PUBLICATION INDUSTRIELLE.
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CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
SUR LES DANGERS DES CHEMINS DE FER ACTUELS,
ET MOYENS D’EN DIMINUER LE NOMBRE,
PAR M. SEGÜIER.
« Un cri d’alarme sera vainement parti de cette enceinte ! L’un de vos collèguesvous aura fait partager ses légitimes terreurs ; votre vive sollicitude pour la vie devos concitoyens vous aura conseillé de vous départir de tous vos usages académi-ques, et l’inertie de la routine et la tolérance du laissez-faire ne se seront pointémus! Le 8 juillet fait désormais le triste pendant du 8 mai !
« Le déraillement accompagné d’incendie sur le chemin de fer de Versailles (rivegauche) voit enregistrer à sa suite le déraillement suivi de submersion sur le che min de fer du Nord . Cette lugubre journée a même eu un lendemain !
« Quels fruits a donc portés la cruelle expérience faite au prix de la vie et dessouffrances de tant de victimes ? L’exemple des deux locomotives fatalement atteléesl’une à l’autre sur le chemin de Versailles , sans autre nécessité que la tractiond’un convoi disproportionné, a trouvé des imitateurs sur le chemin du .Nord. Aquoi ont servi vos savants enseignements ?
« La science vous a départi le don des tristes prophéties ! Vainement vous avezproclamé que les dangers croissaient dans une effrayante progression avec la masseet la vitesse des convois. Vos avertissements doivent-ils toujours demeurer stériles ?Est-ce désormais au prix de tant de sang répandu, de tant de larmes versées, quenous devons continuer à payer ces avantages réels , mais trop chèrement achetés,des distances rapidement franchies ? Non, l’admirable invention des chemins defer n’est pas condamnée à rester indéfiniment soumise à des chances de désastressi fréquemment renouvelés, et, quoique la statistique vienne froidement nousprouver que les victimes sont encore bien rares si on les compare au nombre im-mense des voyageurs heureusement transportés, la nécessité d’apporter un remèdeefficace à un pareil état de choses se fait impérieusement sentir.
<> Si, pour la première fois et sans autre antécédent, un hardi novateur venaitvous offrir, pour composer une voie de communication rapide, deux bandes demétal jetées sur des viaducs ou sur des remblais sans accotements ; s’il vous disait :Je ne fixerai mes deux étroits sentiers de fer qu’à certaine distance par un coin debois dans des supports de fonte, j’établirai mes supports sur des poutrelles ense-velies dans un gravier mouvant, je n’attacherai mes supports sur mes poutrellesque par de simples chevillettes ; celles-ci seront lancées à grands coups de marteaudans les extrémités des poutrelles, au risque presque certain de les fendre; je neprendrai aucune précaution pour éviter l’oxydation des chevillettes et la pourrituredes poutrelles; pourtant, sur cette voie établie d’une façon si peu durable, je pré-tends faire courir à plus de 80 kilomètres à l’heure de pesantes machines , dont ladirection certaine ne sera garantie que par le parallélisme des essieux, la solida-rité des roues, et un rebord de jante de quelques centimètres.
« Messieurs, je n’hésite pas à le dire, une telle imprudence serait taxée par vousde folie. Aujourd’hui pourquoi donc est-ce moi seul que vous accusez d’exagération?Pourtant je ne trahis point la vérité; les dangers que ma fidèle description fait