PUBLICATION INDUSTRIELLE.
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spéciales à chaque espèce de filaments. La supériorité du peignage manuel et ladiversité des caractères des matières premières expliquent l’opiniâtreté avec laquelleles plus habiles et les plus compétents ont suivi cette voie.
Avant Heilmann nul n’aurait supposé qu’un même système pouvait être indis-tinctement appliqué aux diverses fibres, et bien moins encore que l’opération auto-matique distancerait bientôt les résultats les plus perfectionnés, exceptionnellementfournis par l’ouvrier le plus habile.
C’est en abandonnant les errements du passé que le célèbre inventeur a si remar-quablement réussi. Il a imaginé deux machines; l’une ébauche le travail par undémêlage, et l’autre reçoit le produit de la première sous forme de ruban : celle-cile fractionne, en redresse et épure les fibres presque une à une, réunit cellesd’égale longueur, les parallélise, et les soude par juxtaposition pour reformer unruban peigné dans tous les sens. Remarquons incidemment que c’est en opérant surles filaments en quelque sorte isolés, que l’auteur a pu se passer de l’interventionde certains éléments auxiliaires, indispensables à tous les autres procédés, et peignerla laine, par exemple, sans le secours de la chaleur.
Les propriétés de la machine sont telles , que les fibrilles les plus courtes , mêléesaux impuretés constituant les étoupes, les blousses, ou les déchets du coton réservésjusqu’ici à l’action de la carde, peuvent être peignées désormais.
Cette faculté toute nouvelle de travailler, avec un égal succès, des filaments d’unelongueur quelconque, non-seulement des matières usuellement peignées, mais aussicelles qui n’avaient été transformées de la sorte avant l’invention Heilmann, a eudes conséquences inespérées pour l’industrie. Des rebuts sont devenus ainsi propresaux fils les plus estimés.
L’inventeur range, par le fait, toutes les substances textiles en un certain nombrede catégories basées sur les longueurs, et pour lesquelles il établit autant de typesou formats de démêloir et de peigneuse. Le volume des organes, le règlement etl’amplitude des mouvements sont nécessairement en rapport avec les dimensionsdes fibres à ouvrer.
La supériorité du système nouveau sur ceux qui l’ont précédé est si tranchée, queson emploi a été le point de départ d’une phase nouvelle de progrès dans les artstextiles en général.
Le génie de Heilmann paraît s’être résumé dans cette dernière œuvre de sa vie.Des démonstrations géométriques aussi neuves qu’ingénieuses en exposent le prin-cipe; plusieurs solutions élégantes et sûres, et des combinaisons de détails d’uneprécision mathématique, en assurent la réalisation.
Le succès inouï de la nouvelle méthode de peignage a provoqué les recherches,et fait surgir de nombreux essais; mais jusqu’ici, ou leurs résullats sont moins par-faits et moins généraux, ou les moyens participent de ceux de Heilmann.
Par le caractère de sa dernière invention comme par l’ensemble du progrès quel’industrie lui doit, Josué Heilmann est le digne continuateur des Vaucanson, desJacquard et des de Girard.
Son œuvre, après avoir traversé les phases plus ou moins pénibles réservées sur-tout aux grandes découvertes, fait aujourd’hui le profit de toutes les nations indus-trielles du monde. Il fut plus heureux cependant que la plupart de ses devanciers.A peine la contrefaçon crut-elle pouvoir se produire au loin, que les tribunaux enfurent saisis. La justice anglaise n’hésita pas entre le devoir et un faux amour-proprenational; elle constata, d’une manière éclatante, les droits de l’inventeur français