Volume 
Tome onzième
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PUBLICATION INDUSTRIELLE.

jugé sans le concours du fabricant. Cest une des portes par lesquelles sintroduit lehasard, traînant à sa suite linjustice. Tel fabricant est empressé à suivre le jury,adroit à faire valoir son mérite, habile à exposer ses titres, prompt à capter la bien-veillance; souvent tout ce savoir-faire est en raison inverse de lhabileté manufactu-rière. Tel autre fabricant, au contraire, est un homme actif, mais modeste, qui passesa vie dans les ateliers, à bien faire, à inventer, à diriger ; il est éloigné de tout espritdintrigue ; il est complètement inhabile à parler de soi et de ses créations. Tel autreencore est retenu par la distance, par ses occupations ; il parle mal ou pas du tout lalangue de la majorité des jurés. Le jury, privé de renseignements, nayant personnequi larrête, passe ainsi à côté dœuvres remarquables sans y prêter lattention néces-saire.

Si encore il ny avait que ces motifs derreur! mais il y a, en outre, les influencesrivales qui circonviennent le jury pour le tromper. Alors le jury entre en défiance delui-même et se met en garde contre ses propres jugements. Il hésite à faire un choix,en présence de concurrents du même mérite. Il se laisse aller tout naturellement àrécompenser les idées ingénieuses, quoique moins importantes, quand il y a un seulExposant de ce genre, et que cette récompense ne peut exciter les récriminations desconcurrents. Cest par que sintroduit cette coutume daccorder à certaines catégo-ries d'Exposants le monopole des récompenses de premier ordre; ou bien, pour éviterde faire un choix, on est forcé d inventer ces récompenses collectives qui sadressentà toute une industrie, à foute une ville.

Ce nest pas tout. Sest-on demandé quelquefois de combien déléments divers doitse composer un arrêt du jury? 11 faut tenir compte de la.qualité propre, des conditionsgénérales du métier, du pays, du prix, de la situation des ouvriers, bref, dune mul-titude de points que de lentes et complètes investigations, faites sur les lieux de pro-duction, peuvent seules éclaircir. Plus les progrès sont grands, plus lappréciationdevient difficile.

Je suppose cependant que, par des méthodes excellentes, en employant le tempsnécessaire et en échappant à toute influence, le jury arrive à un résultat complet; jedis quil serait encore très-contestable, et marqué au coin dune justice très-relative,et cela parce que dans leurs jugements les jurys manquent dun critérium commun.Comment décider lequel mérite le plus une récompense, dun procédé de photogra-phie ou dun bateau de sauvetage? dun perfectionnement dans une machine à vapeurou dun nouveau procédé pour produire lacier? dun instrument pour découper lescuirs ou dune machine à coudre? dune machine à faire le beurre ou dun procédéde drainage? Entre tous ces objets, il nv a pas détalon commun; par conséquent,pas de comparaison possible. La tâche est impossible à remplir, non-seulement parceque les éléments dappréciation manquent, mais parce que la supériorité relative entredes produits si divers nexiste pas. Les classes ne peuvent pas être dirigées par lesmèmès règles : de linégalité choquante des appréciations du jury,.

Je le répète, le véritable aréopage des récompens s, cest tout le monde.

Sd en est ainsi, que doit-on faire des jurys? Doit-on les supprimer?

Non, je crois quil faut les transformer.

Les Expositions universelles ont pour objet de mettre en évidence les progrès accom-plis. Le vrai rôle des jurys, cest donc détudier les perfectionnements, de les signaleraux producteurs et dappeler l'attention des industriels et des fabricants sur lesbranches létat de la production laisse à désirer. .

Aux jurys des récompenses doivent être substitués des jurys détudes qui, au lieu