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On voit que le filateur a toute la latitude désirable pour régler l’opéra-tion du peignage en rapport avec la nature même des matières qu’il estsusceptible de traiter. Par l’expérience qu’il acquiert, par l’habitude et lapratique de son contre-maître chargé spécialement de la peignerie, ilarrive aisément à combiner la vitesse de sa machine et le poids de chaquepoignée, de manière à obtenir le travail régulier convenable, en produi-sant le moins de déchet possible, en faisant le plus de longs brins et enextrayant le moins d’étoupes.
RÉSULTATS PRATIQUES DU PEIGNAGE.
A Saint-Martin, où l’on ne traite que des chanvres de diverses prove-nances, nous avons pu constater que le produit de chaque peigneuse est,en général, de 250 à 300 kilogrammes de matières peignées des deuxbouts, par journée de 12 heures. M. Brière tenant, avant tout, à un pei-gnage parfait, et surtout à la production de longs brins, ne les fait pasmarcher à plus de 110 à 115 révolutions par minute, et il est rare que lespinces soient chargées de plus de 130 grammes de chanvre chacune.
On sait que le chanvre est une matière plus dure, mais aussi beaucoupplus forte, plus résistante que le lin ; et comme il est aussi considérable-ment plus long, il faut de toute nécessité le couper en deux ou en troisparties avant de le soumettre au peignage, et après l’avoir assoupli à unemaillerie pendant 15 à 20 minutes (1). L’on est, en outre, dans l’obligationde le débloquer, c’est-à-dire que l’ouvrier, qui est appelé à cet effet déblo-queur, le prend par poignées, et peigne successivement chaque bout, à lamain, sur des peignes fixes, afin d’en enlever les plus grosses étoupes,qui, sans cette opération préparatoire, fatigueraient la machine et ne luipermettraient pas de faire un travail aussi régulier que celui qu’elle donne,et d’obtenir autant de produit dans le même temps.
Toutes les poignées de longs brins sortant de la peigneuse mécaniquesont repassées avant d’être portées à la filature. Les ouvriers chargés decette dernière opération se nomment repasseurs; leur travail, comme onle comprend, est infiniment moins pénible que celui des peigneurs à lamain, et par suite beaucoup plus considérable.
(I) La machine à assouplir le chanvre en usage à l’usine de Saint-Martin a été notablementmodifiée et perfectionnée par M. Brière; elle consiste en deux meules verticales qui sont arron-dies à la circonférence extérieure, de manière à ne porter que sur une partie étroite, vers lesdeux tiers de leur épaisseur, qui est au moins de 0m,50; ces meules ont I mèt. 20 de diamètre, etse promènent en tournant, sur une table horizontale légèrement creuse, sur laquelle deux ou troishommes viennent apporter les paquets de chanvre qu’ils étendent et retournent sans cesse, afinqu’elles reçoivent la pression des meules à chaque passage.
Le produit de celte machine est de 1000 à HOO kilogr. par jour , ce qui est troisfois plus con-sidérable que celui desmailleries à une seule meule, que nous avons vues dans les environs. Elledonne aussi beaucoup moins de déchet, car on compte chez Jl. Brière à peine 3 à h pour 0/0,tandis qu’ils sont de plus de 10 pour 0/0 avec les autres.