24
PUBLICATION INDUSTRIELLE.
En Autriche , on se sert exclusivement du rabot muni d’un fer particulier, construitpar l’ouvrier chargé de débiter le bois. Ce fer ressemble à une mèche ordinaire;seulement, à la place du tranchant, son extrémité inférieure se termine par unepartie recourbée. On ménage dans cette partie trois, quatre ou cinq trous cylin-driques qu’on perce d’outre en outre, à l’aide d’un foret à archer. Le fer le plusconvenable paraît être celui à trois trous. Ces ouvertures deviennent, par le travailde la lime, les emporte-pièces qui doivent pénétrer le bois et le débiter en petitesbaguettes cylindriques. On fait varier la forme de ces trous avec l’espèce de tigesqu’on veut obtenir. Le débitage du bois se fait en dehors des usines, dans lesforêts mêmes.
Dans les autres pays où les fabricants ne s’approvisionnent pas de petites baguettespréparées en Autriche , on se sert de machines spéciales pour fendre le bois. Cedébitage se fait dans des ateliers séparés de la fabrique d’allumettes. En France ,le bois le plus employé est le tremble , qui est léger et facile à fendre. On y utiliseégalement le bouleau , qui est plus lourd et donne de meilleurs produits mais d’unprix de revient supérieur à ceux du tremble. Avant de couper le bois, on le dessècheau four, on le scie ensuite en troncs de cylindres qui sont débités en tiges carréesou cylindriques. Comme les fibres du bois de tremble et de bouleau ne sont pasdroites, les tiges coupées, carrées ou rondes, n’ont guère des fils dépassant enlongueur deux fois le diamètre de celles-ci, ce qui rend ces tiges très-sujettes à secasser lors du frottement qu’on exerce pour allumer la pâte phosphorée. On évitecet inconvénient en prenant l’allumette le plus près possible du bout; mais, dansce cas, on risque de se brûler les doigts. Certaines allumettes carrées, en boisléger, qui se trouvent dans la consommation parisienne, présentent ce défaut desolidité à un degré très-prononcé. Le fragment d’allumette qui se détache tombesouvent à terre, quand il a déjà pris feu, ou bien s’il n’est pas allumé, il s’enflammepar le frottement involontaire du pied; dans l’un ou l’autre cas, les risques d’in-cendie sont évidents. On ne peut se le dissimuler, il y a là un danger réel, et auquelil importe que l’autorité publique, si vigilante à Paris , porte remède.
Grand nombre d’usines d’Angleterre, de Belgique , de Danemark , de Prusse ,de Saxe, de Suède , font venir de l’Autriche et de la Forêt Noire du Wurtem-berg les petites baguettes faites au rabot. On les découpe ensuite en tiges d’allumettes.
Mise en presse. — Pour que le bout de chaque tige d’allumette puisse recevoird’abord le soufre, puis la pâte phosphorée, il est indispensable de les tenir isoléesles unes des autres ; on arrive à ce résultat par la mise en presse.
A cet effet, une ouvrière, car c’est presque toujours une femme qui exécute cetravail, prend dans sa main un certain nombre d’allumettes, et elle les éiend rapi-dement sur une planchette à crans, disposée de telle sorte que chaque cran, creuséun peu en biais, retient une allumette; elle prend aussitôt de son autre main uneautre planchette semblable, et elle en recouvre la première, puis elle étend de nou-veau ses allumettes; chaque planchette présente à son revers deux bandelettes deflanelle collées dans le sens de sa longueur, et destinées à maintenir les allumettesqu’elle recouvre; ces planchettes ainsi garnies, se superposent et se fixent les unessur les autres, en remplissant l’espace laissé entre deux baguettes rondes et verticales,taraudées à leurs sommets, qui reçoivent les planchettes par les deux trous qu’ona ménagés à leurs extrémités. Lorsque ce châssis est rempli par vingt ou vingt-cinqplanchettes superposées, on les fixe toutes au moyen d’une dernière planchette pleine,qui est assujettie par des vis. C’est là le procédé autrichien, qui est exécuté de la