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PUBLICATION INDUSTRIELLE.
pressentir ne sont point les chimériques appréhensions d’une imagination frappée:le fait existe, mais déjà il ne nous effraye plus, la pratique de chaque jour nous afamiliarisés avec lui! Deux catastrophes, à jamais regrettables, me donnent tropjustement raison pour que je me croie obligé d’énumérer devant vous les causes sinombreuses qui peuvent, sur les chemins actuels, amener des accidents ; qu’ai-jebesoin de démontrer l’insuffisance trop bien prouvée des moyens employés pour lesprévenir ! Vous me dispensez de mettre en parallèle, d’un côté, la multiplicité deschances fatales , de l’autre, la faillibilité des trois précautions qui constituent, àelles seules, tout le dispositif de sûreté d’un chemin de fer. Répétons-les : le paral-lélisme des essieux, la solidarité des roues, le rebord des jantes, trois moyens dou-teux qui doivent pourtant suffire à tous les cas. Rangerons-nous, parmi les moyensde sûreté efficaces, ces ingénieuses dispositions à l’aide desquelles on prétend pou-voir conjurer le nouveau genre de danger que l’adoption de courbes à petits rayonsviendrait ajouter à tous ceux que les lignes à grandes courbes présentent déjà ?Nous manquerions à un devoir de conscience si nous vous laissions ignorer l’acci-dent survenu jeudi soir, à Saint-Ouen , avec certains appareils de locomotion jugésplus sûrs que ceux que l’expérience avait déjà démontrés l’être si peu !
« Spectateur d’un déraillement de wagons à essieux articulés dans une courbede 84 mètres par une vitesse qui, au dire de l’ingénieur dirigeant l’expérience,n’avait rien d’exagéré ; témoin d’un sinistre qui aurait pu faire de nombreusesvictimes, nous nous sommes promis de conjurer, autant que nos forces nous lepermettraient, le renouvellement du désastre arrivé sous nos yeux ; nous venonsaujourd’hui nous acquitter de cet engagement pris avec nous-mêmes; le but de nosefforts nous méritera votre indulgente attention. Mais raconter avec émotion toutesles circonstances d’un déraillement qui, par un fait providentiel, n’a pas eu toutesles conséquences fâcheuses qu’il pouvait avoir ; après avoir vu le train d’une voi-ture articulée mis en pièces dans une courbe, répéter avec conviction que la forcecentrifuge offre d’imminents périls ; proclamer avec énergie l’insuffisance du ma-tériel même le plus perfectionné, sans considération pour des industries puissam-ment constituées, sans ménagement pour des entreprises à leur début, ne serait-cepas céder à un fâcheux désir de blâme , à un misérable besoin de récriminationsaprès un danger couru? Loin de nous d’aussi basses pensées!
« Nous voulons payer notre faible tribut à l’œuvre de conservation qui doit, ence moment, occuper tous les esprits, et, quelque minime que puisse être notrecontingent d’idées utiles , nous venons aujourd’hui, messieurs, vous l’offrir avecconfiance, certain d’être mieux accueilli dans cette enceinte que nous ne l’avonsété naguère, alors que nous provoquions directement l’attention de la haute admi-nistration sur des moyens de sûreté dont, peut-être à tort, nous nous exagéronsl’efficacité. Suivant nous, les deux causes les plus imminentes d’accident sur leschemins de fer sont le déraillement et l’arrêt brusque. Le déraillement en platecampagne pourrait parfois, peut-être, arriver sans conséquences graves ; maisl’arrêt brusque, par une vitesse considérable, sera toujours suivi d’une catas-trophe , dans l’état actuel des choses, où rien n’empêche les voitures de s’élever lesunes sur les autres. Rendre les déraillements impossibles, amoindrir les suites desarrêts brusques , voilà la direction donnée à nos recherches ; une condition préa-lable et essentielle pour diminuer les risques inséparables d’une grande vitesse nousparait être la légèreté des convois. La sécurité des voyageurs ne résulterait passeulement de cette condition, elle amènerait une notable économie de construction :