Band 
Tome cinquième.
Seite
262
JPEG-Download
 

262

PUBLICATION INDUSTRIELLE.

pressentir ne sont point les chimériques appréhensions dune imagination frappée:le fait existe, mais déjà il ne nous effraye plus, la pratique de chaque jour nous afamiliarisés avec lui! Deux catastrophes, à jamais regrettables, me donnent tropjustement raison pour que je me croie obligé dénumérer devant vous les causes sinombreuses qui peuvent, sur les chemins actuels, amener des accidents ; quai-jebesoin de démontrer linsuffisance trop bien prouvée des moyens employés pour lesprévenir ! Vous me dispensez de mettre en parallèle, dun côté, la multiplicité deschances fatales , de lautre, la faillibilité des trois précautions qui constituent, àelles seules, tout le dispositif de sûreté dun chemin de fer. Répétons-les : le paral-lélisme des essieux, la solidarité des roues, le rebord des jantes, trois moyens dou-teux qui doivent pourtant suffire à tous les cas. Rangerons-nous, parmi les moyensde sûreté efficaces, ces ingénieuses dispositions à laide desquelles on prétend pou-voir conjurer le nouveau genre de danger que ladoption de courbes à petits rayonsviendrait ajouter à tous ceux que les lignes à grandes courbes présentent déjà ?Nous manquerions à un devoir de conscience si nous vous laissions ignorer lacci-dent survenu jeudi soir, à Saint-Ouen , avec certains appareils de locomotion jugésplus sûrs que ceux que lexpérience avait déjà démontrés lêtre si peu !

« Spectateur dun déraillement de wagons à essieux articulés dans une courbede 84 mètres par une vitesse qui, au dire de lingénieur dirigeant lexpérience,navait rien dexagéré ; témoin dun sinistre qui aurait pu faire de nombreusesvictimes, nous nous sommes promis de conjurer, autant que nos forces nous lepermettraient, le renouvellement du désastre arrivé sous nos yeux ; nous venonsaujourdhui nous acquitter de cet engagement pris avec nous-mêmes; le but de nosefforts nous méritera votre indulgente attention. Mais raconter avec émotion toutesles circonstances dun déraillement qui, par un fait providentiel, na pas eu toutesles conséquences fâcheuses quil pouvait avoir ; après avoir vu le train dune voi-ture articulée mis en pièces dans une courbe, répéter avec conviction que la forcecentrifuge offre dimminents périls ; proclamer avec énergie linsuffisance du ma-tériel même le plus perfectionné, sans considération pour des industries puissam-ment constituées, sans ménagement pour des entreprises à leur début, ne serait-cepas céder à un fâcheux désir de blâme , à un misérable besoin de récriminationsaprès un danger couru? Loin de nous daussi basses pensées!

« Nous voulons payer notre faible tribut à lœuvre de conservation qui doit, ence moment, occuper tous les esprits, et, quelque minime que puisse être notrecontingent didées utiles , nous venons aujourdhui, messieurs, vous loffrir avecconfiance, certain dêtre mieux accueilli dans cette enceinte que nous ne lavonsété naguère, alors que nous provoquions directement lattention de la haute admi-nistration sur des moyens de sûreté dont, peut-être à tort, nous nous exagéronslefficacité. Suivant nous, les deux causes les plus imminentes daccident sur leschemins de fer sont le déraillement et larrêt brusque. Le déraillement en platecampagne pourrait parfois, peut-être, arriver sans conséquences graves ; maislarrêt brusque, par une vitesse considérable, sera toujours suivi dune catas-trophe , dans létat actuel des choses, rien nempêche les voitures de sélever lesunes sur les autres. Rendre les déraillements impossibles, amoindrir les suites desarrêts brusques , voilà la direction donnée à nos recherches ; une condition préa-lable et essentielle pour diminuer les risques inséparables dune grande vitesse nousparait être la légèreté des convois. La sécurité des voyageurs ne résulterait passeulement de cette condition, elle amènerait une notable économie de construction :