa de deux cylindres horizontaux, placés à tribord, et balancés à l’opposé parune énorme roue de cinq rangs de dents, venant engrener par côté avec le pignonplacé au mileu du navire. Des bâtis, fortifiés par de nombreuses entretoises, joignentles paliers du grand arbre aux cylindres, ainsi qu’à l’arbre de l’hélice, et servent enmême temps de guides aux glissières d’un T uni à la tige de piston, pour la main-tenir en ligne droite. La bielle fait suite à la tige, et au lieu de mener la pompe àair par un balancier, comme on le voit sur les dessins du Dauntless , la manivelledu Napoléon se recourbe sur elle-même après la soye de la grande bielle, et vientformer un second tourillon plus rapproché du centre de rotation, de manière à nedonner que la moitié de la course du grand piston à la pompe à air. Ce bouton demanivelle est libre, et soutenu seulement par le roide des parties; mais, sur leNapoléon , il a été retourné vers l’axe pour s’unir à un petit arbre dans le prolonge-ment du grand, afin de soutenir le bouton de la pompe à air. De la sorte, il a fallutenir en ligne droite quatre paliers, et si la perfection de l’ajustage a permis à cettedisposition de bien fonctionner dans le principe, elle a beaucoup fatigué dès quel’usure en a diminué l'exactitude.
Le diamètre du grand cylindre est de 2“49;
La course de son piston 1 m 63 ;
Le diamètre de la pompe à air est de 1"700;
Et sa course est 0“616 : elle est placée du côté opposé au cylindre à vapeur.
Les tuyaux de décharge débouchent au-dessus de l’eau et du même bord par detrès-grands orifices. Les tiroirs sont placés verticalement sur les côtés, en regarddes cylindres; ils sont en coquille et à compensateur. Ils reçoivent le mouvementpar deux excentriques et un arc fendu comme sur les locomotives.
Les huit chaudières sont à retour de flamme, et placées par groupes de quatrecorps, les unes en avant de la machine, les autres en arrière; leurs boîtes à fuméedébouchent par l’angle dans une cheminée commune, de sorte que l’une de ces der-nières est entre le mât d’artimon et le grand mât, et l’autre sur l’avant de celui-ci :c’est aussi la position, de la machine.