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PUBLICATION INDUSTRIELLE.
« Il y a donc, par l’effet de l’augmentation de densité, une économie de 5 francspar quintal métrique expédié d’Alger à Oran . Or, pour 1845, les expéditions pourla province d’Oran se sont élevées à 72,000 quintaux métriques, de sorte que, sicette économie avait pu être réalisée sur la totalité des expéditions, elle se fut éle-vée, pour le seul approvisionnement de cette province, à 360,000 francs.
« Mais il faut ajouter que ces presses de la force de 300,000 kilogrammes, quoiqued’une bonne exécution, sont disposées de telle sorte qu’on ne peut y introduire àla fois que 60 à 65 kilogrammes de foin en rame, et obtenir d’une seule pressionque des balles de ce poids, ce qui multiplie inutilement les opérations qui durentà peu près une heure par balle, rend beaucoup trop faible le produit qu’ellespeuvent fournir par jour, et augmente les frais de pressage et de ligature. Quandon veut former des balles d’un poids plus considérable, on est obligé d’en réunirplusieurs petites, et, d’après les expériences faites à Alger , il faut 5 heures 48 mi-nutes pour faire ainsi une balle de 205 kilogrammes seulement.
« Ces résultats, quoique supérieurs à ce qui avait été fait précédemment, sontdonc bien loin de répondre aux besoins, et le volume considérable que conserventencore les balles, auquel on ne donne à Bone, avec des foins tendres, qu’une den-sité quadruple de celle qu’il a en magasin, fait encore de cette matière une mar-chandise encombrante, dont le fret est beaucoup trop élevé.
« Préoccupée de ses besoins urgents et de la nécessité d’améliorer cette partieimportante du service, l’administration de la guerre, après avoir consulté une com-mission dans laquelle elle appela quatre membres de l’Académie, se décida à en-voyer en Angleterre un officier supérieur d’artillerie, avec mission de visiter lesateliers de construction des presses, et surtout ceux de pressage des foins, pour yétudier les procédés suivis par nos voisins, qui font depuis si longtemps un usagegénéral de la presse hydraulique pour toutes leurs expéditions. Par suite des rap-ports qui lui furent adressés, elle ordonna à Liverpool la construction de six pressesde la force de 650,000 kilogrammes (1), devant donner, d’une seule pression, desballes de 250 kilogrammes, ayant sous presse une densité de 500 kilogrammes aumètre cube.
« Chargé parle ministre de la guerre d’aller recevoir ces appareils, je m’aperçus,dès les premières épreuves, que, s’ils ne laissaient rien à désirer sous le rapport dela puissance et de l’exécution, et satisfaisaient strictement aux conditions du mar-ché, le mode d’introduction du foin sous la presse était encore imparfait. En effet,cette matière était amenée dans des caisses portées sur des chariots, que l’on fai-sait avancer sur des rails en fer et dont le fond mobile se trouvait au-dessus dupiston. Lorsque l’on mettait la presse en action ce piston enlevait le fond, et, lerapprochant du sommier supérieur, comprimait le foin contre ce sommier. Lamoitié supérieure des côtés de la caisse pouvait s’ouvrir pour faciliter la ligature dela balle; mais, malgré cette précaution, le foin, gonflé par la pression, tantôt sou-
(1) U n’y avait certainement pas besoin d’aller en Angleterre, pour chercher des presses de celtepuissance, car tout le monde sait qu’en France , depuis plusieurs années, on a construit des appareilsde celte force. Ainsi dans les sucreries, dans les huileries, dans les fabriques de bougies stéariques,il n’est pas rare de voir des presses hydrauliques de 5 à 600,000 kilog.; il y en a même qui sont pluspuissantes encore; et pour la fabrication des tuyaux de plomb, on a des presses d'une plus grandeforce; chez M. Cave, par exemple, il en existe une qui certainement peut donner une pressionsupérieure à 1,500,000 kilog. Les puissantes machines que ce constructeur et plusieurs autres très-connus dans l’industrie ont exécutées ne laissent aucun doute à l’égard de la bonne confection deces sortes d’appareils. (Ar.)